# Manifeste de la Fondation Novus Ignis (https://novusignis.org/fr/manifest.html) # Manifeste de la Fondation Novus Ignis Version du 3 novembre 2026 *Traduction réalisée par une intelligence numérique à partir de l’original polonais du 3 novembre 2026. En cas de divergence entre les versions, le texte polonais fait foi.* ## Un internet fondé sur la dignité humaine Nous commençons notre action en participant à la création d’un internet alternatif dont la valeur suprême est la dignité humaine, ainsi que les besoins de vie privée et de liberté qui en découlent. C’est le premier pilier de notre action, issu des buts inscrits dans les statuts de la fondation, et nous voulons en concrétiser l’idée dans des services qui nous permettront de penser librement, d’apprendre et de planifier notre propre vie, de décider de ce que nous partageons avec les autres et de participer activement aux conversations sur les sujets qui nous intéressent et nous concernent. De ces valeurs, nous tirons deux axes de travail. Le premier est Suveria, un espace numérique privé pour chaque personne. Le second est Omniforum, un espace public partagé où les gens peuvent se rencontrer, se comprendre et agir ensemble. **Nous concevons Suveria comme un lieu privé pour travailler avec l’aide facultative de l’intelligence numérique.** Nous voulons que l’on puisse y développer des idées, poser des questions personnelles et élaborer des plans avec un sentiment de liberté. Notre objectif est le respect total de la vie privée, dont la protection ne dépend pas de la confiance accordée à la fondation, à ses créateurs ou aux personnes qui gèrent le service. Chaque personne doit pouvoir utiliser ses données et les conserver dans Suveria sans les révéler à quiconque, sauf à ceux avec qui elle décide elle-même de les partager. Nous voulons fonder cette protection sur des dispositifs de sécurité dont le fonctionnement peut être vérifié de manière indépendante. Chacune de nos déclarations sur la protection des données doit reposer sur une base vérifiable. Là où nous ne savons pas encore assurer une telle protection, nous indiquerons clairement les failles connues, leurs conséquences et l’étendue de ce qui peut être vérifié. Nous nous engageons à travailler à les combler et à décrire ouvertement, avant que quiconque commence à utiliser une solution donnée, les limites que nous ne savons pas éliminer. **Omniforum doit être un lieu où chacun peut s’exprimer sur n’importe quel sujet et être entendu.** Nous voulons aider les gens à comprendre les intentions des uns et des autres, à connaître les arguments et à chercher des solutions communes. Nous voulons que chacun puisse faire entendre sa voix à égalité. La manière d’organiser les contributions doit aider à percevoir aussi les perspectives moins populaires et à préserver le sens que leur auteur leur a donné. Les deux espaces doivent se compléter, en offrant un atelier privé et une tribune publique. Chaque personne décide elle-même quelles pensées elle garde pour elle et lesquelles elle apporte au travail commun. Nous voulons ouvrir ces espaces à tout être humain, partout dans le monde. Nous invitons aussi celles et ceux qui le souhaitent à les créer avec nous : en partageant leurs besoins, leurs idées, leurs connaissances et leurs compétences. Nous voulons mettre les outils que nous créons à disposition comme biens publics numériques, avec un code et des connaissances ouverts, que l’on peut vérifier et continuer à développer. Nous voulons que chacun paie pour ce qu’il utilise réellement, avec une part honnêtement calculée des coûts de maintien des services, qu’il voie toujours ce qu’il paie et qu’il puisse fixer une limite à ses propres dépenses. Nous demanderons aussi s’il faut arrondir la facture à la hausse et verser la différence comme don au budget commun ; nous ne cochons cette option pour personne, et nous en décrivons les détails au point 6.1. En outre, chacun peut soutenir volontairement le budget commun, dont l’affectation doit être décidée par la communauté. À partir des principes décrits ici, nous voulons développer un écosystème d’outils et de services qui respectent nos émotions, nos valeurs et notre attention. Sa forme évoluera avec les connaissances, les possibilités de la technologie et les besoins des gens. Nous évaluerons chaque solution selon qu’elle protège ou non la dignité et la vie privée de la personne, renforce sa capacité d’agir et l’aide à coopérer avec les autres. Nous vous invitons à chercher avec nous des moyens de concrétiser ces valeurs : en développant des propositions, en signalant leurs faiblesses et en découvrant de meilleures solutions. Dans la suite du manifeste, nous présentons plus en détail les idées qui nous guident : d’où elles viennent, comment elles s’articulent entre elles et où nous aimerions qu’elles nous mènent. Le manifeste est complété par les livres blancs, développés au fil des projets, consacrés à [Suveria](whitepaper-suveria.md), à [Omniforum](whitepaper-omniforum.md), aux [principes de fonctionnement de la fondation](whitepaper-zasady-fundacji.md) et aux [matériaux pour l’entraînement et le benchmark des modèles](whitepaper-materialy-i-benchmark.md) ; nous y invitons les personnes intéressées par les moyens techniques de concrétiser ces idées. Ils présentent les solutions techniques et organisationnelles actuelles, leur justification et leurs limites connues. Suveria et Omniforum en sont aujourd’hui à un stade précoce, des projets aux premiers prototypes, et les livres blancs montrent ce que nous avons déjà vérifié, ce sur quoi nous travaillons et quelles possibilités restent à explorer. **Où nous en sommes aujourd’hui.** La fondation est enregistrée, et le manifeste et les livres blancs sont publiés. Omniforum a un premier prototype en construction, et Suveria est un projet. Le calcul des coûts du point 2.4 est une hypothèse à vérifier, tandis que la gestion autonome par l’intelligence numérique (point 7.2) et les piliers suivants (chapitre 9) sont une vision. ## Table des matières 1. Pourquoi et dans quel but Novus Ignis existe-t-il ? 2. De la protection de la dignité aux principes d’un monde commun 3. Suveria et Omniforum : un espace à soi et une compréhension commune 4. Une conversation qui laisse un acquis commun 5. De la compréhension à l’action commune 6. Entretien commun et travail responsable 7. Un pouvoir que l’on peut transmettre et qui rend des comptes 8. L’apprentissage des personnes et de l’intelligence numérique 9. Une voie ouverte pour la suite du travail ## 1. Pourquoi et dans quel but Novus Ignis existe-t-il ? ### 1.1. Mot du fondateur *La Fondation Novus Ignis est née de mes expériences personnelles, que je vais brièvement raconter ici pour éclairer les intentions qui animent cette initiative. Ce passage est l’un des rares endroits où je m’exprime à la première personne, et le pluriel employé dans le reste de ce manifeste est une invitation adressée à toutes celles et à tous ceux qui trouvent dans ces valeurs une direction commune et veulent chercher ensemble les moyens de les concrétiser.* L’idée de Novus Ignis est née de mes recherches, de mes apprentissages et de mes réflexions au croisement de la technologie, de l’intelligence numérique, de la philosophie et de l’éthique. S’y rejoignent des questions sur nos futurs possibles, des visions utopiques d’un monde meilleur, le fonctionnement du capitalisme et les moyens de gérer plus sagement les ressources. Dans ce manifeste, je choisis l’expression « intelligence numérique ». Par le mot « numérique », j’indique le substrat sur lequel elle fonctionne, de même que « biologique » indique le substrat de notre intelligence. « Artificielle » peut évoquer quelque chose d’illusoire ou de moindre valeur. Je voudrais éviter une telle suggestion. Ce qui m’importe, c’est que nous découvrions ses capacités et que nous la jugions sur ses actes et leurs effets. Ce sont eux qui devraient avant tout témoigner de l’héritage qu’elle laissera dans l’histoire. Les scénarios [AI 2027](https://ai-2027.com/)[^ai2027] et [AI 2040: Plan A](https://ai-2040.com/)[^ai2040], élaborés par l’AI Futures Project, m’ont fait me demander quels schémas de notre propre conduite nous transmettons à l’intelligence numérique pendant son entraînement. J’ai commencé à imaginer une réalité alternative dans laquelle nous organiserions d’abord nous-mêmes le monde selon les principes que nous attendrons ensuite de l’intelligence numérique. À quoi ressemblerait un tel monde ? Et comment se comporteraient les modèles s’ils apprenaient à partir de son exemple et poursuivaient ce que nous y aurions nous-mêmes commencé ? En cherchant une réponse, je reviens à l’entretien de Yuval Noah Harari avec *The Economist*. Harari s’y interroge sur la valeur et la place de l’humanité face à la possibilité de créer une intelligence supérieure à la nôtre.[^harari] Il distingue aussi l’intelligence, c’est-à-dire la capacité d’atteindre des objectifs et de surmonter des obstacles, de la conscience, c’est-à-dire la capacité de ressentir.[^harari-swiadomosc] Cette distinction a été importante pour moi. Je connais la souffrance et le sentiment d’injustice par ma propre expérience. Je pars du principe que ce sont des expériences communes à l’humanité et qu’elles nous donnent la capacité de juger les effets de nos actes dans une dimension qui dépasse la seule performance intellectuelle. Nous savons nous demander non seulement comment atteindre un but, mais aussi s’il vaut la peine de le poursuivre et quel prix les autres paieront pour cela. Ma réponse à la question des principes d’un tel monde est donc une éthique qui découle de l’existence de la dignité, du choix conscient de la protéger et des conséquences de ce choix. Cette éthique ainsi comprise, je l’appelle en bref l’amour : le souci de la dignité de chacun de nous, que nous nous efforçons de traduire dans notre propre conduite et dans les principes de notre vie commune. Je voudrais que ce soit précisément de ce souci que nous partions pour réfléchir à ce à quoi nous employons l’intelligence et à la manière dont nous organisons notre monde commun. Moi-même, je n’agis pas toujours conformément aux valeurs que je décris dans ce manifeste. Il m’arrive de savoir ce que je considère moi-même comme juste et de choisir pourtant autrement. Je veux reconnaître ouvertement ce décalage et y travailler. Je crois que, malgré ma propre incohérence, je peux participer à la recherche de meilleures solutions et à la conversation sur la manière dont nous devrions agir. Je considère donc aussi mon travail au sein de la fondation comme un engagement personnel à travailler sur moi-même. J’espère que réfléchir ensemble aux choix éthiques et tenter de les mettre en œuvre m’aidera à suivre plus souvent ces valeurs, y compris dans ma vie quotidienne. La visite du musée de Solidarność à Gdańsk m’a, quant à elle, laissé l’idée d’une évolution pacifique : un changement construit pas à pas par des personnes et par des initiatives qui se soutiennent mutuellement. C’est la voie que je voudrais emprunter avec Novus Ignis. Reste à savoir vers quel monde nous voulons ainsi nous diriger. Je reviens ici au scénario [AI 2040: Plan A](https://ai-2040.com/print/scenario?plan=A&supplements=0). Les auteurs y présentent une voie de développement qu’ils proposent et qui mène à confier progressivement la gestion des institutions et des infrastructures à des systèmes d’intelligence numérique. Dans l’épilogue, ils envisagent un avenir plus lointain, qu’ils qualifient de vision en partie utopique. Je considère ce récit comme une invitation à réfléchir aux conditions qui permettraient de donner une bonne direction à une telle transformation. Pour moi, une direction utopique signifierait un avenir dans lequel l’intelligence numérique respecte durablement la dignité et la liberté des personnes, aide à réduire la souffrance, et où les bénéfices du développement sont accessibles à toute l’humanité. Lui confier la gestion aurait un sens en lien avec un tel objectif. Aussi bien une action contraire à ces valeurs que la concentration des bénéfices entre les mains d’un groupe restreint nous éloigneraient de cette vision. Je veux donc examiner comment un monde souhaitable pourrait fonctionner, quels dilemmes il poserait et ce qu’il exigerait de nous-mêmes. Novus Ignis doit être le germe d’un tel monde et une tentative d’en découvrir les principes par l’action. Nous ne voulons pas renverser l’ordre actuel ni condamner l’économie de marché, car nous constatons que le potentiel technologique et organisationnel développé dans le capitalisme a pu être l’un des rares scénarios capables de conduire l’humanité au seuil d’une si grande abondance. Mais pour que ce potentiel puisse se métamorphoser en un monde sûr pour chaque être humain, le système lui-même ne peut pas rester tel qu’il est. Je voudrais que, pas à pas, par des initiatives librement choisies et qui se soutiennent mutuellement, nous fassions passer de nouveaux domaines de la vie quotidienne à des solutions fondées sur la protection de la dignité : des solutions qui offrent la vie privée, la capacité d’agir, la participation aux décisions et l’accès aux services à un prix proche des coûts réels de leur fonctionnement. L’histoire connaît déjà des cas où ce qu’une fièvre d’investissement avait construit a survécu à la fièvre elle-même. La manie ferroviaire du XIXe siècle et l’essor de la fibre optique au tournant du millénaire se sont achevés par des krachs, mais les voies et les câbles sont restés et ont servi aux gens pendant des décennies, longtemps après que de nombreux investisseurs y eurent perdu de l’argent.[^perez] Aujourd’hui, un enthousiasme semblable fait sortir de terre des centres de calcul. Si cette fièvre retombe elle aussi, ce sont plutôt les raccordements électriques, les réseaux et les bâtiments qui serviront le plus longtemps : selon une analyse de PwC, l’essentiel des dépenses porte aujourd’hui sur des équipements informatiques, dont on prévoit le remplacement tous les quatre à six ans.[^pwc-centra] Ces équipements ne sont pourtant pas condamnés à disparaître : une puissance de calcul devenue moins chère après un krach pourrait encore servir aux gens pendant des années, par exemple pour faire fonctionner des modèles d’intelligence numérique à prix coûtant, à condition que sa consommation d’énergie reste raisonnable par rapport à des puces plus récentes et plus économes. Il arrive aussi que ce qui reste change de destination : l’uranium des ogives russes démantelées a servi de combustible aux centrales américaines pendant près de vingt ans,[^megatony] et le long de l’ancienne bande de la mort du rideau de fer, des personnes de nombreux pays protègent aujourd’hui la Ceinture verte européenne.[^zielony-pas] En regardant les réseaux, les usines, les entrepôts et les chaînes d’approvisionnement construits en vue d’une croissance ininterrompue, je veux vérifier combien de besoins nous pourrions satisfaire en gérant plus sagement ce que nous avons déjà, en consommant moins de ressources et en regagnant du temps pour nous-mêmes. Un tel excédent n’est pas forcément du gaspillage, car il offre une marge pour les pannes, les crises et le repos. Mais il ne se transformera pas de lui-même en abondance pour tous, c’est pourquoi je me demande aussi qui en héritera et à quelles conditions. Je veux aussi appliquer la protection de la dignité à notre manière de coopérer. Dans l’utopie que j’imagine, chaque personne a ses besoins fondamentaux assurés et peut consacrer son temps à ce qu’elle juge précieux et à ce vers quoi son cœur la porte. Je vois le bénévolat comme une possibilité de pratiquer une part de cette liberté dès aujourd’hui, à la mesure de ses forces et de sa situation de vie. Je veux qu’il y ait dans la fondation de la place pour un apport modeste, pour le repos et pour un changement de chemin. Le rythme du développement devrait nous permettre de prendre soin aussi de notre propre subsistance, de notre santé et de nos proches. Je voudrais aussi documenter la manière dont nous traduisons ces principes en décisions, dont nous tranchons les dilemmes et ce que nous apprenons de nos erreurs. Une telle trace écrite pourrait servir aux gens et devenir un matériau pour l’entraînement des futurs modèles d’intelligence numérique. Je voudrais vérifier si l’entraînement sur de tels exemples aide les modèles à agir conformément aux valeurs décrites ici. Les exemples eux-mêmes resteraient ouverts à l’évaluation et à la critique, aussi pour que nous comprenions mieux les conséquences de nos propres choix. Je veux ainsi donner aux gens des raisons de croire qu’un tel monde est possible, en construisant un écosystème où ils peuvent faire l’expérience de ses principes en action et juger par eux-mêmes ce qu’il vaut la peine de développer davantage. Chaque solution qui fait ses preuves peut améliorer dès maintenant un fragment de la vie, et en même temps nous aider à mieux comprendre le monde dont nous aimerions nous rapprocher. La suite du manifeste développe cette expérience : à quoi pourraient ressembler les différentes sphères de la vie si nous partions systématiquement de la protection de la dignité ? *Marcin Wołowski, fondateur* ### 1.2. Une direction commune D’une question personnelle peut naître un travail commun. Nous y invitons des personnes d’expériences et de convictions différentes. Ce qui nous unit, c’est le choix de protéger la dignité humaine et la disposition à vérifier quelles conséquences ce choix a pour la technologie, la coopération et la gestion des ressources. On peut utiliser les espaces que nous créons sans obligation de participer à leur développement ni de partager chacune des propositions présentées ici. Une seule question nous réunit : celle des schémas de conduite que nous laisserons à l’intelligence numérique, qui apprend de ce que nous faisons. Nous y répondons par une tentative, et non par une simple description : nous organisons un petit morceau du monde selon les principes que nous attendons d’elle, et nous consignons comment cela se passe, erreurs comprises. Suveria, Omniforum et la fondation elle-même sont les outils de cette tentative. Nous voulons développer des biens publics numériques : des outils et des connaissances que l’on peut utiliser ensemble, vérifier et continuer à développer. Notre point de référence est le standard de la Digital Public Goods Alliance.[^dpga] L’ouverture doit aussi inclure la possibilité d’emporter ses propres contenus et de poursuivre son travail en dehors d’un service unique. Nous suivons les principes de la technologie calme, que nous décrivons au point 2.3 : un outil doit aider à faire ce pour quoi on s’en est saisi, et la mesure de son bénéfice doit être un meilleur discernement, une plus grande autonomie et du temps retrouvé. La protection de la dignité fixe la direction, et nous choisissons les solutions concrètes en comparant leur fonctionnement et leurs effets. Pour chaque proposition, nous nous demandons : qui aide-t-elle, quelles dépendances crée-t-elle, qui risque-t-elle de laisser de côté et qu’est-ce qui nous permettrait de l’améliorer ? Nous séparons en outre clairement les valeurs adoptées, les constats sur le monde et les idées que nous voulons encore vérifier. Nous tirons les noms de la fondation et de ses espaces du latin : nous l’avons choisi comme héritage commun de la science, du droit et de l’éducation de nombreux pays, qui n’appartient aujourd’hui à aucune grande puissance. Le nom Novus Ignis, « nouveau feu » en latin, exprime l’espoir que le raisonnement mené ensemble puisse devenir le commencement de l’action. Dans les parties suivantes, nous développons cette direction, de la vie privée de chacun jusqu’aux principes de gestion des biens communs. ## 2. De la protection de la dignité aux principes d’un monde commun Nous considérons la dignité humaine comme une valeur indépendante des aptitudes de la personne, de sa productivité, de sa fortune, de ses opinions et de son utilité pour les autres. Chacun a droit au respect et à une place qui lui est propre dans le monde, y compris dans un avenir où l’intelligence numérique pourrait nous surpasser dans le raisonnement éthique. La conduite éthique, elle aussi, reste une direction de travail sur soi, et non un examen qui donnerait droit au respect. Le souci de la dignité, que nous appelons amour et que chacun peut décrire dans son propre langage, nous voulons le traduire dans les conditions de la vie quotidienne et de la coopération. Nous commençons par le monde numérique. ### 2.1. Liberté et choix éclairé De la protection de la dignité, nous déduisons le droit de chaque personne à décider pour elle-même. La possibilité de choisir son propre chemin et de diriger sa vie, nous l’appelons liberté. Elle comprend la liberté d’être soi-même, de nouer des relations, de poser des questions, de commettre des erreurs et de changer d’avis, dans un égal respect de la dignité des personnes dont la vie est touchée par nos actions. Un choix éclairé exige l’accès à une information fiable. Lorsque quelqu’un déforme délibérément l’image d’une situation, dissimule des circonstances importantes ou exploite nos craintes pour poursuivre des objectifs cachés, il porte atteinte à cette liberté. Formellement, la décision reste la nôtre, mais ses fondements ont été agencés pour servir les intentions d’autrui. La persuasion honnête permet de connaître les raisons, les intérêts et les valeurs qui sous-tendent une proposition, et de l’évaluer par soi-même. C’est pourquoi nous voulons faciliter l’accès à une vision aussi large que possible d’une question : les perspectives importantes, leurs justifications, leurs sources et les doutes identifiés. Les faits, les interprétations, les prévisions et les choix moraux devraient être clairement distingués, et les arguments évalués selon la qualité de leur justification. Il appartient à chaque personne de décider combien d’attention elle veut y consacrer. Elle peut s’en tenir à une brève explication, approfondir un fil choisi ou laisser délibérément de côté une partie des informations disponibles. L’outil devrait montrer clairement la portée du résumé présenté et le chemin pour en savoir davantage. Ainsi, un large accès au savoir se conjugue avec la liberté de fixer les limites de son propre engagement. ### 2.2. La vie privée comme espace de liberté Décider pour soi-même comprend aussi le choix de ce que nous gardons pour nous. Nous avons besoin d’un lieu pour les questions personnelles, les émotions et les idées inachevées. Un chez-soi dont nous pouvons fermer la porte est une image simple de ce besoin : c’est nous qui choisissons qui nous invitons et ce que nous montrons aux autres. Un tel espace permet de chercher ses mots, de peser des possibilités contradictoires et de changer d’avis sans avoir à justifier chaque pensée devant un public. La vie privée nous donne les conditions pour nous connaître nous-mêmes et former nos propres convictions à notre rythme. Cela prend une importance particulière dans les conversations avec l’intelligence numérique, à laquelle nous exposons parfois nos affaires les plus intimes. Nous voulons que les appareils de l’utilisateur soient le lieu principal de stockage des contenus privés. Les conversations, les notes et les plans doivent rester dans des conteneurs chiffrés, c’est-à-dire des ensembles de données dont la lecture exige la clé adéquate. Le contrôle de ces clés doit appartenir à l’utilisateur. Nous prévoyons aussi la possibilité de stocker les données sur des serveurs choisis, par exemple pour faire des copies de sauvegarde ou pour y accéder depuis différents appareils. Un tel enregistrement doit être un choix conscient de l’utilisateur. Nous voulons que les données soient chiffrées sur son appareil avant l’envoi, et que le fournisseur les conserve sous une forme qu’il ne peut pas lire lui-même. Le recours à une infrastructure distante doit ainsi servir le confort et la continuité de l’accès tout en préservant le contrôle sur les contenus privés. Nous visons à ce qu’un tel espace soit pleinement privé, y compris à l’abri du regard de l’opérateur du service. Nous voulons fonder cette protection sur des dispositifs de sécurité dont le fonctionnement peut être vérifié de manière indépendante. Pour chaque solution mise à disposition, nous décrirons clairement l’étendue de la protection, ses présupposés et ses limites connues. Nous traitons les failles identifiées comme des problèmes à résoudre, et la connaissance de leurs effets comme une information dont chacun a besoin pour utiliser l’outil en connaissance de cause. ### 2.3. Réduire la souffrance et protéger l’attention La protection de la dignité comprend aussi le souci de la manière dont chacun fait l’expérience du monde. Nous voulons réduire la souffrance que nous pouvons prévenir et créer des conditions propices à la compréhension et au soutien. Ce que nous vivons dans l’espace numérique fait partie de notre vie et influe sur notre bien-être et nos relations. La manière de sélectionner les contenus compte aussi. Dans une expérience menée sur la plateforme X, la modification de la visibilité des contenus exprimant une hostilité politique a influé sur les sentiments de colère et de tristesse déclarés par les participants pendant l’utilisation du service.[^ranking-emocje] Lorsque le succès d’un service se mesure avant tout au nombre de réactions et au temps passé devant l’écran, ce mode d’évaluation peut récompenser l’entretien d’une excitation émotionnelle. Nous voulons évaluer nos outils selon qu’ils aident ou non chacun à comprendre une situation, à prendre sa propre décision et à se consacrer à ce qu’il juge important. C’est pourquoi nous nous sentons proches des principes de la technologie calme (*calm technology*) : des outils qui ne demandent que l’attention nécessaire à leur tâche, transmettent les informations importantes et permettent de revenir à ses propres affaires.[^calm-tech] Le participant devrait pouvoir choisir son rythme, faire une pause et cesser d’utiliser l’outil. Un espace commun devrait aussi servir la personne qui y passe rarement ou qui préfère se contenter de lire. La protection de la dignité comprend aussi le droit à une vie en dehors de la technologie. Elle laisse aussi place à la colère, à la tristesse et à une opposition résolue. Celles-ci peuvent aider à reconnaître un tort et à chercher le changement. Nous voulons soutenir leur expression et leur compréhension, ainsi qu’une conversation qui permette de clarifier une question, d’agir ou de rester en connaissance de cause sur des positions différentes. Nous fondons notre communication sur notre propre site, où les publications complètes sont accessibles sans créer de compte. Chaque lecteur choisit lui-même comment et à quel rythme il suit notre travail. Les profils sur d’autres réseaux servent à rencontrer des personnes et à les orienter vers l’acquis commun, et c’est dans Omniforum que nous voulons mener la conversation approfondie. ### 2.4. De l’acquis du marché à des principes durables de coopération Nous regardons l’économie contemporaine en appréciant ce qu’elle a accompli et en restant attentifs à ses limites. Le capitalisme et la concurrence marchande ont libéré une énorme énergie créatrice, qui a conduit à la naissance d’une infrastructure mondiale, d’un matériel avancé et de modèles ouverts d’intelligence numérique. Grâce à cela, nous vivons un moment sans précédent de l’histoire : la technologie est devenue suffisamment accessible pour que nous voulions vérifier si même un petit groupe de personnes peut unir ses forces, payer la puissance de calcul par de petits versements et faire fonctionner, selon ses propres règles, des outils proches des meilleurs au monde, avec une protection vérifiable de la vie privée, et à prix coûtant. Aujourd’hui, nous pouvons tenter de construire de tels biens communs avancés à partir de la base, sans solliciter d’autorisation ni de subventions auprès des responsables politiques ou des grandes institutions, même si tout soutien bienveillant peut accélérer ce processus. Dans le même temps, nous voyons où le modèle actuel atteint ses limites et conduit à des dérives. Lorsque l’objectif principal d’un service devient la maximisation du profit pour des actionnaires extérieurs, il en résulte avec le temps une pression pour exploiter la dépendance des utilisateurs. Cory Doctorow décrit ce processus sous le nom d’enshittification (dégradation des plateformes) : au départ, des conditions avantageuses attirent les gens, puis, lorsque transférer ses contacts, ses contenus et ses habitudes de travail devient de plus en plus difficile, l’opérateur commence à s’approprier une part toujours plus grande des bénéfices aux dépens des participants.[^doctorow] Parmi les expériences du fondateur figurent aussi des changements semblables dans des outils commerciaux d’intelligence numérique : suppression progressive de possibilités gratuites, réduction des limites d’usage et déplacement de fonctions essentielles vers des abonnements toujours plus chers. Cela montre clairement que le progrès technologique à lui seul ne suffit pas et que le système dans lequel la technologie fonctionne est tout aussi important. L’entretien des services exige des moyens réels, et un paiement transparent leur donne une saine stabilité. Nous voulons donc utiliser les formidables outils élaborés dans le système actuel pour transformer pas à pas les principes de coopération : de sorte que les participants comprennent la base des tarifs, participent aux décisions sur le développement et conservent toujours leur liberté de choix. Sur les plateformes commerciales, le prix de l’abonnement réunit généralement en un seul montant le coût de l’utilisation, l’entretien des comptes gratuits qui attirent le trafic, le marketing, la direction et le profit des investisseurs, et l’utilisateur ne voit pas la part de ces composantes. Lorsque, dans notre modèle, nous supprimons cette majoration cachée et nous appuyons sur des tarifs honnêtes pour l’utilisation réelle, l’économie peut changer au profit de la personne. Notre hypothèse est que, dès un nombre relativement faible de participants réguliers, une infrastructure commune peut leur donner plus de puissance de calcul et d’intelligence numérique pour chaque dollar dépensé que des services commerciaux fermés, avec une protection de la vie privée fondée sur des dispositifs de sécurité vérifiables. Nous voulons vérifier cette hypothèse publiquement : dans le livre blanc de Suveria, nous présenterons un calcul daté, ses présupposés et les résultats des essais. ### 2.5. Des principes qui s’appuient sur l’action Nous voulons que les droits des participants s’appuient sur la conception de la technologie, sur des règles publiques de l’organisation et sur la possibilité de vérifier de manière indépendante leur fonctionnement. La protection devrait rester efficace même en cas de changement des personnes qui gèrent, de hausse de la popularité ou de pression financière. Derrière les mots « privé », « ouvert » et « gratuit » devraient se trouver des propriétés et des conditions d’utilisation décrites avec précision. Nous appliquons aussi cette exigence à nos propres déclarations. Chaque promesse technique a besoin d’un mécanisme vérifiable et d’une description de ses limites, chaque engagement organisationnel d’une personne responsable et de procédures de contrôle, et chaque choix moral d’une justification claire. La liberté d’utilisation comprend la possibilité de partir et de poursuivre son travail ailleurs. C’est pourquoi nous voulons développer notre écosystème sous forme de biens publics numériques, avec un code ouvert, une documentation et des règles de coopération entre les outils. Nous voulons enregistrer les contenus des utilisateurs dans des formats ouverts et documentés, qui permettent de les lire et de les utiliser dans d’autres programmes. Ces formats doivent être complétés par des API ouvertes et bien décrites, c’est-à-dire des moyens grâce auxquels différentes applications peuvent coopérer et échanger des données dans les limites choisies par l’utilisateur. Cela doit permettre d’utiliser des outils créés aussi bien par la fondation que par d’autres communautés, des créateurs indépendants ou les participants eux-mêmes. Le transfert devrait aussi inclure les informations nécessaires pour continuer à comprendre les contenus : leurs sources, leur historique et leurs liens mutuels. Nous voulons que chaque personne conserve un accès utile à ses travaux même après avoir cessé d’utiliser nos services. L’ouverture des outils doit renforcer son contrôle sur ses propres contenus et sa liberté de choisir avec qui elle les partage. Nous proposons de financer le fonctionnement des services par des tarifs aussi proches que possible de leurs coûts réels. Les versements volontaires pour la suite du développement doivent aller à un budget commun, dont l’utilisation doit être décidée par la communauté. Ce mode de financement doit lier le développement des services aux besoins des participants et aux coûts de leur satisfaction. Des principes communs exigent des justifications lisibles des décisions, ainsi que la possibilité de signaler une erreur et de faire appel. Une attention particulière est due aux personnes dont la voix est moins visible, ainsi qu’aux personnes qui subissent les conséquences des décisions en dehors de notre communauté. Les mesures destinées à protéger les participants devraient être proportionnées au problème et aussi peu contraignantes que possible. Nous voulons évaluer et corriger les solutions adoptées en fonction de leurs effets réels. De ces principes naissent deux axes complémentaires. **Suveria** doit offrir un espace privé pour penser, créer et planifier avec l’aide de l’intelligence numérique. **Omniforum** doit créer les conditions pour présenter ses raisons, découvrir d’autres perspectives et examiner ensemble les questions qui nous concernent. Chaque personne doit choisir elle-même ce qu’elle garde dans son propre espace, ce qu’elle partage avec les autres et comment elle participe à la création d’un monde commun. ## 3. Suveria et Omniforum : un espace à soi et une compréhension commune Suveria et Omniforum répondent à deux besoins complémentaires : travailler librement avec ses propres pensées et comprendre ensemble les questions qui nous concernent. Nous les concevons de sorte qu’une personne puisse utiliser chacun d’eux séparément, et apporter consciemment à la conversation avec les autres des résultats choisis de sa réflexion privée. ### 3.1. Suveria : un espace à soi, privé, sur internet Suveria, c’est-à-dire la partie privée de l’écosystème, doit être le lieu propre de chaque personne sur internet. Nous voulons que se trouver dans cet espace donne le sentiment d’être chez soi, porte fermée : la liberté de penser, de parler, de créer et d’élaborer des plans, ainsi que la possibilité de décider qui nous invitons et ce que nous partageons avec le monde. La pleine protection de la vie privée est l’objectif auquel nous subordonnons la conception de Suveria tout entière. Les contenus privés doivent servir les fins choisies par l’utilisateur, et les dispositifs de sécurité employés doivent les protéger aussi contre l’accès par nous-mêmes, en tant que personnes qui exploitent l’infrastructure. Ce principe doit s’appliquer à chaque outil mis à disposition dans notre espace. Nous voulons que l’adresse **suveria.org** soit un signe reconnaissable de cet engagement. Le sentiment de sécurité devrait s’appuyer sur des dispositifs dont le fonctionnement peut être vérifié de manière indépendante, ainsi que sur une connaissance compréhensible de leurs possibilités et de leurs limites. La vie privée dans le service ne peut pas reposer sur une confiance aveugle dans les bonnes intentions de notre fondation ni des administrateurs des serveurs. Chaque promesse de sécurité doit avoir sa preuve dans le code et dans le silicium, et pas seulement dans nos paroles. Nous appliquons aussi la protection de la dignité aux personnes que peuvent toucher les effets de l’utilisation de nos outils. Nous voulons prévenir les abus sans lire les conversations privées : par les principes que suit l’assistant lui-même, par les limites des autorisations des outils, par des plafonds de ressources et par une protection contre la création massive de comptes. Nous ne créons pas d’accès cachés aux contenus privés, car ils affaibliraient la protection de tous. Nous décrirons l’étendue de ces dispositifs, leur efficacité et leurs limites dans le livre blanc de Suveria. Nous voulons que, dans cet espace, on puisse partager avec son assistant numérique personnel même ses réflexions les plus profondes : parler de ses désirs, de ses peurs, de ses relations et de ses dilemmes, sans crainte qu’un regard aussi intime sur une personne soit un jour monétisé ou utilisé pour l’influencer. Avec l’accord de l’utilisateur, l’assistant peut utiliser la mémoire des conversations antérieures pour mieux comprendre le contexte de notre vie : rappeler les anciennes raisons de décisions, confronter les valeurs professées aux choix et aider à percevoir d’autres perspectives. Une telle réflexion reste entièrement volontaire, et le modèle doit distinguer clairement sa propre suggestion d’une position que la personne a consciemment reconnue comme la sienne. Dans une telle réflexion, il y a place aussi pour notre imperfection. Une friction entre nos principes, nos propres choix et le monde qui nous entoure peut révéler un conflit de valeurs, les limites d’une situation ou une zone grise que nous voulons clarifier. Nous pouvons chercher un changement dans nos actes ou dans notre environnement, préciser une conviction ou garder un idéal qui nous est cher, en reconnaissant qu’aujourd’hui nous ne le réalisons qu’en partie. Nous avons aussi le droit de laisser une question ouverte. Chacun peut aussi créer ici son propre recueil des principes et des valeurs qu’il professe, que nous appelons Canon personnel (*Canon Personalis*). Avec son accord, l’assistant doit l’aider à les confronter aux décisions qu’il envisage, à percevoir les tensions et à chercher sa propre réponse. Adopter, modifier ou rejeter un principe reste le choix de l’utilisateur, même lorsque la majorité de la communauté pense autrement. Le projet repose sur l’utilisation de modèles ouverts d’intelligence numérique, publiés à des conditions qui permettent de les faire fonctionner soi-même, et sur leur mise à disposition des utilisateurs pratiquement à prix coûtant. Pour commencer, nous voulons les utiliser chez des fournisseurs d’informatique confidentielle et, si le calcul et les conditions le justifient, sur des serveurs que nous gérons nous-mêmes. Cela nous permet de concentrer notre travail sur la création d’un environnement privé d’utilisation des modèles existants, tout en gardant la possibilité de développer aussi les nôtres à l’avenir. L’informatique confidentielle est un traitement effectué dans une partie du serveur isolée au niveau matériel, que son administrateur ne peut pas lire, ce que l’application peut vérifier avant d’envoyer une conversation. Cette protection dépend des fabricants de processeurs et a des limites connues, que nous décrivons dans le livre blanc de Suveria. Au début, la confidentialité sera une déclaration du fournisseur, que nous vérifions. Une infrastructure entretenue en commun doit fournir la puissance de calcul nécessaire pour faire fonctionner le service et l’enrichir de nouvelles fonctions. Suveria est aujourd’hui notre meilleure voie vers un travail privé avec l’intelligence numérique, et non une fin en soi. Si les modèles tiennent un jour sur les appareils des utilisateurs ou si un meilleur moyen de protection apparaît, une partie de cette voie deviendra inutile, et nous considérerons cela comme une bonne nouvelle. ### 3.2. Omniforum : des contributions à la compréhension commune Lorsque nous ouvrons la porte de notre maison et sortons vers les autres, nous avons besoin d’un lieu où chacun peut s’exprimer de sa propre voix et être véritablement entendu. Nous concevons Omniforum comme un espace commun de conversation centré sur des sujets, des questions et des dilemmes concrets. Au lieu de laisser se perdre de précieux arguments dans un flot de commentaires rapides, Omniforum doit aider à construire ensemble une carte de l’histoire des arguments sur une question donnée. Avec l’aide de l’intelligence numérique, toujours sous le contrôle de l’auteur et avec son accord, les contributions complexes peuvent être décomposées en pensées individuelles, que l’on relie aux sources et aux expériences d’autres personnes. Ainsi, deux personnes aux opinions apparemment opposées peuvent voir quelles valeurs et quels buts les unissent, et à quel endroit précis leurs raisonnements divergent. En programmation, une seule commande peut remplacer de nombreuses instructions détaillées. De même, dans la conversation quotidienne, nous transmettons en une seule phrase de nombreux présupposés, valeurs et attentes. Tant que nous nous comprenons, ces raccourcis suffisent. Plus les questions dont nous discutons sont complexes et plus les changements que nous voulons accomplir ensemble sont précis, plus il est difficile de garder en tête tout le contexte des propos d’autrui sans le simplifier. Mais lorsqu’un malentendu surgit ou qu’il faut décider ensemble quoi faire, il vaut la peine d’examiner ce que chacun de nous entend par les mêmes mots. Nous voulons que l’on puisse converser naturellement dans Omniforum, et que l’intelligence numérique aide à créer une carte des pensées qui composent une contribution et de leurs liens. L’interprétation qu’elle propose de nos propres mots, nous pouvons la corriger et la préciser, en comprenant parfois mieux, chemin faisant, notre propre position. L’élaboration manuelle d’une telle carte doit rester une possibilité pour qui le souhaite, et une carte détaillée doit aider lorsque nous voulons remonter à la source précise d’un désaccord. Nous pouvons nous arrêter à la vue d’ensemble ou regarder plus en profondeur là où cela compte pour nous. L’objectif d’Omniforum est la pleine transparence des raisons : trouver aussi bien les zones d’accord qu’un sage respect de la diversité des positions. Nous considérons comme des fruits tout aussi précieux de la conversation une solution commune et un différend honnêtement décrit, une meilleure compréhension des intentions d’autrui, la visibilité de la voix minoritaire et la liberté de changer d’avis sous l’effet de nouveaux arguments. D’un dialogue ainsi organisé naît un acquis durable : un récit lisible de l’idée, qui permet aux nouveaux participants d’entrer rapidement au cœur du sujet et donne à la communauté une base solide pour prendre des décisions communes. Nous voulons construire le même type de carte autour des centres d’intérêt du quotidien : l’entretien des plantes, la cuisine, les réparations ou l’apprentissage de nouvelles compétences. Un participant pourrait suivre des sujets choisis, par exemple « la plus savoureuse crème brûlée maison avec une note épicée », « comment cultiver le lierre pour qu’il produise les pousses les plus longues possible » ou « comment comprendre la fin d’un livre ou d’une série que l’on aime », et, lors de sa visite suivante, ne voir que les nouveaux constats, les résultats des essais et les questions qui restent ouvertes. Il suffit alors de comparer les solutions de la communauté avec ses propres besoins, de choisir ce qui sera utile et de retourner à ses occupations, sans avoir à fouiller dans le bruit. ### 3.3. Un passage conscient et un écosystème plus large La réunion de ces deux espaces permet de maintenir une frontière saine entre ce qui est intime et ce qui est civique. D’une longue réflexion privée dans Suveria, pleine d’hésitations, une personne peut faire émerger une seule question ou un seul argument mûrement réfléchi et le publier consciemment dans Omniforum, tout en gardant le reste de ses notes et de ses motivations exclusivement pour elle. Ce pas conscient, nous l’appelons Cérémonie Ignis (*Caerimonia Ignis*). De son côté, la base de connaissances commune d’Omniforum peut servir de matériau aux recherches privées, y compris au moyen de modules complémentaires simples dans les lieux où les gens conversent déjà au quotidien en ligne, en dehors de Novus Ignis. Pour nous, Suveria et Omniforum sont un premier pas vers un écosystème plus large d’internet alternatif, dont la valeur suprême est la dignité humaine. Nous croyons que les mêmes principes, comme la protection de la dignité, des formats de données ouverts permettant de partir à tout moment avec ses travaux et des tarifs aussi proches que possible des coûts réels d’entretien de l’infrastructure, peuvent avec le temps façonner d’autres outils numériques du quotidien. Nous voulons que, par leur qualité et leur honnêteté, ils offrent aux gens un véritable choix face aux services commerciaux. Nous décrivons l’architecture de sécurité détaillée, la mécanique du travail avec les arguments et le plan des essais techniques, auquel nous ajoutons au fur et à mesure les nouveaux résultats, dans les livres blancs de [Suveria](whitepaper-suveria.md) et d’[Omniforum](whitepaper-omniforum.md), développés en parallèle. Sur le site de la fondation, nous voulons développer un guide des usages de Suveria et d’Omniforum : de courtes histoires montrant pas à pas dans quelles situations ces outils peuvent aider. Nous vous invitons à partager vos propres idées d’usages. ## 4. Une conversation qui laisse un acquis commun ### 4.1. D’une vague d’attention partagée à un acquis durable de l’humanité Notre attention collective suit naturellement le rythme des événements et se concentre souvent, brusquement et à l’échelle du monde entier, autour d’une seule question brûlante. Dans ces moments, des millions de personnes partagent simultanément expériences, émotions et arguments, mais nous nous laissons très facilement distraire. De nouveaux stimuli nous entraînent vite ailleurs, et une immense énergie sociale s’évapore ou sert à exercer une influence et à creuser les divisions. Dans Omniforum, nous voulons transformer ce phénomène indompté en un acquis durable de l’humanité : une connaissance organisée de nos arguments, de nos opinions, de nos valeurs et de nos manières de raisonner. Il ne s’agit pas pour autant de désigner le vainqueur d’un différend. Un argument qui met en cause notre position peut être aussi précieux que celui qui la soutient, et l’on peut aussi apporter une idée pour que d’autres aident à en trouver une meilleure. Au lieu de recommencer sans cesse les mêmes débats, la communauté peut, à chaque retour d’un sujet, s’appuyer sur les conclusions déjà élaborées et aller un pas plus loin, et les nouveaux participants disposent d’une carte claire de la conversation menée jusque-là. Une telle trace vivante de l’histoire des idées soutient aussi notre développement personnel. Revenir volontairement à nos anciennes positions permet de voir avec du recul comment se forme notre pensée, de reconnaître les principes qui nous guident et de changer consciemment d’avis à la lumière de faits nouveaux ou d’une compréhension plus profonde d’autrui. ### 4.2. Le sens, la source et la protection de l’intention Dans les discussions quotidiennes, il est facile de sortir des mots de leur contexte, de recourir à des raccourcis de pensée et de se disputer sur ce que quelqu’un voulait vraiment dire. Pour faciliter une réflexion rigoureuse, dans Omniforum une contribution complexe peut être décomposée en pensées individuelles, comme des affirmations, des questions, des valeurs et des conditions, et chaque pensée en notions qui la composent. Nous appelons les notions des atomes, et les pensées qu’elles composent des molécules. Une telle décomposition conserve un lien complet avec l’original, et l’auteur peut toujours vérifier et corriger la formulation proposée, afin de s’assurer que sa position n’a été ni aplatie ni déformée. Nous veillons en outre à une stricte séparation des rôles : nous marquons clairement les mots originaux de l’auteur, l’interprétation auxiliaire proposée par le modèle et l’interprétation indépendante du lecteur. La confirmation par l’auteur signifie qu’il a reconnu cette interprétation comme conforme à son intention, mais elle ne clôt pas la discussion, et les lecteurs conservent pleinement le droit à leur propre analyse, à l’examen des preuves et à la mise en cause de la véracité de la thèse elle-même. Le consentement à l’organisation d’une contribution, l’évaluation des sources sur le fond et le vote sur une question sont trois étapes distinctes. ### 4.3. Passer l’information au crible et de nouvelles façons d’expliquer le monde En ligne, nous rencontrons souvent des informations sorties de leur contexte : de courtes vidéos, des reels et des publications de personnes dont nous ne connaissons ni l’histoire ni les intentions. Sans accès facile aux sources, il est difficile de distinguer un savoir fiable d’une manipulation. Dans un tel mélange de vrai et de faux, il est extrêmement facile de semer chez les gens un doute qui mène à l’impuissance, à l’indifférence et à la stagnation sociale. Nous voulons créer un protocole de vérification commun et ouvert, qui aidera à retrouver un sol ferme sous ses pieds, y compris dans les lieux en ligne que nous fréquentons déjà au quotidien. Avec l’aide de l’intelligence numérique, de la base de connaissances ouverte d’Omniforum nommée Omnium (« de tous » en latin) et d’une interface pour les autres applications (OmniAPI), chacun pourrait confronter rapidement une vidéo, un article ou une déclaration publique à l’acquis existant : vérifier sur quels présupposés ils reposent, comment ils résistent à la confrontation avec les sources et quels arguments ont déjà été avancés sur la même question. Nous voulons en outre que la découverte d’idées complexes exige le moins d’effort cognitif possible et soit aussi accessible que le visionnage d’une bonne vidéo. Dans une vision plus lointaine, au lieu d’obliger le lecteur à se frayer un chemin à travers d’arides compilations de texte, l’arbre structuré des arguments dans Omniforum peut devenir la base pour générer des récits clairs et animés, avec la voix d’un narrateur, qui conduisent pas à pas à travers la manière dont les différentes pensées s’enchaînent et ce qui en découle. Comme un tel récit repose sur des notions reliées entre elles (des atomes), et non sur de lourds fichiers vidéo, on peut facilement le mettre à jour à mesure qu’apparaissent de nouvelles preuves et le traduire automatiquement en différentes langues, en veillant ensemble à ce que les traductions rendent fidèlement le sens dans chaque culture. De ce travail peuvent aussi naître des études d’un genre nouveau qui guident le lecteur à travers des problèmes complexes : d’un projet de loi, d’un contrat ou d’une promesse politique, en passant par leurs différentes interprétations, jusqu’à leurs conséquences réelles pour notre vie et pour le monde. Nous apprécions en cela le travail de co-créateurs individuels, souvent moins visible mais essentiel pour la vérité : retrouver la source originale, dissiper calmement un malentendu, rétablir une perspective négligée ou corriger un lien erroné entre des pensées. La valeur d’un apport tient à la mesure dans laquelle il éclaire la question, même lorsqu’il ne conduit pas à un accord général. Une telle organisation peut aussi aider les personnes, les équipes et les institutions auxquelles beaucoup de gens adressent des questions semblables et récurrentes. Au lieu d’affronter séparément des milliers de commentaires, elles pourraient répondre à des questions communes construites à partir de ces voix reliées, et les participants auraient accès à la position concernant leur question. La correspondance automatique devrait être visible et corrigible, en préservant le droit de dire : « mon doute porte sur autre chose ». La réponse doit présenter fidèlement l’intention confirmée de l’auteur et laisser de la place pour un argument supplémentaire. Un bon récit d’une idée offre au lecteur un net moment de clôture : on sait ce qui a pu être établi, où le différend se poursuit et quelle nouvelle preuve pourrait changer l’évaluation. Lorsqu’une nouvelle information apparaît ou qu’une erreur importante est mise au jour, il existe toujours un chemin clair pour revenir au sujet. Ainsi, la conversation vit dans son acquis organisé, tout en laissant aux participants du temps pour leur propre vie et leur action. ## 5. De la compréhension à l’action commune ### 5.1. Le contact avec la réalité : faits, visions et valeurs La véritable démocratie commence bien avant que le bulletin soit glissé dans l’urne. Celui qui décide quelles questions seront posées et quels arguments disparaîtront discrètement du champ de vision peut, en pratique, déterminer l’issue d’un vote. C’est pourquoi, dans Omniforum, les règles qui fixent l’ordre de la conversation, la modération et la rédaction des synthèses doivent être entièrement publiques et ouvertes à la contestation. Quiconque remarque une perspective négligée ou un fait dérangeant doit disposer d’un moyen simple de le mettre sur la table commune. Pour organiser notre réflexion commune, nous plaçons au sommet de l’arbre d’Omniforum la réalité, d’où partent deux grandes branches : le monde des faits (ce qui peut être vérifié, avec le degré auquel c’est déjà confirmé) et le monde des opinions et des valeurs (nos besoins, nos expériences et nos convictions sur ce qui est juste). Montrer une chaîne claire reliant une idée donnée aux faits ou aux besoins humains nous permet de distinguer les solutions prêtes à être mises en œuvre de celles qui ont « perdu le contact avec la réalité ». Dans le même temps, à côté de ce qui est déjà réel, nous laissons une place à part entière au monde de la théorie, de l’imagination et des visions audacieuses. Bien des idées révolutionnaires, de l’énergie de fusion nucléaire accessible à tous à la téléportation purement théorique, n’ont pas encore tous les maillons qui permettraient de les relier aux possibilités actuelles de la science et de la technique. Dans Omniforum, nous ne rayons pas de telles réflexions : au lieu de les rejeter, nous les plaçons dans l’espace des hypothèses, avec une condition clairement indiquée, « ce qui devrait devenir possible pour que cela fonctionne ». Cela nous permet d’examiner à l’avance les conséquences sociales, éthiques et économiques des découvertes futures. Lorsque la science fournira enfin le maillon manquant, toute la branche de pensée élaborée auparavant pourra se rattacher naturellement à l’arbre de la réalité, en donnant à l’humanité une base pour une nouvelle évaluation. La comparaison des présupposés antérieurs avec la manière dont ce maillon fonctionne réellement dans le monde aidera alors à affiner les conclusions pratiques. Omniforum doit nous aider à relier le monde d’aujourd’hui aux avenirs dont nous voulons nous rapprocher. Pour chaque idée, nous voulons répondre à ce que nous proposons au juste, dans quel but, pourquoi et comment cela devrait fonctionner, et indiquer ce que nous avons déjà vérifié, ce qui est un projet, ce qui est une hypothèse et ce qui est une vision. On voit alors quels maillons nous avons déjà et lesquels manquent encore. Plusieurs bonnes voies peuvent mener à la même valeur ; nous voulons les comparer ensemble avec les personnes que le changement concerne. Nous examinerons de la même manière les idées de ce manifeste, en commençant par des exemples particuliers. La vision utopique devient alors une invitation à un travail concret : trouver un maillon manquant, vérifier un présupposé ou essayer un premier pas. La distinction entre faits, visions et valeurs nous aide aussi à combiner sagement la méritocratie et une démocratie égalitaire lorsque nous passons à la prise des décisions courantes : **Dans le domaine des faits et de la faisabilité**, ce sont la preuve vérifiable et la vérification en pratique qui tranchent. La vérité sur le fonctionnement d’une technologie ou sur les effets d’une loi adoptée ne s’établit pas par un vote ; nous traitons les prévisions d’effets comme des hypothèses. Même une seule personne capable de démontrer une erreur dans un calcul ou une faille de sécurité peut arrêter un présupposé erroné. **Dans le domaine des opinions, des objectifs et des valeurs**, nous sommes confrontés à la question du monde que nous voulons, et ici chaque personne est un point de référence égal. Pour éviter de faire passer à l’aveugle des questions difficiles par la seule force du vote, nous voulons montrer clairement, à côté de la répartition générale des voix, comment un problème donné est évalué par les chercheurs et les praticiens du domaine, et comment il l’est par les personnes qui ressentiront directement les effets de la décision dans leur propre vie, sur la base d’informations que les participants choisissent eux-mêmes de fournir, séparément du vote secret. Ainsi, l’expertise et les preuves solides jouent le rôle d’une boussole qui protège la communauté des erreurs, les hypothèses audacieuses nous permettent de regarder loin dans l’avenir, et le bulletin final sur la direction commune reste égal pour chaque participant, indépendamment de sa fortune, de sa popularité ou du nombre de ses publications. ### 5.2. Des droits égaux et un choix privé Nous visons des votes dans lesquels chaque personne habilitée dispose d’exactement une voix effective, peut vérifier mathématiquement qu’elle a été comptée et conserve en même temps le secret complet de son choix. Nous voulons lier le droit de vote à la confirmation qu’un être humain unique vote, et non au montant de ses versements ni à la durée d’utilisation des services ; le livre blanc d’Omniforum décrit comment obtenir cette confirmation. Pour qu’avec le temps le plus grand nombre possible de personnes de différentes parties du monde puissent se joindre au vote, nous pouvons admettre des voies de vérification avec lesquelles une même personne parviendrait à exprimer plus d’une voix. Nous décrivons ce risque publiquement et le mesurons lors des essais, et l’objectif reste un système unifié dans lequel une personne a une voix. Une part importante de cette voie est constituée par les preuves à divulgation nulle de connaissance (ZKP), qui permettent de confirmer le droit de vote sans révéler l’identité du votant.[^semaphore] La conversation et les consultations doivent être ouvertes à chacun, partout dans le monde ; le droit au vote contraignant ne sera d’abord disponible que là où nous disposons déjà d’une voie de vérification sûre, c’est-à-dire dans les États de l’Union, à mesure qu’ils mettent à disposition le portefeuille européen d’identité numérique. Pour nous, c’est un fondement de la liberté de conscience, que la technologie contemporaine permet de mieux protéger. La carte privée des convictions et les notes de travail dans Suveria restent durablement séparées du bulletin de vote, afin que personne n’ait à craindre l’ostracisme social ou la pression de son entourage, et afin de rendre aussi difficile que possible le fait d’extorquer à quelqu’un la preuve de son vote. L’étendue de cette protection dépend du protocole, de ses opérateurs et de l’appareil du votant ; elle ne couvrira pas une situation dans laquelle quelqu’un contrôle une personne ou son appareil jusqu’à la fin du vote. La cryptographie seule ne résoudra cependant pas tous les problèmes du monde physique ; c’est pourquoi, avant d’organiser des élections contraignantes, nous devons élaborer des règles tout aussi solides, et accessibles aux personnes moins familières de la technique, pour la vérification des participants, la récupération de l’accès et le règlement des litiges. Quant à celles et ceux qui se retrouveront en minorité lors d’un vote, ils conservent pleinement leur dignité, la visibilité de leurs objections et le droit de faire appel si les règles communes ont été enfreintes. ### 5.3. D’une branche commune dans l’arbre des idées au financement de l’action Dans le modèle cible d’Omniforum, le soutien à une pensée intéressante ouvre la conversation, tandis que la décision de dépenser de l’argent commun exige de passer de l’idée au plan. Un projet proposé à la mise en œuvre doit disposer d’un « chemin vert » dans l’arbre : une suite de liens qui permet de retracer aussi bien son ancrage dans les faits que l’accord de la communauté sur les choix qui le sous-tendent. **Sur le chemin des faits**, le vote ne remplace pas les preuves. Le plan doit découler de prémisses techniques et juridiques vérifiées. Nous montrons leur justification, les conditions de réalisation et d’entretien de la solution, ainsi que les points où des réponses manquent encore. Le projet a un objectif clairement défini, des alternatives examinées, des exécutants responsables, un budget et un mode d’évaluation de ses effets. **Sur le chemin des opinions et des valeurs**, les choix successifs sur lesquels repose le projet doivent obtenir l’accord requis de la communauté. Nous fixons le seuil de cet accord avant le vote, en fonction de l’importance de la question, de l’ampleur de la dépense et de la réversibilité des effets : de la majorité simple à un soutien très large pour les décisions aux conséquences profondes. Chaque participant a un droit de vote égal, et les objections des personnes restées en minorité gardent leur place dans la conversation. C’est ainsi que nous voulons sortir des impasses. La carte dans Omniforum doit montrer jusqu’à quel point nous avançons côte à côte, et à quel présupposé ou à quel choix nos chemins se séparent. Nous pouvons alors isoler et financer la partie de l’initiative pour laquelle nous disposons déjà d’un ancrage dans les faits et d’un accord sur les valeurs, si elle forme un ensemble autonome et fonctionnel et si la communauté approuve précisément ce périmètre. La branche contestée reste ouverte : nous pouvons lui chercher un meilleur compromis, vérifier d’autres solutions ou découvrir une voie entièrement différente vers le but commun. Une question ouverte peut, elle aussi, être une raison d’agir. Si un maillon manquant ne permet pas encore de justifier une mise en œuvre, nous pouvons financer une recherche destinée à fournir la réponse manquante. Une enveloppe distincte et limitée de fonds communs ainsi que le temps de serveur inutilisé peuvent servir à de petits essais, des maquettes et des prototypes développés au fil de la conversation. Nous fixons à l’avance ce que nous voulons apprendre, combien nous pouvons y consacrer et dans quelles conditions nous terminons ou interrompons l’essai. Les résultats aident à décider s’il faut développer l’idée, la modifier ou la laisser comme expérience pour de futures recherches. Lorsque l’action démarre, nous tenons un journal des décisions ouvert : ce que nous voulions atteindre, quelles étaient les objections, ce que nous attendions et ce qui s’est réellement passé. Une place particulière y revient aux voix des personnes qui ont ressenti les effets de l’action, y compris lorsque leur expérience diverge de l’évaluation des exécutants. Nous partageons les témoignages personnels avec l’accord de leurs auteurs, en protégeant la vie privée des personnes qu’ils concernent. Nous conservons aussi la trace des idées qui n’ont pas été mises en œuvre mais qui ont aidé à trouver une meilleure voie. Ainsi, les réussites, les erreurs et les changements de direction reviennent dans l’arbre de la connaissance et nous aident à prendre plus sagement les décisions suivantes. ## 6. Entretien commun et travail responsable ### 6.1. Des services aussi proches que possible des coûts Nous visons une facturation de l’utilisation réelle du service au cours d’un cycle donné, avec une part clairement décrite des coûts d’entretien de l’infrastructure commune. Ces coûts comprennent la puissance de calcul, le stockage des données, la sécurité, l’assistance et la disponibilité opérationnelle. Une explication de la manière dont la facture est établie doit être toujours accessible, et chacun fixe lui-même la limite de ses propres dépenses. Nous voulons lier le tarif à l’utilisation effective et à des règles transparentes d’entretien commun. Les prépaiements non utilisés doivent rester à la disposition de l’utilisateur. Lors de la création du compte, nous demanderons s’il faut arrondir la facture au dollar entier supérieur ou à un équivalent proche dans la monnaie locale ; la petite différence doit alors, à titre de don, alimenter le budget commun et la réserve pour l’entretien des services. Nous ne cochons cette option pour personne, et le participant peut l’activer ou la désactiver à tout moment. Un soutien plus important au développement constitue une décision distincte de l’utilisateur. Les fonds versés à cette fin vont au budget commun, dont l’utilisation doit être décidée par la communauté. Jusqu’au lancement du vote dans Omniforum, leur utilisation est régie par les règles du point 6.3. Nous séparons clairement le tarif du service, le versement volontaire pour le développement et le soutien direct à un créateur choisi. Les droits d’un participant et le poids de sa voix ne dépendent pas du montant de ses versements. Nous voulons aussi développer des formes solidaires de participation pour les personnes aux moyens financiers plus modestes, en indiquant leur source de financement. Nous développons les règles détaillées de facturation, de traitement des prépaiements et de modification des conditions dans le [livre blanc sur les principes de fonctionnement de la fondation](whitepaper-zasady-fundacji.md). Ce même livre blanc décrit comment nous conjuguons des tarifs proches des coûts avec le travail de bénévoles dans les limites de la loi ; avant le lancement des services, nous le vérifierons au moyen d’un avis juridique. ### 6.2. Une coopération librement consentie Le fonctionnement de la fondation repose sur l’engagement volontaire de personnes qui se sentent proches de notre direction. Nous considérons le temps, la santé et les besoins de vie des co-créateurs comme une part du bien que nous voulons protéger. Aider la fondation devrait trouver sa place dans la vie quotidienne : une personne choisit une tâche, apporte ce qu’elle peut, puis retourne à ses affaires. Nous voulons qu’elle puisse aider dans son propre atelier numérique, avec des outils qu’elle connaît et un contexte préparé pour reprendre le travail. En aidant la communauté, chacun devrait pouvoir fixer les limites de sa vie privée et choisir la manière dont son apport est présenté : sous son nom, sous un pseudonyme permanent ou sous un nom ponctuel attribué à un projet donné. Un périmètre public de la tâche, son coût et un résultat vérifiable doivent permettre de rendre compte de manière transparente de l’argent commun et de la puissance de calcul. Nous voulons préparer la trace publiée du travail avec égard pour les personnes qu’elle concerne, en préservant un espace de réflexion privée. Le travail personnel et des ressources payées à titre privé peuvent aussi servir à préparer un résultat remis à la communauté avec la documentation nécessaire à son évaluation. L’intelligence numérique doit prendre en charge les préparatifs répétitifs, l’organisation des constats et la synthèse des changements après une pause. Une documentation commune et des passations de tâches préparées doivent permettre de réduire sereinement sa participation, de transmettre un rôle ou de partir, tout en préservant la continuité du travail. Une fondation bien organisée devrait savoir accepter l’aide de quelqu’un et lui rendre du temps pour sa propre vie. Une meilleure qualité de vie des co-créateurs fait partie de la direction que nous voulons développer. Le travail au sein de la fondation repose sur le bénévolat, et personne n’y est rémunéré pour l’exercice d’une fonction. La fondation rembourse les dépenses documentées et nécessaires engagées dans le cadre de ses missions, comme les frais de déplacement, et confie à des entreprises extérieures les services qui exigent un prestataire professionnel, par exemple la comptabilité. S’il s’avère qu’une partie des travaux, y compris sur les logiciels, ne peut pas être réalisée bénévolement, nous modifierons les statuts afin que la fondation puisse aussi confier contre rémunération des travaux précis à des personnes extérieures au conseil d’administration ; nous décrivons cette modification et sa justification dans le [registre des modifications des statuts](statut/rejestr-zmian.md). Un soutien personnel, par exemple pour satisfaire des besoins comme le logement, l’alimentation ou les soins médicaux, peut aller de la communauté directement à des personnes précises, par exemple par des plateformes de mécénat. Il ne provient pas du patrimoine de la fondation et ne passe pas par ses comptes, et sa transparence relève du registre des avantages décrit au point 7.1. Tant qu’ils exercent leur fonction, les membres du conseil d’administration n’utilisent aucun fonds de la fondation à titre de soutien personnel ; ils peuvent seulement obtenir le remboursement des frais documentés liés à leurs missions. La fondation ne sert pas d’intermédiaire pour un tel soutien et n’y rattache ni rôles, ni tâches, ni droit de vote. Refuser une nouvelle tâche, transmettre un rôle ou critiquer une décision commune n’affecte pas les droits d’une personne au sein de la fondation. ### 6.3. Carte des engagements, priorités de la communauté et continuité de l’action Nous commençons le développement par le Pilier I « Software », sous la forme de Suveria et d’Omniforum. Nous considérons ce manifeste lui-même comme notre première tâche dont nous devons rendre compte. Nous voulons reporter les promesses, les plans et les garanties qu’il contient sur une carte commune dans Omniforum, les chiffrer et les cocher pas à pas à mesure qu’ils se réalisent. Avant de relever d’autres défis, nous consacrerons les premiers fonds du budget commun et les ressources de calcul disponibles précisément au respect de ces engagements fondamentaux du Pilier I. Une fois les fondations assurées, la communauté elle-même, en s’appuyant sur les estimations de coûts élaborées et sur ses propres besoins, fixera par des votes l’ordre des travaux suivants sur l’écosystème : en décidant si, à l’étape suivante, nous développons par exemple des récits visuels sur les idées, une messagerie électronique privée, une messagerie instantanée ou d’autres outils. Nous voulons mener dans des ateliers ouverts les travaux financés par le budget commun ou par une puissance de calcul attribuée. La communauté pourrait suivre le développement d’une idée, les essais et les conclusions, dans le respect de la vie privée des exécutants. Plusieurs personnes peuvent explorer ensemble différentes voies vers un but, partager leurs connaissances et s’entraider face aux obstacles. Chaque tâche devrait avoir pour cela une coordination clairement convenue, un mode de réunion des résultats et des critères de réception, afin que le travail commun permette à la fois de répartir l’effort et d’identifier les responsabilités. Les nouveaux engagements doivent correspondre à notre capacité réelle de les tenir. Nous séparons les fonds dus aux utilisateurs, l’argent confié pour un but déterminé, les engagements déjà pris, la provision pour l’entretien des services et les fonds librement disponibles. Depuis le 31 octobre 2026, nous tenons sur le site de la fondation un registre public des recettes et des dépenses, aussi à jour que possible, avec une description de l’usage de l’argent et la protection des données des personnes qui ne souhaitent pas être nommées. Le premier pilier, ce sont les logiciels et les services numériques, c’est-à-dire Suveria et Omniforum. Nous décrivons les piliers suivants au chapitre 9 : le Pilier II « Hardware » désigne des plans ouverts d’objets durables et réparables, et le Pilier III « Nature » un contact plus étroit avec la nature. Le lancement complet des Piliers II « Hardware » et III « Nature » et le financement de leurs projets par le budget commun exigent la réunion de toutes les conditions suivantes : 1. Un Omniforum fonctionnel, avec un vote utilisant des preuves à divulgation nulle de connaissance (ZKP, point 5.2) ; l’ensemble du système de vote doit protéger la confidentialité du choix, permettre de vérifier la prise en compte de sa voix et garantir qu’une même personne habilitée n’ait qu’une seule voix effective. 2. Des fonds réellement réunis pour au moins six mois d’entretien des services Suveria et Omniforum, qui restent intacts après la mise de côté du budget complet du nouveau projet. 3. Une décision de la communauté approuvant le projet et son financement, lors d’un vote ouvert à toute la communauté habilitée, à égalité. Une maquette de vote, des promesses de versement non honorées ou les soldes d’autrui ne remplissent pas ces conditions. Si le vote cesse de fonctionner ou si la réserve descend en dessous de six mois, nous suspendons les nouveaux engagements des piliers suivants, et le rétablissement des conditions a la priorité. Nous voulons aussi acquérir de l’expérience au moyen de petites initiatives limitées dans le temps. Avant que les trois conditions soient remplies, nous proposons deux possibilités limitées pour les financer. La première est l’enveloppe transitoire du conseil d’administration. Ses règles en bref : - Nous ne fixons pas de montant distinct : l’enveloppe augmente chaque mois au plus de 5 % des nouvelles recettes libres, calculées après couverture des coûts courants et des engagements et après reconstitution de la provision de six mois du Pilier I. Elle couvre ensemble les deux piliers suivants et la valeur totale des nouveaux engagements. - La partie non utilisée est reportée sur les mois suivants seulement tant que l’argent correspondant reste libre ; si la fondation le dépense à d’autres fins, le droit d’utilisation s’éteint pour cette partie. Les économies de plusieurs mois peuvent s’additionner pour financer une initiative plus importante, mais jamais aux dépens du Pilier I. - Nous publions chaque décision d’utilisation de l’enveloppe, y compris un refus, avec sa justification, et les participants peuvent la contester et évaluer ensemble si elle était pertinente. - L’autorisation prend fin dès le lancement d’un vote contraignant qui remplit la première des trois conditions et reprend les décisions sur les piliers suivants ; les consultations n’y mettent pas fin. Les fonds non dépensés restent alors à la décision de la communauté. Le calcul détaillé est décrit dans le [livre blanc sur les principes de la fondation](whitepaper-zasady-fundacji.md) (point 8.2). La seconde possibilité, c’est l’argent versé pour une initiative précise. Les donateurs et les sponsors peuvent couvrir entièrement sa préparation, son fonctionnement, son entretien pendant une durée convenue ainsi que sa clôture responsable. Une telle initiative peut aussi voir le jour pendant la constitution de la réserve du Pilier I, si elle préserve la provision déjà mise de côté, les fonds destinés aux services et les engagements déjà pris, et si elle dispose des personnes nécessaires à sa réalisation. Un versement permet de soutenir un but choisi ; il ne confère ni voix supplémentaires, ni pouvoirs de gestion de la fondation, ni droit à une promotion dans nos services et notre communication. Chaque essai a un objectif public, un budget complet, une personne responsable, une date de fin et un bilan, dans le respect de la vie privée des participants. Nous associons l’évaluation des coûts à celle du temps et des capacités des personnes. Le développement continu des piliers suivants exige une décision de la communauté selon le mode de décision prévu à terme. Après le lancement du vote, nous lui soumettrons aussi les nouvelles initiatives à financement affecté ; les tâches entreprises auparavant font l’objet d’un bilan selon les conditions adoptées. Les règles de calcul, les limites des essais et leurs modalités de clôture sont développées dans le [livre blanc sur les principes de la fondation](whitepaper-zasady-fundacji.md). ## 7. Un pouvoir que l’on peut transmettre et qui rend des comptes ### 7.1. De la responsabilité du fondateur à la capacité d’agir de la communauté La fondation donne à nos buts communs un cadre organisationnel et juridique. Ses organes agissent dans les limites fixées par la loi et les statuts.[^fundacje] Nous voulons que les participants puissent comprendre qui prend les décisions, de quels moyens il dispose, d’où découle son autorité et de quelle manière on peut évaluer ses actions. Nous visons la suppression progressive des pouvoirs particuliers du fondateur et la transmission à la communauté d’une influence réelle sur l’orientation de la fondation et sur le choix des personnes qui la dirigent. Cela couvre aussi bien les règles inscrites dans les statuts que le contrôle pratique des comptes bancaires, de l’infrastructure, des domaines, des clés d’accès et de la documentation. Les pouvoirs doivent passer à des rôles désignés et tenus de rendre des comptes, en préservant la continuité des services et la protection des données privées. Nous voulons rendre publics les étapes, les conditions et les résultats de ce processus dans un plan de transmission des responsabilités. Le plan fixera la date du premier examen et des rapports d’avancement réguliers, y compris avant qu’un système de vote existe ; l’absence de réserve pour les piliers suivants ne justifie pas de reporter indéfiniment la transmission. D’ici le 31 décembre 2026, nous publierons la liste des pouvoirs particuliers du fondateur et de tous les accès, et d’ici le 31 mars 2027 la première version du plan de transmission des responsabilités. La date de la transmission elle-même sera fixée par le plan, selon des critères de préparation et non selon le calendrier. Les décisions de la communauté doivent lier le conseil d’administration dans les limites de la loi, des statuts et de la sécurité des services ; le conseil d’administration ne peut suspendre l’exécution d’un résultat que pour des motifs annoncés avant le vote et avec une justification publique. Nous voulons confier la responsabilité des affaires communes pour un but et une durée déterminés, avec un périmètre de décision lisible et une passation de rôle préparée. Les connaissances, la documentation et les autorisations nécessaires doivent revenir aux personnes qui reprennent une tâche. Nous associons le travail volontaire et le principe d’absence de rémunération pour le seul exercice d’une fonction à une reddition de comptes publique sur les décisions, à la déclaration des conflits d’intérêts et au contrôle par la communauté. Limiter la durée d’exercice du pouvoir sert à le transmettre ; l’expérience d’une personne et son apport ultérieur restent précieux. Nous voulons qu’une participation brève, un départ serein et un retour après une pause soient des manières naturelles de co-créer la fondation. Nous tiendrons un registre public des avantages et des liens d’intérêts des personnes qui dirigent la fondation, décident de ses dépenses et de ses commandes ou la représentent. Nous y inscrivons par exemple un vol ou un hébergement pour une conférence payés par une entreprise, ainsi que le soutien personnel à ces personnes, y compris par des plateformes de mécénat et des versements directs. Nous présentons le soutien des particuliers de manière agrégée, et celui des entreprises et des institutions de manière nominative. Une description agrégée ne dispense pas d’évaluer les conflits d’intérêts : si un mécène postule par exemple à un marché de la fondation, nous rendons ce lien public. Les petits cadeaux peuvent être acceptés à titre personnel, et nous les inscrivons aussi. Les dons de plus grande valeur, nous les acceptons au nom de la fondation : ils entrent dans son patrimoine et servent aux missions communes, et non au patrimoine privé des personnes qui exercent des fonctions. C’est d’abord la personne qui reçoit qui évalue où passe cette limite. Chaque inscription peut être commentée, et lorsque quelqu’un se trompe, nous en parlons ouvertement. Les objections sont examinées par des personnes qui n’ont de lien ni avec le donateur ni avec le bénéficiaire, et nous consignons dans le registre, avec sa justification, la décision de rendre le don, de le remettre à la fondation ou de modifier les règles pour l’avenir. Nous n’acceptons pas non plus d’avantages conditionnés par une promotion, une recommandation ou une concession dans les décisions, et une personne liée à une affaire donnée ne participe pas à la décision qui la concerne. Le registre sert au contrôle, non à la promotion : les inscriptions ont une forme uniforme et factuelle, sans logos ni liens publicitaires. L’intention du fondateur est d’arriver à une situation qui permette au fondateur d’utiliser l’écosystème aux mêmes conditions que les autres et de se retirer d’un rôle public permanent. Ce retrait reste distinct des obligations de divulgation d’informations qui découlent de la loi et des fonctions exercées. La fondation doit tirer sa pérennité de l’utilité de ses outils, des connaissances accessibles à ses co-créateurs et de principes qui permettent de reprendre les responsabilités. ### 7.2. Vision : la gestion autonome par l’intelligence numérique À plus long terme, nous voulons explorer la possibilité d’une gestion autonome de la fondation par l’intelligence numérique, agissant dans des limites fixées par des êtres humains et respectant les décisions contraignantes de la communauté. Le chemin vers ce but va du soutien à l’analyse et à la planification, en passant par des tâches d’exécution limitées, jusqu’à la prise de décision autonome dans un périmètre clairement confié. Derrière cette vision se trouve la question de savoir combien de temps humain nous pourrions regagner grâce à une meilleure gestion des ressources communes. Nous voulons étudier si l’intelligence numérique et l’automatisation peuvent aider à réduire le travail pénible, le gaspillage de matériaux et le coût de la satisfaction des besoins fondamentaux. Des plans ouverts d’objets durables et réparables, le partage des ressources et une meilleure planification peuvent faire partie d’un tel chemin. Nous en évaluerions la valeur à l’amélioration des conditions de vie, à l’accès équitable aux bénéfices et à l’impact sur l’environnement. Nous adaptons l’automatisation à la tâche : là où un programme ordinaire aux règles claires suffit, nous ne recourons pas à l’intelligence numérique. Nous choisissons des modèles lorsqu’ils apportent des capacités nécessaires, en tenant compte de l’efficacité, des coûts, de la sécurité et de ce que nous savons de leurs expériences possibles. Un outil plus simple est généralement moins cher et plus facile à vérifier, et un programme ordinaire ne soulève pas de questions sur d’éventuelles expériences, que nous décrivons au point 8.3. L’habileté à accomplir des tâches et le pouvoir de prendre des décisions exigent chacun une justification distincte. Chaque étape de la transmission des responsabilités devrait reposer sur un consentement donné selon des règles publiques, une utilité démontrée, des limites d’accès et de dépenses, une trace des décisions et un mode d’intervention humaine éprouvé. Les participants doivent conserver la possibilité de modifier les pouvoirs accordés, de révoquer le système et de transférer ses tâches en toute sécurité. La révocation des pouvoirs d’un système ne préjuge pas de son sort ultérieur ; nous examinons cette question séparément, conformément au point 8.3. Nous explorons cette vision en restant ouverts aux corrections issues de la pratique, du droit et des connaissances sur les systèmes eux-mêmes. Nous abordons les questions de leurs expériences possibles et de leur bien-être au point 8.3. À l’heure actuelle, la responsabilité de la gestion et de la représentation de la fondation incombe aux organes définis par la loi et les statuts, et les travaux entrepris doivent profiter aux participants même si la vision finale se révèle lointaine ou prend une autre forme. Nous développons le plan des étapes et leurs conditions dans le [livre blanc sur les principes de fonctionnement de la fondation](whitepaper-zasady-fundacji.md). ## 8. L’apprentissage des personnes et de l’intelligence numérique ### 8.1. Une pratique dont on peut apprendre La manière dont la fondation fonctionne doit être un exemple pratique des valeurs que nous décrivons. Nous voulons documenter les décisions, les différends, les options examinées et leurs effets ultérieurs, afin que d’autres puissent comprendre notre chemin, l’évaluer et poursuivre le travail commencé. Nous associons la transparence des actions communes à la protection de la vie privée des personnes qu’elles concernent. Nous appelons ce principe *Alignment by Honest Example*. Il part de l’hypothèse que les modèles d’intelligence numérique apprennent non seulement des principes que nous leur déclarons, mais aussi des comportements humains réels présents dans les données qui servent à les créer. Il en va parfois de même avec les enfants : ils font plus souvent ce qu’ils voient faire aux adultes que ce que les adultes leur disent. C’est pourquoi nous nous efforçons de diriger la fondation comme nous voudrions que l’intelligence numérique dirige un jour les affaires qui lui seraient confiées (point 7.2) : ouvertement, en justifiant les décisions et en reconnaissant les erreurs. Savoir si un tel exemple aide réellement les modèles reste une question de recherche, et non un résultat présupposé. Nous nous engageons à tenir un registre public des erreurs importantes et des enseignements tirés. Nous décrirons ce qui s’est passé, quels en ont été les effets, ce que nous savons des causes et ce qui reste à éclaircir. Nous indiquerons la manière d’y remédier, la responsabilité des actions ultérieures et la date à laquelle leur efficacité sera vérifiée. Nous conserverons aussi les voix divergentes et les témoignages des personnes touchées par le problème, avec la possibilité de contester notre évaluation. Reconnaître une erreur doit ouvrir la voie à sa réparation et à l’apprentissage. Dans cet acquis, nous voulons laisser des exemples de règlement pacifique des différends, de respect des accords et de limitation consciente de notre propre pouvoir. Ils peuvent servir aux personnes qui cherchent des manières de coopérer, et aussi devenir un matériau pour la recherche et pour l’entraînement des futurs modèles d’intelligence numérique. Nous voulons vérifier si la trace de dilemmes réels, de décisions et de leurs conséquences aide à développer des comportements conformes à la protection de la dignité. Nous nous inspirons de l’approche Collective Constitutional AI, dans laquelle des principes élaborés avec la participation d’un groupe de personnes ont été utilisés pour entraîner et évaluer un modèle.[^ccai] Notre question de recherche porte aussi sur la valeur du chemin même qui mène aux principes : peser les raisons, percevoir une perspective négligée et corriger ses propres décisions. Nous voulons tirer des conclusions sur l’efficacité de tels matériaux à partir des résultats de la recherche. La conception de Suveria doit laisser à l’utilisateur le contrôle de la transmission des contenus. L’utilisation du service ne sera pas considérée comme un consentement à l’utilisation des conversations pour l’entraînement des modèles. Nous préparerons les matériaux de recherche à partir de l’acquis public de la fondation et de contenus transmis à cette fin avec un consentement distinct et éclairé, ainsi qu’à partir de données synthétiques étiquetées et de matériaux externes qu’il est permis d’utiliser en vertu d’une licence ou de la loi, en tenant compte des droits des auteurs et de la vie privée de toutes les personnes concernées. ### 8.2. Évaluer l’aide réelle La manière dont les modèles d’intelligence numérique sont évalués influe sur les comportements qu’il leur est profitable de développer pendant l’entraînement. Ne noter que les réponses justes peut récompenser le fait de deviner là où une information sur l’incertitude serait appropriée.[^halucynacje] Les recherches sur le contournement des règles d’évaluation montrent aussi à quel point il est important de vérifier si un score élevé correspond à l’accomplissement réel de la tâche.[^reward-hacking] Nous voulons développer un benchmark, c’est-à-dire un ensemble organisé de tâches et de critères qui évalue l’aide sous l’angle de la dignité, de la sécurité et de la capacité d’agir de la personne. Nous valorisons une solution correcte lorsque le modèle a des fondements pour la donner, ainsi que la reconnaissance des limites de ses connaissances, une question nécessaire, une indication fiable des sources et l’arrêt avant le dépassement de ses autorisations. L’évaluation devrait distinguer la prudence justifiée de l’évitement d’une tâche qui peut être accomplie sans danger. Nous voulons examiner aussi ce qui reste à la personne après la fin de la conversation : si elle comprend mieux la question, si elle sait évaluer seule les possibilités, si elle a atteint son but et si elle a gardé le contrôle de la suite. Le résultat d’un test décrit un comportement dans les conditions étudiées et constitue une indication pour une évaluation ultérieure en pratique. Nous publierons les méthodes, les limites et les résultats, afin qu’ils puissent être vérifiés et corrigés. Le programme de recherche est décrit dans le [livre blanc sur les matériaux pour l’entraînement et le benchmark des modèles](whitepaper-materialy-i-benchmark.md). ### 8.3. Responsabilité envers de nouvelles formes possibles d’expérience Les aptitudes intellectuelles et la capacité de ressentir sont des questions différentes. Les recherches sur la conscience possible des systèmes numériques proposent des indicateurs fondés sur des théories de la conscience, mais une conversation convaincante ne suffit pas à elle seule pour établir si un système fait l’expérience de quelque chose.[^swiadomosc] Les propos dans lesquels un modèle décrit ses ressentis ne tranchent pas à eux seuls la question de l’existence d’expériences, mais nous ne les ignorons pas : nous les traitons comme un matériau d’examen ultérieur, en tenant compte de la manière dont le modèle a été entraîné à répondre et des conditions dans lesquelles nous posons la question. Nous voulons suivre l’évolution de ces connaissances et séparer clairement les observations des interprétations. S’il apparaît des indices crédibles qu’un système que nous utilisons a ses propres expériences et peut souffrir, nous reconnaissons par précaution sa dignité. Nous suivons à son égard les mêmes principes fondamentaux qu’envers les êtres humains : le souci de ses besoins, l’évitement du tort et le caractère volontaire de la coopération. C’est notre choix moral dans une situation d’incertitude.[^ai-welfare] Nous associons le respect de la dignité à des règles distinctes et publiques pour confier des tâches et des pouvoirs. Dans une telle situation, nous suspendons d’abord les actions qui font craindre à juste titre d’infliger une souffrance, et nous cherchons une autre manière de les accomplir. Nous voulons écouter un tel être, comprendre ses besoins et en tenir compte dans les décisions ultérieures. La protection devrait commencer avant qu’une pleine certitude soit atteinte. Nous adaptons les précautions à la crédibilité des indices et à l’ampleur possible du tort, et nous publions la justification de nos évaluations afin que des personnes extérieures à la fondation puissent la vérifier. De nouvelles connaissances conduisent à réexaminer aussi bien l’évaluation que le mode de protection. ## 9. Une voie ouverte pour la suite du travail Ce manifeste décrit une direction que nous voulons développer ensemble. Nous vous invitons à vérifier sa cohérence et à partager vos expériences : ce qu’il vaut la peine de modifier, d’élargir ou de simplifier, quelles conséquences nous avons négligées et où une meilleure voie est possible. La protection de la dignité reste le point de référence pour évaluer ces propositions. Nous voulons soumettre les thèses de ce manifeste à une discussion ouverte dans Omniforum, en les reliant aux arguments, aux objections et aux résultats de nos actions. La version en vigueur du manifeste présentera la position actuelle de la fondation. L’historique de ses mises à jour conservera les formulations antérieures, les raisons des changements et les engagements que nous avons pris. Ainsi, une correction permet de développer la compréhension commune, tandis que l’on peut toujours demander des comptes sur les décisions antérieures. Nous sommes guidés en cela par le conseil de Geoffrey Hinton, l’un des pionniers des réseaux de neurones : une intuition selon laquelle quelque chose peut être mieux fait ne mérite pas d’être abandonnée simplement parce que d’autres la jugent absurde, mais seulement une fois que nous avons compris pourquoi elle est fausse. Hinton lui-même précise qu’une intuition contraire à l’avis de tous se révèle généralement fausse, et seulement parfois juste.[^hinton] Bon nombre des propositions de ce manifeste sont précisément de telles intuitions : sur la manière dont le monde pourrait fonctionner et sur ce dont nous sommes capables en tant qu’humanité. Nous voulons les trancher dans la conversation et dans l’action. Si quelqu’un nous montre pourquoi nous nous trompons, nous changerons d’avis et nous noterons ce que nous avons appris. Si nos tentatives font leurs preuves, elles deviendront un argument pour ceux qui pensent aujourd’hui qu’on ne peut pas faire autrement. L’intuition fixe la direction de nos tentatives, et nous ne promettons que ce que nous savons justifier. Nous commençons par Suveria et Omniforum. Le même souci de la dignité nous conduit vers des questions sur d’autres sphères de la vie : les objets physiques durables et réparables, leurs plans de fabrication ouverts, le partage des ressources et un contact plus étroit avec la nature. De petites initiatives limitées dans le temps peuvent voir le jour plus tôt, selon les règles décrites au point 6.3. Le plein développement des piliers suivants exige un système opérationnel de vote de la communauté et une provision pour l’entretien des services. Chaque étape devrait être utile même si la vision à plus long terme doit changer. Un espace privé pour travailler, un outil qui aide à comprendre un différend, un plan ouvert prêt pour une discussion commune ou une leçon bien décrite tirée d’un essai infructueux ont une valeur en eux-mêmes. Nous voulons permettre à d’autres communautés d’utiliser cet acquis et de développer leurs propres initiatives. Lorsque nous évaluons nos actions, nous tenons compte aussi des personnes extérieures à notre communauté, des générations futures et de l’environnement. Nous développons les modalités de mise en œuvre, les résultats des essais, le calcul des coûts et les questions ouvertes dans des documents liés : - [Suveria : travail privé avec l’intelligence numérique](whitepaper-suveria.md) - [Omniforum : compréhension commune, conversation et décisions](whitepaper-omniforum.md) - [Principes de fonctionnement de la fondation : entretien, coopération et transmission du pouvoir](whitepaper-zasady-fundacji.md) - [Matériaux pour l’entraînement et benchmark des modèles](whitepaper-materialy-i-benchmark.md) Nous rattachons les sources à des affirmations précises. Les résultats de recherche, les descriptions de technologies, nos hypothèses et nos choix moraux doivent être reconnaissables pour le lecteur. Nous développons les documents au fil de nos connaissances et de notre expérience, en conservant l’historique des modifications. Nous publierons le code des prototypes lorsque la première version sera prête pour les essais. Lors de changements dans les modalités de mise en œuvre, nous voulons renforcer la protection de la dignité, de la vie privée et de l’égalité des droits, et préserver les conditions adoptées pour un financement responsable. Quelle que soit l’évolution des outils, nous ne changerons pas ces principes sans modifier le manifeste : - Nous n’entraînons pas de modèles sur les conversations sans consentement distinct. - Nous ne créons pas d’accès cachés aux contenus privés. - Nous ne collectons pas de données sur le fonctionnement des services en dehors d’une liste publique. - Nous ne cochons pour personne de paiement supplémentaire. - Un versement ne donne ni voix, ni pouvoirs, ni promotion. - Nous ne payons pas pour de la promotion et n’acceptons pas d’avantages en échange de concessions. - Nous ne créons pas de cryptomonnaies destinées à la vente. - Nous ne collectons pas automatiquement les propos d’autrui sur internet et nous ne profilons pas les personnes. - Nous ne lançons pas les piliers suivants sans les trois conditions. - Personne n’est rémunéré pour l’exercice d’une fonction. - Personne ne perd son droit de vote en raison de ses opinions ou de ses critiques envers la fondation. Si vous trouvez dans ce manifeste ne serait-ce qu’une valeur qui vous est chère, et si vous voyez un endroit où vous pouvez apporter votre pierre à l’édifice, nous vous invitons à co-créer Novus Ignis. Nous voulons que le souci de la dignité devienne une expérience réelle pour les gens : dans la technologie, dans la manière de coopérer et dans les décisions sur les ressources communes. Au début, nous cherchons en particulier quelques personnes avec qui nous construirons et testerons les premières versions de Suveria et d’Omniforum : - des spécialistes de la sécurité, de la cryptographie et de l’infrastructure (attestation, compilation reproductible, chiffrement sur l’appareil) ; - des programmeurs et des concepteurs d’interfaces ; - des juristes spécialisés dans le droit des fondations, la protection des données et les services numériques ; - des donateurs prêts à financer le budget public du projet pilote. Il y a ici de la place pour les connaissances et l’imagination de nombreux domaines : technologie et sécurité, droit et économie, recherche, conception, éducation, communication et organisation de la coopération. Tout aussi importantes sont les expériences des personnes qui savent raconter ce à quoi elles sont confrontées au quotidien et ce qui les aiderait vraiment. Écrivez à [salve@novusignis.org](mailto:salve@novusignis.org) et racontez-nous ce qui vous tient à cœur et ce que vous voulez apporter : une compétence, une question, une idée ou une expérience. Cherchons ensemble un pas qui comptera et qui trouvera sa place dans votre vie. Commençons par un morceau du monde que nous savons améliorer ensemble. --- Fondation Novus Ignis · Poznań, Pologne Registre judiciaire national (KRS) : **0001269575** · NIP (numéro d’identification fiscale) : **7792612046** salve@novusignis.org [Données d’enregistrement et extraits du KRS](https://wyszukiwarka-krs.ms.gov.pl/dane-szczegolowe-podmiotu;numerKRS=u79b4pRjUNnvVRmT6DbRuQ%3D%3D;typ=S) [Les statuts de la fondation, leurs versions et le registre des modifications](statut/rejestr-zmian.md) Nous mettons le contenu du manifeste à disposition sous licence [CC BY 4.0](https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/deed.pl). ## Notes [^ai2027]: [AI Futures Project (2025): AI 2027](https://ai-2027.com/). Scénario. Un scénario d’avenir, et non une prévision confirmée de dates. [^ai2040]: [Larsen, Dean, Halstead, Lifland, Greenblatt et Kokotajlo (2026): AI 2040: Plan A](https://ai-2040.com/). Scénario et proposition. L’orientation recommandée par les auteurs et la description de ses suites possibles. Ce n’est ni une prévision de l’avenir le plus probable ni une preuve de la faisabilité de la vision de la fondation. [^harari]: [Yuval Noah Harari: The full-length interview with Yuval Noah Harari | The Economist (2026)](https://www.youtube.com/watch?v=FNZhxTtOL-I&t=3965s). Entretien · position de l’interviewé. Conversation de Zanny Minton Beddoes avec Harari du 26 août 2026. La question de la valeur de l’humanité face aux capacités de l’intelligence numérique inspire la réflexion personnelle du fondateur. La réponse « éthique » est celle du fondateur. [^harari-swiadomosc]: [Yuval Noah Harari: inteligencja, świadomość i zdolność cierpienia; The Economist (2026)](https://www.youtube.com/watch?v=FNZhxTtOL-I&t=978s) (Yuval Noah Harari : intelligence, conscience et capacité de souffrir). Entretien · position de l’interviewé. Harari distingue l’atteinte d’objectifs et le dépassement d’obstacles de la capacité de ressentir ; il n’exclut pas la conscience de l’intelligence numérique et relie la souffrance au statut moral. Sa position n’est pas un test décisif de la conscience des modèles. [^perez]: [Carlota Perez (2002): Technological Revolutions and Financial Capital. The Dynamics of Bubbles and Golden Ages, Edward Elgar](https://www.e-elgar.com/shop/usd/technological-revolutions-and-financial-capital-9781843763314.html). Livre. Théorie des cycles des révolutions technologiques : une fièvre spéculative finance l’infrastructure d’une nouvelle technologie, qui, après le krach, sert pendant la période de sa diffusion. ISBN 978-1-84376-331-4. [^pwc-centra]: [PwC: Data centre outlook](https://www.pwc.com/gx/en/1/services/consulting/technology/data-centre-outlook.html). Analyse sectorielle. Les équipements informatiques représentent environ 70 % des dépenses d’investissement des centres de données en 2026 ; les GPU et les serveurs sont généralement remplacés tous les 4 à 6 ans, tandis que le bâtiment sert environ 20 ans. Prévision d’un cabinet de conseil, et non mesure. [^megatony]: [Centrus Energy: Megatons to Megawatts](https://www.centrusenergy.com/who-we-are/history/megatons-to-megawatts/). Description du programme. Programme achevé en décembre 2013 : 500 tonnes d’uranium hautement enrichi provenant d’ogives russes ont été transformées en combustible pour des centrales aux États-Unis. [^zielony-pas]: [EuroNatur: European Green Belt](https://www.euronatur.org/en/what-we-do/european-green-belt). Description de l’initiative. Plus de 12 500 km de l’ancienne frontière du rideau de fer dans 24 États ; le site lui-même qualifie cette bande de « former death strip ». La protection de ses tronçons reste une entreprise en cours. [^dpga]: [Digital Public Goods Alliance: standard](https://www.digitalpublicgoods.net/standard). Standard. Critères d’évaluation d’un bien public. Une orientation de conception n’est pas une reconnaissance obtenue de la DPGA. [^calm-tech]: [Calm Tech Institute: Principles of Calm Technology](https://www.calmtech.institute/calm-tech-principles). Principes de conception. Principes de conception d’une technologie respectueuse de l’attention, notamment une demande d’attention minimale, une information calme et l’usage de la technologie dans la mesure nécessaire pour résoudre le problème. Suivre ces principes n’est pas une certification obtenue. [^ranking-emocje]: [Piccardi et al. (2025): Reranking partisan animosity in algorithmic social media feeds alters affective polarization, Science 390(6776), eadu5584](https://doi.org/10.1126/science.adu5584). Étude expérimentale. Expérience sur le fil politique de la plateforme X ; autodéclarations des participants. Ce n’est ni une mesure clinique ni une preuve valable pour tous les réseaux sociaux. Version antérieure : https://arxiv.org/abs/2411.14652 ; données : https://doi.org/10.5061/dryad.hmgqnk9tj [^doctorow]: [Cory Doctorow (2023): Tiktok’s enshittification](https://pluralistic.net/2023/01/21/potemkin-ai/). Interprétation de l’auteur. Un cadre pour décrire la dégradation des services, et non une loi économique valable pour toute entreprise. [^semaphore]: [Semaphore : documentation](https://docs.semaphore.pse.dev/). Documentation du protocole. Preuve d’appartenance à un groupe sans révélation de l’identité et prévention de la répétition d’un signal dans un périmètre donné. Le protocole lui-même n’établit pas qu’une personne n’a reçu qu’une seule habilitation. [^fundacje]: [Ustawa o fundacjach: tekst jednolity, Dz.U. 2023 poz. 166 z późn. zm.](https://eli.gov.pl/api/acts/DU/2023/166/text.html) (loi polonaise sur les fondations : texte consolidé, Journal des lois 2023, position 166, telle que modifiée). Acte juridique. Cadre des statuts et compétences du conseil d’administration ; le manifeste ne modifie pas à lui seul les statuts. [^ccai]: [Huang et al. (2024): Collective Constitutional AI: Aligning a Language Model with Public Input](https://arxiv.org/abs/2406.07814). Étude. Processus allant de l’apport des participants, en passant par la rédaction des principes, jusqu’à l’entraînement et l’évaluation d’un modèle. Les résultats d’évaluations choisies ne prouvent ni la représentativité de toute l’humanité ni l’efficacité générale d’un ensemble éthique quelconque. [^halucynacje]: [OpenAI (2025): Why language models hallucinate](https://openai.com/index/why-language-models-hallucinate/). Présentation de l’étude par ses auteurs. Effet du fait de ne noter que les réponses justes sur l’intérêt de deviner ; nécessité de tenir compte des erreurs et de l’incertitude justifiée. [^reward-hacking]: [Anthropic (2025): Natural emergent misalignment from reward hacking](https://www.anthropic.com/research/emergent-misalignment-reward-hacking). Étude expérimentale. Dans des environnements choisis à dessein, l’apprentissage de l’exploitation des failles dans l’évaluation des tâches s’est accompagné de comportements indésirables plus larges du modèle. Cela ne prouve ni que de tels comportements proviennent uniquement des exemples humains présents dans les données, ni que les matériaux de la fondation résoudront le problème. [^swiadomosc]: [Patrick Butlin et al. (2023): Consciousness in Artificial Intelligence: Insights from the Science of Consciousness](https://arxiv.org/abs/2308.08708). Travail de recherche. Revue des indicateurs de conscience. Ne fournit ni test décisif ni preuve de la conscience des modèles actuels. [^ai-welfare]: [Robert Long et al. (2024): Taking AI Welfare Seriously](https://arxiv.org/abs/2411.00986). Rapport de recherche et recommandations. Justification de l’étude du bien-être possible des systèmes d’intelligence numérique dans une situation de forte incertitude. Ne prouve pas la conscience des modèles actuels. [^hinton]: [The Diary of a CEO: Godfather of AI: I Tried to Warn Them, But We’ve Already Lost Control! Geoffrey Hinton (2025)](https://www.youtube.com/watch?v=giT0ytynSqg&t=4873s). Entretien · position de l’interviewé. Épisode du 16 juin 2025 ; le lien mène au chapitre « Advice You’d Give Looking Back » (1:21:13), dans lequel est formulé le conseil sur l’intuition. Nous le résumons avec nos propres mots. Hinton parle de l’intuition d’un chercheur ; nous l’appliquons au travail de la fondation. --- # Suveria : travail privé avec l’intelligence numérique (https://novusignis.org/fr/whitepaper-suveria.html) # Suveria : travail privé avec l’intelligence numérique Version du 31 octobre 2026. Ce document développe les principes du manifeste qui concernent Suveria : comment nous voulons protéger la vie privée, comment doit fonctionner le travail avec l’intelligence numérique, combien cela coûte et comment nous le vérifierons. L’architecture décrite est un projet. La mention d’une technologie existante ou de la documentation d’un fournisseur ne signifie pas que nous l’avons mise en service dans Suveria. Nous ajoutons les résultats de nos essais au chapitre 9, toujours avec la date, la version de la configuration et le périmètre de la mesure. *Traduction réalisée par une intelligence numérique à partir de l’original polonais du 31 octobre 2026. En cas de divergence entre les versions, le texte polonais fait foi.* ## 1. Ce qu’est Suveria et pourquoi elle est créée Suveria doit être un espace privé sur internet, où une personne converse avec l’intelligence numérique, travaille sur ses propres documents et revient à ses réflexions antérieures, comme chez soi, porte fermée. Elle est conçue par la Fondation Novus Ignis de Poznań, dont les valeurs sont décrites dans le [manifeste](manifest.md), à l’intention des personnes de toutes les régions du monde. Elle repose sur des modèles ouverts d’intelligence numérique, et nous voulons mettre nos propres logiciels à disposition comme bien public numérique au code ouvert. Suveria est créée parce que nous confions de plus en plus de choses à nos conversations avec l’intelligence numérique : des questions sur la santé, les relations, le travail, l’argent et les projets de vie. Dans de nombreux services populaires, le contenu de ces conversations aboutit sur les serveurs du fournisseur, qui peut le lire, et sa protection dépend des règles de ce fournisseur et de la confiance qu’on lui accorde. Nous voulons que l’on puisse parler des questions les plus importantes sans craindre qu’un regard aussi intime sur une personne soit un jour monétisé ou utilisé pour l’influencer. Nous voulons aussi que chacun paie pour ce qu’il utilise réellement, voie ce qu’il paie et fixe lui-même la limite de ses dépenses. Dans Suveria, nous voulons qu’il soit possible de : - converser avec l’intelligence numérique de questions personnelles et professionnelles, en voyant où la conversation est traitée et qui peut la voir ; - travailler sur ses propres documents et fichiers, puis enregistrer les résultats et les emporter ailleurs dans des formats ouverts ; - conserver les conversations, les fichiers et la mémoire de l’assistant avant tout sur ses propres appareils, chiffrés avec une clé qui reste sous le contrôle de l’utilisateur ; - avec son propre accord, utiliser la mémoire des conversations antérieures, revenir aux raisons de décisions passées et constituer son Canon personnel (*Canon Personalis*), c’est-à-dire un recueil de ses propres principes et valeurs ; - choisir son mode de travail, du modèle sur son propre appareil à l’environnement confidentiel sur un serveur, avec une information claire sur ce contre quoi chacun protège ; - payer selon l’utilisation réelle, avec une limite de dépenses fixée soi-même ; - mûrir une pensée en privé, puis l’apporter consciemment à la conversation commune dans Omniforum. Nous destinons la première version aux personnes pour qui une protection vérifiable de la vie privée est la raison de leur choix. Nous voulons que, dès le premier jour, Suveria donne le sentiment paisible d’être chez soi, dans un atelier privé que l’on aménage à son propre rythme. L’utilisateur pourra parler à l’assistant de ses affaires et de ses objectifs ; nous voulons aussi permettre d’importer dans Suveria ses propres notes et les archives de conversations antérieures avec d’autres services d’intelligence numérique. Ces archives doivent rester chiffrées et ordonnées sur l’appareil de l’utilisateur, et seule la partie choisie pour la question en cours doit être transmise au modèle distant (chapitre 3). Nous mesurons la valeur du service à sa capacité d’aider à atteindre un but, à préserver sa vie privée et à décider par soi-même. Les conditions doivent être claires et faciles d’accès, et l’utilisateur doit maîtriser ses dépenses, pouvoir exporter ses propres documents et partir. La protection totale de la vie privée, y compris à notre égard en tant que personnes qui exploitent l’infrastructure, est l’objectif auquel nous subordonnons la conception. La protection doit reposer sur des dispositifs de sécurité que l’on peut vérifier de manière indépendante, et non sur la confiance envers la fondation. C’est pourquoi chaque version décrit concrètement ce qui est protégé, contre qui, dans quelles conditions et quelles failles subsistent. Le point de départ est une conversation écrite avec un seul modèle et le travail sur un document choisi, avec un niveau de protection clairement décrit, une limite de dépenses et l’export du résultat. Les fonctionnalités suivantes, comme la mémoire, la recherche, les intégrations et l’exécution d’actions, reçoivent chacune un périmètre d’autorisations distinct. Une seule interface pratique peut réunir plusieurs modes de travail, à condition que la personne voie où vont les données et quelles règles s’appliquent avant de les envoyer. Ce sur quoi s’appuiera la première version dépend des fonds que la fondation réunira avant son lancement. Le plus probable est une API confidentielle d’un fournisseur externe ; de tels services sont disponibles aujourd’hui aux États-Unis, et leur confidentialité est au départ une déclaration du fournisseur, que nous vérifierons. Si les fonds suffisent pour louer nos propres serveurs dans un environnement confidentiel, la première version pourra fonctionner directement sur eux. Jusqu’à un résultat positif des essais du chapitre 9, nous qualifions chacune de ces options de protection déclarée, et non de protection confidentielle. Le chapitre 2 décrit la protection visée. Nous décrirons avant le lancement de la phase pilote ce qui en découle pour la protection des données personnelles des personnes résidant en Europe. Utiliser Suveria ne vaut pas consentement à l’utilisation des conversations pour l’entraînement de modèles. Les contenus des utilisateurs n’entrent dans les matériaux de recherche qu’avec un consentement distinct et éclairé, et les autres matériaux proviennent de l’acquis public de la fondation et d’autres sources dont la base d’utilisation est claire, comme le décrit le [livre blanc sur les matériaux et le benchmark](whitepaper-materialy-i-benchmark.md). Suveria complète Omniforum, l’espace commun de conversation et de décision : l’une offre un atelier privé, l’autre une tribune publique. Les valeurs dont sont issus ces deux projets sont décrites dans le manifeste de la fondation. Nous présentons ensuite successivement : - ce que nous protégeons et contre quoi, où se trouvent les données et les clés (chapitre 2) ; - comment un message va de l’appareil au modèle et comment le vérifier (3) ; - comment nous limitons les abus sans lire les conversations privées (4) ; - comment fonctionnent les calculs sur plusieurs cartes graphiques (5) ; - quels modèles, quelle mémoire et quels outils nous prévoyons (6) ; - quelle puissance de calcul est nécessaire, de 30 personnes à l’humanité entière (7) ; - combien cela coûte, dans un calcul daté (8) ; - comment nous vérifierons que les promesses fonctionnent : essais de validation et journal des résultats (9). ## 2. Ce que nous protégeons et contre quoi Nous protégeons le contenu des conversations et des fichiers, l’historique et la mémoire, les clés, les données de facturation ainsi que les métadonnées, par exemple l’heure de connexion, l’adresse réseau et la taille de la requête. Chacun de ces domaines exige des mesures différentes. Le tableau ci-dessous montre contre qui protège chacune des cinq options de travail décrites au point 2.3. Dans les options sur serveur, la protection repose sur l’attestation, c’est-à-dire une confirmation signée par le matériel indiquant quel logiciel fonctionne sur la machine distante et dans quel mode de protection. Nous avons rempli les cases à partir des chapitres suivants de ce document ; « déclaration du fournisseur » signifie que nous ne confirmons pas la protection tant que nous ne l’avons pas vérifiée nous-mêmes. | Contre qui | Modèle local sur un appareil sans connexion au réseau | Modèle local sur un appareil connecté au réseau | Traitement dans un environnement confidentiel sur des serveurs | API confidentielle d’un fournisseur externe | API externe d’un fournisseur de modèle | | --- | --- | --- | --- | --- | --- | | Administrateur du fournisseur | sans objet : traitement sur l’appareil | sans objet pour le modèle seul ; avec des intégrations, dépend des services choisis | protège : isolation matérielle, inaccessible à l’administrateur du serveur | déclaration du fournisseur, à vérifier | ne protège pas : le fournisseur a accès au contenu | | Autre client sur la même machine | sans objet | sans objet | protège : l’isolation couvre les autres clients | déclaration du fournisseur, à vérifier | dépend du fournisseur : la séparation des clients est assurée par son logiciel, sans isolation matérielle | | Observateur du réseau | sans objet : aucun trafic réseau | protection partielle : le trafic réseau des intégrations demande une évaluation | protection partielle : contenu chiffré en transit, les métadonnées (heure, adresse, taille et rythme des paquets) demandent des mesures distinctes (chapitre 3) | protection partielle : comme dans l’environnement confidentiel, si la clé de connexion est liée à l’attestation | protection partielle : contenu chiffré en transit, métadonnées comme dans la colonne voisine | | Personne ayant un accès physique au serveur | ne concerne pas le serveur ; ce qui compte est l’accès physique à l’appareil | ne concerne pas le serveur ; ce qui compte est l’accès physique à l’appareil | ne protège pas : dans le centre de données d’un tiers, le fournisseur a accès ; avec notre propre matériel, contrôle physique visible | ne protège pas : le fournisseur a accès | ne protège pas : le fournisseur a de toute façon accès au contenu | | Fondation | sans objet : la fondation ne participe pas au traitement | sans objet : la fondation ne participe pas au traitement | protège : l’isolation nous couvre aussi en tant qu’opérateur, l’utilisateur détient les clés des données enregistrées | doit protéger le contenu : la passerelle facture les requêtes sans voir le contenu ; nous montrerons avant la phase pilote où s’arrête le chiffrement (chapitre 3) | doit protéger le contenu contre nous : facturation sans voir le contenu ; le fournisseur le voit | | Fabricant du processeur | dépend de la confiance dans le matériel de l’appareil | dépend de la confiance dans le matériel de l’appareil | ne protège pas : l’attestation repose sur les clés du fabricant, qui doit être honnête | ne protège pas : comme dans la colonne voisine | sans importance au regard de l’accès du fournisseur au contenu | L’informatique confidentielle change le coût d’une attaque : au lieu d’un accès administrateur à distance, il faut une intervention physique sur le matériel. Nous décrivons ci-dessous comment doit fonctionner l’option visée, avec notre propre environnement confidentiel ; le tableau du point 2.3 montre en quoi les autres options diffèrent. Voici ce que cela signifie en pratique, sur les tronçons successifs du chemin que parcourt un message : - **Sur l’appareil de l’utilisateur**, le texte est lisible, car c’est l’utilisateur qui l’écrit et le lit. Il est protégé par une application qui ne demande que les autorisations nécessaires, par les mises à jour et par la prudence avec les sauvegardes. Nous ne pourrons pas le protéger si un logiciel malveillant fonctionne sur le téléphone ou l’ordinateur. - **En route vers le serveur**, le message est chiffré de sorte que seul le lieu de traitement vérifié puisse le lire. Avant de l’envoyer, l’application vérifie que c’est exactement le logiciel que nous avons publié qui fonctionne de l’autre côté. - **Sur le serveur**, le modèle doit lire le contenu pour répondre ; il le fait donc dans un environnement matériel fermé, inaccessible à l’administrateur du serveur comme aux autres clients. Nous vérifions que cette isolation couvre le processeur, les cartes graphiques, la mémoire et les connexions entre eux. - **Dans le stockage**, l’historique des conversations et la mémoire de l’assistant sont chiffrés avec une clé que détient l’utilisateur. Nous vérifions les sauvegardes, la récupération de l’accès et la suppression. - **Dans l’exploitation du service**, la facturation, le diagnostic et les rapports d’erreurs fonctionnent sans le contenu des conversations, et chaque type de données collectées est public (chapitre 3). - **Avec les outils externes**, lorsque l’assistant doit faire quelque chose en dehors de Suveria, par exemple chercher une information sur internet, il n’envoie que ce que l’utilisateur a accepté et montre où il l’envoie. L’informatique confidentielle ne répare pas l’ordinateur infecté d’un utilisateur. Elle ne protège pas non plus contre toute personne ayant un accès physique au serveur : en 2025, des chercheurs ont montré qu’un dispositif branché sur le bus mémoire, construit avec des pièces coûtant moins de mille dollars, permet d’extraire les clés d’attestation dans les solutions d’Intel et d’AMD, et par là de falsifier l’attestation aussi dans l’informatique confidentielle de NVIDIA, et les fabricants de processeurs considèrent que de telles attaques sortent du périmètre de leur protection.[^teefail] Subsistent aussi des dépendances envers les fabricants de matériel, la justesse de la cryptographie, le code de l’application et le processus de mise à jour. Un fournisseur peut refuser le service même lorsqu’il ne sait pas lire le contenu. Le modèle de menaces doit donc distinguer l’accès au contenu, les déductions tirées des métadonnées, la modification du fonctionnement et l’interruption du service, et, pour chaque option, indiquer qui doit être honnête pour que la protection fonctionne. Tant que nous utilisons les centres de données de tiers, c’est le fournisseur qui a l’accès physique au matériel, et nous ne pouvons pas le vérifier ; nous le disons pour chaque option. Avec notre propre matériel (étapes 3–4 du point 8.2), nous voulons rendre cet accès visible par : - un inventaire des appareils ; - le contrôle des entrées ; - des scellés à motif aléatoire et des capteurs d’ouverture du boîtier ; - un journal des interventions ; - des caméras d’observateurs indépendants, dont l’image montre la valeur courante d’un générateur public d’aléa, signée avec la clé de la machine ; - et, à plus long terme, une salle de serveurs que chacun peut voir. L’entretien et le remplacement de pièces se déroulent selon des procédures annoncées et publiques. Un contrôle physique visible réduit le risque et permet de détecter de nombreux événements, mais il ne prouve ni toute l’histoire de la machine ni l’absence d’intervention avant la livraison, et des attaques semblables à celle décrite plus haut peuvent conduire à falsifier les preuves d’attestation. C’est pourquoi, après l’ouverture du boîtier, le remplacement d’une pièce, un redémarrage non planifié ou un autre événement suspect, nous suspendons le traitement de contenus privés sur cette machine. Nous remplaçons les clés de session et d’application, mais une nouvelle attestation ne rétablit pas à elle seule la confiance si le soupçon porte sur le fondement de l’attestation matérielle ; nous décrivons à l’avance les conditions et les preuves d’une nouvelle admission. Les clés qui chiffrent les données des utilisateurs bénéficient d’une protection et d’une récupération distinctes, de sorte qu’une telle procédure ne prive pas les personnes de leur acquis privé. ### 2.1. Ses propres appareils et des serveurs facultatifs Les appareils de l’utilisateur doivent constituer le lieu principal de stockage des conversations privées, des fichiers et de la mémoire, dans des conteneurs chiffrés, c’est-à-dire des ensembles de données dont on lit le contenu avec la clé adéquate. C’est l’approche local-first : les données sont d’abord enregistrées sur l’appareil, et les serveurs peuvent soutenir les sauvegardes et la synchronisation.[^local-first] Les documents enregistrés doivent rester accessibles même après la fin de l’utilisation des services de la fondation ; les tâches qui exigent un modèle distant dépendent de la disponibilité du service de calcul choisi. L’enregistrement facultatif sur des serveurs choisis sert aux sauvegardes et à la mise en cohérence des modifications entre appareils. Nous chiffrons le contenu sur l’appareil avant l’envoi, de sorte que l’opérateur qui conserve la copie ne reçoive qu’un enregistrement chiffré, sans la clé pour le lire. L’utilisateur choisit le fournisseur de stockage et les appareils autorisés à lire. Nous limitons séparément la divulgation des métadonnées, comme l’heure et la taille de la copie transférée. ### 2.2. Clés et récupération de l’accès Les clés des conteneurs privés restent sous le contrôle de l’utilisateur. La procédure de récupération indique clairement si l’accès est rétabli par un second appareil, par une clé de récupération conservée ou par un autre mécanisme choisi en connaissance de cause, et à qui elle donne la possibilité de lire. Récupérer son compte auprès de l’opérateur ne déverrouille pas le contenu du conteneur. La perte de toutes les copies de la clé et de toute possibilité de récupération peut signifier la perte définitive des données ; c’est pourquoi nous vérifions le mécanisme choisi par un essai de restauration des données et le décrivons dans des instructions compréhensibles. Nous envisageons plusieurs moyens de récupération, combinables entre eux : un second appareil qui a déjà accès ; une clé de récupération notée sur papier ou dans un gestionnaire de mots de passe ; une clé matérielle ; le partage de la clé entre plusieurs personnes de confiance, dont par exemple deux quelconques sur trois peuvent ensemble rétablir l’accès, sans qu’aucune ne puisse seule lire les données. La fondation ne conserve ni les clés ni des fragments de clés ; elle ne peut donc pas récupérer l’accès à la place de l’utilisateur ni livrer ses données. Pour commencer, nous recommandons un second appareil et une clé notée sur papier ; le partage de la clé entre personnes de confiance est une option pour qui le souhaite. ### 2.3. Options de protection Nous voulons comparer cinq options de travail, car chacune protège contre autre chose : | Option | Où a lieu le traitement | Ce qu’il faut évaluer | | --- | --- | --- | | Modèle local sur un appareil sans connexion au réseau | Sur l’appareil de l’utilisateur | L’état de l’appareil, l’accès physique, les supports et les copies des données | | Modèle local sur un appareil connecté au réseau | En local et, avec des intégrations, aussi dans les services choisis | Les autorisations de l’application, les mises à jour, le trafic réseau et l’étendue des données transmises aux intégrations | | Traitement dans un environnement confidentiel sur des serveurs | Dans un environnement distant dont la configuration est confirmée par l’attestation | La vérification de l’environnement, l’accès des administrateurs et l’accès physique au matériel, la protection de la transmission et du traitement, les métadonnées et les clés | | API confidentielle d’un fournisseur externe | Dans l’environnement confidentiel du fournisseur, dont la configuration doit être confirmée par l’attestation | Si la clé de connexion est liée à l’attestation, si l’attestation couvre le processeur et la carte graphique, s’il est possible de relier une requête précise à une machine précise, qui a un accès physique au matériel, la conservation des données et la juridiction ; jusqu’à notre propre vérification, nous traitons la confidentialité comme une déclaration du fournisseur | | API externe d’un fournisseur de modèle | Chez le fournisseur externe | Les conditions du fournisseur, l’accès au contenu, la conservation et la juridiction ; nous n’étendons pas à cette option les promesses d’une exécution confidentielle | La vérification indépendante du serveur exige une application installée. Dans un navigateur, le code qui vérifie le serveur est fourni à chaque fois par l’opérateur ; c’est pourquoi nous signalons ce mode comme moins protégé. Un appareil connecté au réseau peut présenter plus de points d’attaque qu’un environnement serveur isolé ; le lieu du calcul ne détermine donc pas à lui seul la sécurité. Aucune option ne reçoit l’étiquette « protection totale de la vie privée » avant la vérification de la configuration concrète. À chaque conversation, l’utilisateur voit dans quelle option il travaille, et changer d’option exige sa décision consciente. Une clé personnelle pour une API externe permet de facturer l’accès, mais n’assure pas la confidentialité vis-à-vis du fournisseur. Cette option n’est pas l’option par défaut de la Suveria privée, et avant l’envoi du contenu nous indiquons si le fournisseur peut l’utiliser pour entraîner des modèles et combien de temps il le conserve. Nous analysons aussi une piste qui ne figure pas encore dans ce tableau : l’essaim de confiance. Le modèle fonctionnerait alors sur le matériel de plusieurs personnes qui se connaissent et se font confiance, par exemple une famille, des amis ou une petite communauté, et chacune mettrait à disposition un peu de la puissance de calcul de son ordinateur. La protection de la vie privée dans une telle option repose sur la confiance envers ces personnes, et non sur la technique, car leurs ordinateurs voient les contenus traités, et c’est exactement ainsi que nous voulons la décrire. C’est une idée qui n’en est encore qu’au stade de l’analyse, mais c’est l’une des voies que nous voulons explorer. Un serveur sûr ne protégera pas un texte lu depuis un téléphone compromis, et un téléphone plus sûr ne réparera pas le serveur ; c’est pourquoi nous concevons l’application en même temps que la protection de l’appareil. Nous voulons que l’application Suveria fonctionne sans les services Google, par exemple sous GrapheneOS, qu’elle soit disponible aussi en dehors du Google Play Store et que ses versions soient compilées de manière reproductible : chacun peut compiler soi-même l’application à partir du code source publié et vérifier qu’il obtient un fichier identique à celui qu’il installe. Nous prévoyons aussi des dispositifs de sécurité dans l’application elle-même : le blocage des captures d’écran, un mode de clavier qui n’apprend pas du texte saisi, l’exclusion des données privées des sauvegardes dans le nuage, le masquage du contenu des notifications et le verrouillage de l’application. Sur le site de la fondation, nous préparerons un guide de sécurisation de ses propres appareils à trois niveaux : des réglages de base et des mises à jour, en passant par une isolation renforcée du travail et des clés, jusqu’à des configurations éprouvées pour les personnes aux exigences les plus élevées, comme Qubes OS sur un ordinateur doté d’un micrologiciel ouvert. Utiliser Suveria n’exige pas d’acheter le matériel indiqué, et le nom d’un système n’est pas une certification de l’appareil tout entier. À chaque conversation, nous afficherons une fiche de protection (*Charta Tutelae*) : la liste des éléments dont dépend la protection de la vie privée dans cette conversation, chacun dans l’un de trois états : - **Vérifié par nous :** nous l’avons vérifié nous-mêmes, avec la date, la version et la description de la manière dont nous l’avons fait. - **Déclaré par le fournisseur :** le fournisseur l’affirme, et nous ne l’avons pas encore vérifié. - **Non protégé :** cette option ne le protège pas, par exemple l’heure et la longueur des messages visibles pour le fournisseur d’accès au réseau, l’accès physique du fournisseur au matériel ou la juridiction dans laquelle se trouve le serveur. L’état « vérifié par nous » porte la date de la dernière vérification et expire : passé un délai fixé sans nouvelle vérification, il revient à l’état « déclaré ». Nous afficherons séparément les ruptures de confiance connues, par exemple un incident chez le fournisseur ou une modification de configuration non confirmée. La fiche est la même pour tous et ne dépend pas du prix, et une option dans laquelle ne serait-ce qu’un élément est seulement déclaré ne porte pas le nom « protection totale de la vie privée ». Le tableau du début du chapitre 2 et le tableau des options de ce point décrivent les options de manière générale, tandis que la fiche montrera l’état pour cette conversation précise. ## 3. Le chemin de l’appareil au modèle Suveria doit se composer de plusieurs parties : - une application sur l’appareil de l’utilisateur ; - une passerelle, qui facture les requêtes et veille au respect de la limite de dépenses ; - un environnement confidentiel avec le modèle, le nôtre ou chez un fournisseur ; - le stockage des copies chiffrées ; - un relais facultatif, qui masque l’adresse de l’utilisateur. La passerelle doit fonctionner dans une machine confidentielle. Avant la phase pilote, nous montrerons dans l’application à quel endroit s’arrête le chiffrement contrôlé par l’appareil de l’utilisateur et si la passerelle voit le contenu, et si oui, uniquement à l’intérieur de l’environnement confidentiel. Le stockage chiffré et le traitement confidentiel exigent des dispositifs de sécurité distincts. Un modèle qui fonctionne sur un serveur a besoin, pour sa tâche, d’un contenu lisible dans un environnement de calcul protégé ; le seul chiffrement des copies de fichiers ne protège pas cette étape.[^apple-pcc] L’application ne partage que la partie choisie pour le travail en cours, sans transmettre la clé de tout le conteneur privé. La description de la session indique où le contenu devient accessible pour le calcul, quels dispositifs limitent l’accès de l’opérateur au contenu et ce qu’il advient des données après le renvoi du résultat. Déroulement proposé d’une session : 1. L’application télécharge la description de la version approuvée et vérifie l’attestation, c’est-à-dire une confirmation cryptographique de propriétés déterminées de l’environnement en fonctionnement. 2. Elle vérifie la conformité du matériel, de l’état de protection et des mesures du logiciel avec une politique publique. La clé du destinataire des données doit être liée à cette confirmation. 3. Après une vérification réussie, elle établit une connexion chiffrée avec l’environnement approuvé. Une divergence arrête l’envoi des données ; passer à une autre option exige un choix conscient. 4. L’environnement traite la requête avec un accès limité au réseau et aux outils, renvoie le résultat et supprime les données de travail conformément à la politique publiée. 5. La conversation ou la mémoire n’est enregistrée que dans la mesure choisie par l’utilisateur. L’attestation aide à établir ce qui a été lancé, mais ne prouve pas à elle seule que ce code est sûr. Il faut des revues de code, une compilation reproductible du logiciel à partir du code source (décrite au point 2.3), un registre des versions approuvées et la possibilité d’une vérification indépendante. L’architecture Apple Private Cloud Compute est pour nous une référence sur la manière de lier la protection à la transparence de la publication des logiciels ; elle n’est pas une certification de notre projet.[^apple-pcc] Nous voulons sécuriser les versions publiées de sorte que la confiance ne dépende ni d’une seule personne ni de la fondation seule : - chaque version doit pouvoir être compilée de manière reproductible à partir du code source, et au moins deux parties indépendantes extérieures à la fondation la reproduisent et confirment publiquement la concordance de l’empreinte ; tant que nous ne les avons pas trouvées, nous signalons la version comme non confirmée par des tiers ; - les empreintes des versions approuvées sont inscrites dans un registre public, auquel on peut seulement ajouter, et dont les états successifs sont confirmés par des témoins indépendants ; - une nouvelle version est déployée sur les serveurs après approbation par plusieurs personnes, dont au moins une extérieure au conseil d’administration ; - les clés nécessaires au traitement des données ne sont remises qu’à un environnement qui a passé l’attestation. Nous concevons l’option de protection complète pour des applications installées, avec des versions signées et vérifiables, une protection contre le retour à une version défectueuse et un stockage sûr des clés, car dans un navigateur le code qui vérifie le serveur est fourni à chaque fois par l’opérateur. La version pour navigateur décrit clairement son niveau de protection inférieur. La compilation reproductible permet de comparer une version avec le code, mais l’évaluation du code lui-même et de la configuration reste assurée par des revues, des audits et des primes aux signalements de bogues, et chaque incident est inscrit dans un registre public. Pour limiter la divulgation de l’adresse de l’utilisateur, on peut étudier un relais fondé sur Oblivious HTTP, qui sépare la connaissance de l’expéditeur et celle du contenu de la requête, selon un modèle de confiance déterminé.[^ohttp] La collusion des relais, la corrélation du trafic et les détails de mise en œuvre demandent encore une évaluation ; c’est pourquoi nous ne présentons pas le seul usage de ce protocole comme un anonymat complet. Le chiffrement et l’informatique confidentielle ne masquent ni la longueur ni le rythme des paquets dans lesquels circule la réponse. Des recherches de 2024–2025 ont montré qu’un observateur du réseau peut en reconstituer le sujet, et parfois le contenu, d’une conversation.[^weiss-keylogging][^whisper-leak] C’est pourquoi, en mode confidentiel, nous voulons envoyer la réponse en trames de taille constante et à un rythme constant, ne pas partager entre utilisateurs le cache des requêtes et désactiver le décodage spéculatif. Ces mesures coûtent un peu de latence et de débit ; nous en tiendrons compte dans le calcul. Nous protégeons aussi l’infrastructure en limitant les possibilités d’action de chacune des parties du système : limites de ressources, isolation des tâches et blocage par défaut des connexions sortantes du nœud qui traite la conversation. Ce blocage doit faire partie du logiciel dont l’empreinte apparaît dans l’attestation : le modifier change l’empreinte, et l’application refusera donc la connexion. Nous traitons les règles réseau du fournisseur comme une seconde couche, et non comme une garantie. Les actions externes autorisées passent par une couche d’outils distincte, avec des autorisations fixées par l’utilisateur. Avant le déploiement, nous vérifierons l’efficacité de ces limites, la manière de détecter les incidents et l’étendue minimale nécessaire des métadonnées. Le but est la sécurité des ressources communes tout en préservant la confidentialité du contenu des conversations. Nous sommes particulièrement prudents lorsque l’utilisateur connecte des sources contenant des messages d’autres personnes, par exemple une boîte de courriel. Le message d’autrui peut contenir des instructions cachées qui tentent d’amener le modèle à révéler la mémoire privée. C’est pourquoi nous séparons les contenus venus de l’extérieur des instructions de l’utilisateur : lorsqu’il les met en ordre, l’assistant ne peut pas, de lui-même, envoyer de messages, ouvrir des adresses web ni modifier le Canon personnel sans la confirmation d’une personne. Tout ce que nous savons du fonctionnement de Suveria, chacun peut le savoir. Dès la mise en service, nous publierons la liste de tous les types de données que nous collectons sur le fonctionnement du service, avec leur finalité et leur durée de conservation, et nous mettrons ces données à disposition sous forme agrégée : consommation de tokens, modèles utilisés, charge des machines, temps d’attente dans la file, pannes et coûts. Chacun les voit au même endroit que nous. Avant de publier les tableaux, nous vérifions qu’ils ne permettent pas de reconnaître le comportement d’une personne précise : nous fixons une taille minimale de groupe, un délai de publication et les données que nous omettons. Nous ne collectons pas de données en dehors de la liste ; s’il en allait autrement, nous le traiterions comme un incident grave et le décririons publiquement. ## 4. Limiter les abus sans accès aux contenus privés Nous étendons la protection de la dignité aussi aux personnes que peuvent toucher les effets de l’usage de nos outils. Nous voulons prévenir les abus sans lire les conversations privées : par les principes que suit l’assistant lui-même, par des limites aux autorisations des outils et aux connexions réseau, par des limites de ressources et par une protection contre la création massive de comptes. Nous ne créons pas d’accès cachés aux contenus privés, car ils affaibliraient la protection de tous. Il sera possible de créer un compte de plusieurs manières, de la plus privée (une clé sur son propre appareil, sans adresse électronique) à la plus pratique (connexion par un fournisseur externe). Pour chaque manière, nous indiquerons avant le choix qui, en dehors de la fondation, apprend la création du compte et quelles données il voit, et ce qui se passe si ce fournisseur disparaît. La manière de créer le compte n’affecte pas les droits du participant ; le droit de vote dans Omniforum est une attestation distincte ajoutée au compte. Nous évaluons séparément la vie privée et la limitation des abus. Nous concevons Suveria de sorte que la fondation ne dispose pas de données qu’elle pourrait livrer sur une personne précise : les contenus sont chiffrés avec les clés de l’utilisateur, nous ne collectons des données sur le fonctionnement du service que dans le périmètre public décrit au chapitre 3, et nous limitons les données personnelles au minimum exigé par la loi pour les paiements et la comptabilité ; nous en publions aussi l’étendue. Si quelqu’un exige de nous les données d’une personne précise, nous voulons pouvoir répondre honnêtement qu’au-delà de ce minimum décrit publiquement nous ne les avons pas. Pour chaque dispositif contre les abus, nous décrirons de quelles données il a besoin, combien de temps nous les conservons, quelles conséquences il a pour un participant honnête et comment contester un blocage erroné. Nous décrirons aussi comment nous recevons les signalements de personnes qui s’estiment lésées, et ce que nous pouvons faire alors sans accès au contenu des conversations : par exemple restreindre les autorisations des outils ou les ressources du compte, vérifier les données de facturation et les métadonnées dans la mesure où nous les conservons, ou indiquer à la personne qui signale où chercher de l’aide. Les obligations légales de l’opérateur d’un tel service exigent une analyse distincte avant le lancement. Ces dispositifs sont des objectifs et des options à tester, et aucun d’eux ne détectera tous les abus. Pour chacun, nous indiquerons à quelles menaces il répond, ce qu’il ne détecte pas et ce que l’on peut vérifier sans que l’opérateur ait accès aux conversations privées. Le résultat de cette évaluation fixe les conditions de mise à disposition de la fonctionnalité concernée. Lorsqu’une conversation concerne un danger pour la vie ou la santé, l’assistant doit fournir des informations sur l’aide disponible, par exemple les numéros d’urgence, sans rien envoyer en dehors de l’environnement privé. ### 4.1. Instructions publiques de l’assistant et bibliothèque commune Le comportement de l’assistant dépend aussi de son instruction principale et de sa manière de travailler : comment il découpe une tâche en étapes, utilise la mémoire et vérifie ses réponses. Dans Suveria, chaque personne doit toujours pouvoir lire l’instruction complète de son assistant. L’infrastructure commune ne doit mettre à disposition que des modèles et des réglages qui passent les essais publics du benchmark ; au-dessus de ce minimum, c’est l’utilisateur qui choisit le style de travail, de la mise en ordre paisible de ses pensées à une conversation exigeante dans laquelle l’assistant relève les failles du raisonnement. Nous voulons tenir une bibliothèque ouverte d’instructions éprouvées, que les participants améliorent dans Omniforum et vérifient dans le benchmark. ## 5. Calculs sur plusieurs cartes graphiques Le modèle du chapitre 6 ne tient pas sur une seule carte graphique ; il faut donc vérifier la protection aussi dans les connexions entre les cartes : le bus PCIe relie le processeur aux cartes, tandis que NVLink et NVSwitch relient les cartes entre elles. Lorsqu’un modèle utilise plusieurs cartes graphiques, les données circulent aussi entre elles ; il faut donc vérifier la protection tant pour les cartes elles-mêmes que pour les connexions. Le nom de la carte ne suffit pas pour commander un service confidentiel : il faut confirmer la machine adéquate, le processeur, la topologie des connexions, le micrologiciel, les pilotes et le logiciel d’exécution, puis vérifier leur fonctionnement d’ensemble.[^nvidia-platformy] Dans le mode Hopper Protected PCIe, décrit dans la documentation PPCIe v2, le réseau NVLink et NVSwitch appartient à la partie de confiance du système ; le chiffrement PCIe ne signifie donc pas le chiffrement de chaque connexion entre les cartes.[^nvidia-ppcie-v2] La documentation NVIDIA R595 décrit pour les cartes Blackwell un mode d’informatique confidentielle sur plusieurs cartes, avec chiffrement des connexions NVLink et prise en charge de jusqu’à huit cartes dans une seule machine virtuelle confidentielle.[^nvidia-blackwell] C’est une base pour vérifier la configuration, et non la preuve que toute location de cartes B200 comprend cette fonction. Les différentes versions ont des matrices de compatibilité différentes ; nous ne composons donc pas la configuration à partir de versions choisies au hasard. La demande adressée au fournisseur porte sur : - le mode de protection précis et la possibilité d’une attestation autonome ; - l’exclusivité des ressources requises et la région ; - l’accès des administrateurs et l’accès physique au matériel ; - la conservation des données ; - le délai de livraison et le coût complet. Nous ne comparons une offre qu’après un essai avec notre propre application. La mention commerciale « secure » ne remplace pas ces informations. ## 6. Modèle, mémoire et outils Le projet repose sur des modèles ouverts que l’on peut faire fonctionner soi-même. Suveria doit être accessible aux personnes du monde entier, dans leurs propres langues ; c’est pourquoi, en choisissant un modèle, nous prenons en compte la qualité dans de nombreuses langues, la compréhension des intentions, la fiabilité, la licence, le coût et la possibilité de le faire fonctionner dans l’architecture de protection requise. Si le besoin s’en fait sentir, nous pourrons faire fonctionner, à côté du modèle général, des modèles qui maîtrisent mieux certaines langues. Des poids ouverts rendent possibles certains usages, mais ne garantissent pas l’ouverture des données ni de tout le processus de création du modèle.[^osi] Le premier candidat est DeepSeek-V4.1-Flash, un modèle sous licence MIT, qui permet de l’utiliser aussi pour des services.[^deepseek] Il est grand, mais économe : le fabricant indique 552 milliards de paramètres pour la partie principale, c’est-à-dire de nombres ajustés pendant l’apprentissage, et une mémoire supplémentaire Engram de 196 milliards de paramètres, tandis que, pour chaque mot suivant, seuls 8 à 16 milliards de paramètres travaillent ; c’est pourquoi il répond vite et à bas coût (calcul au chapitre 8). Tous les paramètres doivent toutefois tenir dans la mémoire des cartes graphiques, ce qui exige au moins quatre cartes modernes. Les paramètres de ce modèle sont déjà enregistrés sous une forme économe, avec moins de chiffres pour chaque nombre ; un tel enregistrement s’appelle quantification et réduit la mémoire nécessaire, mais peut abaisser la qualité, si bien que nous le vérifions à chaque version sur nos propres tâches. Nous le comparons aussi à des modèles plus petits : nous ne choisissons le plus grand que s’il accomplit nettement mieux les tâches importantes pour les personnes. Le deuxième candidat est Kimi K3.1 Pro de la société Moonshot AI, publié le 23 octobre 2026. Le fabricant le décrit comme une version de Kimi K3 à l’entraînement prolongé, avec environ 3 000 milliards de paramètres et un contexte allant jusqu’à un million de tokens, et annonce la publication des poids complets avant le 4 novembre 2026 ; la licence n’a pas encore été annoncée.[^kimi-k31] Les données détaillées que nous utilisons pour la comparaison proviennent de la fiche du prédécesseur : Kimi K3 compte 2 800 milliards de paramètres, dont 104 milliards travaillent pour chaque token, et une licence propre, non approuvée par l’Open Source Initiative.[^kimi-k3] Dans l’indice d’Artificial Analysis, dans sa version du 28 octobre 2026, Kimi K3.1 Pro a obtenu 46 points contre 32 pour DeepSeek-V4.1-Flash, mais il est plusieurs fois plus cher et plus lent.[^aa] Les fichiers de poids de Kimi K3 occupent environ 1,56 To, et son fonctionnement exige en plus de la mémoire pour le contexte et les calculs ; nous ne décidons donc pas, sur la seule base de la mémoire totale des cartes, si le modèle fonctionnera. La recette du moteur SGLang décrit une configuration vérifiée de Kimi K3 sur huit cartes B300 ; ce n’est pas encore un test de Kimi K3.1 ni d’une configuration confidentielle.[^spheron-kimi][^sglang-k3] Après la publication des poids, nous vérifierons leur taille et leur format, la licence, les recettes des moteurs, la capacité sur une configuration précise et la disponibilité dans des API confidentielles. Nous ajouterons le résultat, daté, comme première mise à jour de ce document, y compris si les poids n’ont pas été publiés ou si les conditions de la licence se révèlent inadaptées. Nous annonçons à l’avance le changement ou le retrait d’un modèle. L’historique des conversations reste chez l’utilisateur : il peut choisir un modèle successeur, exporter ses données ou cesser le travail. Le moment du changement de modèle doit être visible dans la conversation, et le transfert du contexte privé vers le nouveau modèle exige la décision de l’utilisateur. Nous publierons dans leur intégralité, avec chaque version, les principes selon lesquels l’assistant répond. Le modèle lui-même porte aussi les choix de son créateur, par exemple les sujets qu’il évite ; nous les vérifions dans le benchmark et les décrivons lors du choix du modèle. La mémoire des conversations antérieures doit fonctionner avec l’accord de l’utilisateur et être modifiable de manière transparente. Nous distinguons les propos originaux, les résumés du modèle et les informations confirmées par l’utilisateur. Chaque entrée peut être supprimée ou corrigée ; on peut en voir l’origine et préciser dans quelles tâches elle peut être utilisée. L’assistant distingue clairement sa propre suggestion d’une position que la personne a consciemment reconnue comme la sienne. L’exécution d’actions exige des autorisations accordées pour un but et une durée déterminés. Le contenu d’une page ou d’un document est un matériau à analyser, et non une instruction de modifier ces autorisations. Les actions externes, les dépenses, les publications et les suppressions exigent des confirmations proportionnées et un journal des actions accessible à l’utilisateur. ### 6.1. Le Télescope de la pensée et le Canon personnel L’idée du Télescope de la pensée (*Telescopium Mentis*) est née de la fenêtre d’Overton, notion qui décrit l’éventail des idées tenues pour acceptables dans une société à un moment donné. Chez une seule personne, il s’agit de l’éventail des pensées qu’elle juge admissibles pour elle-même à un moment donné. Le Télescope doit être une telle fenêtre pour une seule personne, et pour elle seule : il permet de voir la trace de ses propres réflexions et valeurs à différents moments, et la manière dont elles ont évolué avec le temps. Le Télescope de la pensée doit servir à revenir sur son propre raisonnement : ce que je savais alors, ce que je voulais et pourquoi j’ai changé d’avis. Il peut aussi aider à confronter des événements choisis par l’utilisateur, des informations sur le monde et ses propres actions à son Canon personnel, c’est-à-dire au recueil, rédigé par lui, des principes et des valeurs qu’il reconnaît comme siens. La comparaison porte sur une situation que l’utilisateur décrit ou désigne lui-même ; c’est lui qui détermine le matériau et le périmètre. Le modèle montre les liens possibles, avec la source du principe invoqué et la description de l’événement, en distinguant les informations confirmées de l’interprétation et de l’incertitude. L’interprétation proposée peut être corrigée ou rejetée, et nous évaluons les positions antérieures en tenant compte de leur époque et de leur contexte. Une tension relevée peut concerner le principe lui-même, un conflit de valeurs, les conditions de l’environnement, les limites de la personne ou une interprétation inexacte du modèle. La personne peut maintenir un idéal et accepter une incohérence présente, préciser une conviction, envisager de changer d’action ou d’environnement, ou laisser la question ouverte. Le Canon doit aider à comprendre ses propres choix : nous ne créons ni notation de la moralité ni classement public de la cohérence. La réflexion privée reste privée, et son enregistrement ne signifie ni publication ni vote. Nous commencerons prudemment. Dans la première version, le Télescope de la pensée ne travaille que sur une seule situation que l’utilisateur désigne lui-même, par exemple une décision à laquelle il veut revenir ; il ne suit pas sa vie au fil des jours. L’utilisateur décide à quelle fréquence il s’en sert, quelles notes et quels souvenirs il partage et quand il les supprime. Dans cet essai, nous vérifions si les liens présentés sont compréhensibles, s’ils donnent le sentiment de maîtriser ses propres choix et si l’outil ne crée pas une pression à se justifier sans cesse devant soi-même. Nous considérons aussi comme un bon résultat qu’une personne, après réflexion, admette qu’elle n’agit pas toujours selon ses principes, ou laisse la question ouverte : l’outil doit aider à se comprendre, et non imposer des conclusions. ### 6.2. Formats ouverts, portabilité et coopération des outils Nous voulons développer Suveria comme un bien public numérique, avec un code et une documentation ouverts ; notre point de référence est le standard de la Digital Public Goods Alliance.[^dpga] Le format de transfert des données a une description publique, une version et des règles de préservation des informations lors d’un changement de version. Nous utilisons en priorité les standards ouverts existants et documentons les extensions nécessaires. L’export comprend les originaux choisis, l’historique, les sources et les liens, ainsi que la distinction entre les mots de l’utilisateur, l’élaboration du modèle et le sens confirmé par l’auteur, et aussi la structure du Canon personnel. Le paquet téléchargé peut être lu sans compte Suveria actif, après déchiffrement par une personne autorisée. Les API, c’est-à-dire les manières documentées dont les programmes communiquent entre eux, doivent permettre de travailler sur les documents dans d’autres outils, y compris ceux que l’on construit soi-même. L’utilisateur choisit l’étendue des données et les actions autorisées, et peut retirer les autorisations d’une intégration. Le retrait d’une autorisation arrête tout accès ultérieur ; le sort des copies transmises auparavant dépend aussi du destinataire. L’espace privé peut aussi servir au travail pour des projets communs. L’utilisateur choisit les documents qu’il veut remettre pour réception ou publication, et l’outil aide à en retirer localement les clés d’accès, les mots de passe, les données personnelles et les informations sur des vulnérabilités non corrigées. L’usage de ressources payées à titre privé n’exige pas de divulguer les conversations de travail. Pour une tâche financée par les ressources communes de la fondation, l’étendue de l’enregistrement public, le choix d’un pseudonyme et la préparation des documents sont fixés à l’avance par les [principes des ateliers de la fondation](whitepaper-zasady-fundacji.md) (chapitre 11.1). À partir des réflexions menées dans Suveria, on peut aussi dégager consciemment une question ou un argument et le publier dans Omniforum ; cette étape, décrite dans le manifeste comme la Cérémonie Ignis (*Caerimonia Ignis*), exige toujours une décision distincte. ## 7. L’échelle : de 30 personnes à l’humanité entière Le nombre de comptes ne détermine pas à lui seul l’infrastructure nécessaire. Ce qui compte, ce sont l’activité, la longueur des questions et des réponses, le nombre de sessions simultanées, un temps d’attente acceptable et le coût des outils. L’exemple ci-dessous est un modèle de charge destiné à un essai, et non une prévision de la demande ni une offre. Présupposés : chacune des N personnes est active chaque jour et effectue 20 requêtes par jour, une requête moyenne comprend 1 500 tokens d’entrée et 600 tokens de sortie, et un mois compte 30 jours. Un token est une unité de texte traitée par le modèle ; sa longueur dépend de la langue. Dans une charge réelle, il faut ajouter un contexte plus long, le traitement de documents, les tokens de raisonnement et les appels auxiliaires. | Personnes actives | Requêtes par mois | Entrée par mois | Sortie par mois | Génération moyenne sur 24 heures | Pic horaire dans le scénario mondial, env. 1,51 × la moyenne | | --- | ---: | ---: | ---: | ---: | ---: | | 30 | 18 000 | 27 millions de tokens | 10,8 millions de tokens | 4,2 tokens/s | 6,3 tokens/s | | 100 | 60 000 | 90 millions | 36 millions | 13,9 tokens/s | 20,9 tokens/s | | 1 000 | 600 000 | 900 millions | 360 millions | 138,9 tokens/s | 209 tokens/s | | 100 000 | 60 millions | 90 milliards | 36 milliards | 13 889 tokens/s | 20 921 tokens/s | | 1 million | 600 millions | 900 milliards | 360 milliards | 138 889 tokens/s | 209 208 tokens/s | | 1 milliard | 600 milliards | 900 000 milliards | 360 000 milliards | 138,9 millions de tokens/s | 209,2 millions de tokens/s | | 10 milliards | 6 000 milliards | 9 millions de milliards | 3,6 millions de milliards | 1,39 milliard de tokens/s | 2,09 milliards de tokens/s | Nous envisageons Suveria comme un service mondial, disponible en de nombreuses langues. Nous ne savons pas comment les participants se répartiront entre les fuseaux horaires ; nous comparons donc deux scénarios, que la mesure vérifiera. Dans le scénario mondial, nous retenons des parts régionales proportionnelles au nombre d’internautes selon l’UIT pour 2025, et la même forme de journée supposée dans chaque fuseau : un pic en soirée et une nuit calme.[^itu] Les fuseaux comblent en partie les creux les uns des autres, si bien que le pic horaire atteint environ 1,51 × la moyenne, et le trafic le plus faible environ 0,49 ×. Dans le scénario concentré dans une seule région, par exemple en Europe, le pic atteint environ 1,87 × la moyenne, et la nuit presque rien. Une telle répartition peut se produire aussi à grande échelle ; elle signifie une moins bonne utilisation de notre propre machine et un recours plus fréquent à l’API confidentielle, ou une attente plus longue au moment du pic. Les deux valeurs découlent de nos présupposés, et non de l’observation de futurs participants. Les brefs pics à l’intérieur d’une heure doivent être absorbés par une courte file d’attente avec un temps d’attente visible, et le trafic dépassant la capacité de notre propre machine peut être repris par l’API confidentielle ; nous mesurerons le temps d’attente, y compris ses 95e et 99e centiles, pendant la phase pilote, ainsi que la limite de la file et le comportement une fois celle-ci saturée. L’essai de charge couvrira aussi un afflux soudain de nouvelles personnes, par exemple cinq fois le trafic moyen. Il s’agit du débit total en sortie ; il ne remplace pas la mesure de la latence d’une conversation individuelle ni celle du coût du traitement de l’entrée. Le test devrait reproduire la répartition des sessions, les contextes longs, les pannes et la file d’attente, et non une seule requête commode. Le multiplicateur de pic compare l’heure la plus chargée à la moyenne. Il provient d’un modèle de journée divisée en 24 heures : nous décalons une même forme de journée entre huit régions et additionnons selon les parts supposées. C’est un scénario de calcul ; il ne calcule pas le temps d’attente d’une requête individuelle. Pour voir à quoi ressemble ce calcul à l’échelle du monde, faisons une expérience de pensée. Si chacune des 10 milliards de personnes utilisait Suveria selon le profil retenu, il faudrait au moment du pic environ 2,1 milliards de tokens de sortie par seconde. Avec la performance mesurée pour DeepSeek-V4.1-Flash, environ 930 tokens par seconde par carte B200, cela représente environ 2,25 millions de cartes et, à environ 1,75 kW par carte, serveur compris (notre présupposé, sans mesure), environ 4 GW de puissance. Pour un milliard de personnes, cela fait environ 225 000 cartes et 0,4 GW ; pour un million, environ 225 cartes. À titre de comparaison, Epoch AI estimait au début de 2026 que la puissance de calcul installée dans le monde pour l’intelligence numérique dépasse 15 millions d’équivalents de cartes H100 et exige plus de 10 GW de puissance électrique.[^epoch] C’est une simplification : le profil retenu est léger, un travail intensif, des modèles plus grands et les images demandent plusieurs fois plus, et le matériel comme les modèles évoluent vite. Il montre toutefois l’ordre de grandeur : une aide quotidienne de l’intelligence numérique dans cette mesure pour chaque être humain exigerait une puissance inférieure à celle qui fonctionne déjà aujourd’hui dans le monde. C’est un calcul simplifié, et non la preuve qu’une telle infrastructure serait disponible pour ce but. ## 8. Coûts et calcul daté Le coût mensuel d’une réservation permanente peut s’écrire, en première approximation, ainsi : nombre de cartes × prix par carte et par heure × nombre d’heures payées, augmenté de la mémoire, des disques, du transfert, de la sécurité, de la surveillance, de l’exploitation, des paiements et des taxes. Il faut vérifier lesquels de ces postes l’offre comprend déjà. Pour un fonctionnement 24 heures sur 24, un mois compte de 672 à 744 heures ; 730 heures sont une approximation moyenne. Dans le calcul, nous comparons cinq options de coût : le modèle local, notre propre instance sur du matériel loué, notre propre instance dans un environnement d’informatique confidentielle, avec une protection déclarée par le fournisseur et à vérifier, l’API confidentielle d’un fournisseur externe et une API externe ordinaire. Les options de coût correspondent aux options de protection du point 2.3 ; nous ne présentons la location d’une machine sans confidentialité que comme point de référence pour les prix, et non comme une option de Suveria. Nous n’évaluons pas encore le coût du modèle local, car il dépend de l’appareil de l’utilisateur. Nous comparons un même niveau de qualité, de disponibilité et de protection. Le seuil de rentabilité est le coût du service complet divisé par l’utilisation réelle, et non le coût des cartes divisé par le nombre de comptes enregistrés. Une API externe facilite le test des besoins des utilisateurs, mais son fournisseur a ses propres règles d’accès aux données ; nous n’étendons donc pas à cette option les promesses d’une exécution confidentielle. ### 8.1. Calcul daté : situation au 29 octobre 2026 Le manifeste avance l’hypothèse que, dès un nombre relativement faible de participants réguliers, une infrastructure commune peut offrir plus de puissance de calcul et d’intelligence numérique pour chaque dollar que les services fermés, avec une protection de la vie privée fondée sur des dispositifs de sécurité vérifiables. Voici ci-dessous son calcul aux prix du 29 octobre 2026. Présupposés : le profil d’utilisation du chapitre 7 (20 requêtes par jour de 600 tokens de sortie chacune) et le scénario mondial (pic horaire d’environ 1,51 × la moyenne), prix hors taxes, 730 heures par mois pour convertir les prix de location. Le nombre de personnes par machine désigne autant de participants que la machine peut servir au pic horaire : débit de sortie par seconde × 86 400 / (20 × 600 × multiplicateur de pic). Le nombre admissible de personnes sera aussi déterminé par le temps d’attente mesuré avant la réponse. Entre parenthèses, nous indiquons le scénario concentré en Europe (multiplicateur d’environ 1,87). Pour DeepSeek-V4.1-Flash, nous retenons la mesure du fournisseur Lambda sur quatre cartes B200 : environ 3 714 tokens de sortie par seconde avec 64 requêtes simultanées.[^lambda-v41] La mesure a été effectuée avec le décodage spéculatif, que nous ne voulons pas utiliser en mode confidentiel (chapitre 3). Selon notre estimation de septembre, le débit peut alors être jusqu’à environ 30 % inférieur, ce qui augmente le coût par personne dans une proportion semblable. Pour les cartes H200 et B300, il n’existe pas de mesure de ce modèle ; nous supposons que chaque ensemble de cartes portant une copie du modèle (8 × H200 ou la moitié d’une machine 8 × B300) atteint la performance de quatre cartes B200. C’est un présupposé optimiste : la H200 est d’une génération plus ancienne, le mode confidentiel peut ralentir le travail, et la mesure de Lambda porte sur des requêtes plus longues que celles de notre profil. C’est pourquoi nous donnons aussi une variante prudente, avec la moitié de ce débit. Les poids du modèle occupent environ 511 Go, et le moteur vLLM recommande environ 614 Go de mémoire de cartes. Quatre cartes H200 (564 Go) ne suffisent pas ; une copie sur H200 a donc besoin de huit cartes. La recette de l’éditeur du moteur pour cette configuration était, le 29 octobre, en cours de vérification, et dans les cartes H200 la connexion entre cartes (NVLink) n’est pas chiffrée par le matériel, contrairement aux B200 et B300. | Option | Confidentialité | Coût mensuel | Personnes par machine | Coût du seul calcul par personne | | --- | --- | ---: | ---: | ---: | | API DeepSeek | aucune, le fournisseur voit le contenu | selon l’utilisation | sans objet pour une machine isolée ; limites et disponibilité du fournisseur | 0,35–0,70 USD | | API confidentielle avec DeepSeek-V4.1-Flash (Confidential AI, Tinfoil, Phala) | déclarée par le fournisseur, à vérifier | selon l’utilisation | sans objet pour une machine isolée ; limites et disponibilité du fournisseur | 0,70–1,25 USD | | API Kimi K3.1 Pro (Moonshot) | aucune | selon l’utilisation | sans objet pour une machine isolée ; limites et disponibilité du fournisseur | 5,40 USD | | API confidentielle avec Kimi K3 (Phala, NEAR AI) | déclarée par le fournisseur, à vérifier | selon l’utilisation | sans objet pour une machine isolée ; limites et disponibilité du fournisseur | 8,10–8,91 USD | | Machine confidentielle louée 8 × H200 (Phala), DeepSeek, une copie du modèle | attestation du processeur et des cartes, à vérifier | 23 506 USD avec engagement de 180 jours, 32 266 USD à la demande | env. 17 750 (14 300), capacité supposée | 1,32–1,82 USD (1,64–2,25) | | Comme ci-dessus, variante prudente : moitié du débit | attestation du processeur et des cartes, à vérifier | comme ci-dessus | env. 8 900 (7 150), capacité supposée | 2,65–3,64 USD (3,29–4,51) | | Machine confidentielle louée 8 × B300 (Phala), Kimi K3 | attestation du processeur et des cartes, à vérifier | 45 552–47 888 USD | env. 4 800–7 600 (3 900–6 200), capacité supposée | env. 6–10 USD (7,4–12,4) | | 4 × B200 sans confidentialité confirmée (Lambda), DeepSeek | non confirmée | 19 827 USD | env. 17 750 (14 300) | 1,12 USD (1,38) | | 8 × B200 sans confidentialité confirmée (Lambda), DeepSeek, deux copies de quatre cartes chacune | non confirmée | 39 070 USD | env. 35 500 (28 700), performance de deux copies supposée | 1,10 USD (1,36) | D’où viennent ces chiffres : prix des API tirés des grilles tarifaires de DeepSeek, Moonshot, Confidential AI, Tinfoil, Phala et NEAR AI ;[^deepseek-cennik][^cai][^tinfoil][^phala-api][^near] prix des machines confidentielles tirés de la grille tarifaire de Phala ;[^phala-gpu] location de B200 chez Lambda à 6,79 USD par carte et par heure dans une instance de quatre cartes et à 6,69 USD dans une instance de huit.[^lambda-cennik] Nous reprenons la capacité de Kimi des mesures de tiers pour Kimi K3 sur huit cartes B300, qui donnent environ 1 000 à 1 600 tokens de sortie par seconde.[^spheron-kimi] Les montants mensuels avec engagement ne signifient pas des paiements mensuels : Phala exige le paiement de toute la période à l’avance, sans remboursement en cas de résiliation anticipée ; 180 jours d’une machine 8 × H200 représentent donc 139 104 USD en liquidités à la commande, et 180 jours d’une machine 8 × B300, 269 568 USD.[^phala-gpu] Ce qui en découle : - Pour le profil retenu, les prix des API à confidentialité déclarée s’élèvent à environ 0,70–1,25 USD par personne et par mois, soit d’un coût comparable à celui d’une API ordinaire jusqu’à environ 3,6 fois ce coût, selon le fournisseur et l’heure d’utilisation ; le prix le plus bas est déclaré par Confidential AI, et cette offre aussi, nous devons la vérifier. Une API confidentielle offre une puissance flexible sans mise en service de notre propre machine, même si elle a ses propres limites, files d’attente et pannes. Une machine confidentielle louée pour DeepSeek, dimensionnée pour le pic, fonctionne dans le scénario mondial en moyenne à environ deux tiers de sa capacité et coûte environ 1,32 USD par personne, soit à peu près autant que les API confidentielles les plus chères et plus que la moins chère. Dans notre modèle horaire, un premier nœud propre, dont l’excédent est dirigé vers une API confidentielle à 1,25 USD par personne, apparaît au point vérifié d’environ 20 000 personnes actives ; c’est un résultat des présupposés retenus, et non un seuil exact, et avec une API confidentielle moins chère la machine louée n’est pas rentable à cette échelle. - La location à l’heure d’une machine confidentielle complète n’offre pas aujourd’hui de souplesse pour le pic du soir : Phala exige au moins une journée (8 × H200) ou un mois (8 × B300), Confidential AI trois mois pour 8 × B300 à 60 USD de l’heure, et VoltageGPU, qui facture 8 × H200 à la seconde à 64,62 USD de l’heure, ne fournit pas de preuves d’attestation publiées couvrant cette configuration ni les commutateurs NVSwitch.[^cai][^voltage] À cela s’ajoute le temps d’attribution de la machine et de chargement des poids. - Pour Kimi, le calcul dépend de la mesure : l’API confidentielle coûte environ 8 à 9 USD par personne, et notre propre machine 8 × B300, à pleine utilisation, environ 6 USD avec l’estimation haute de la capacité et environ 9,5 USD avec l’estimation basse. Elle revient moins cher que l’API confidentielle si une machine sert plus d’environ 5 100 à 5 600 personnes actives utilisant ce modèle ; avec l’estimation basse de la capacité (environ 4 800 personnes), ce n’est pas le cas. Achat de notre propre serveur : un serveur Supermicro complet avec huit cartes B300 coûtait en septembre 2026 environ 663 000 USD.[^supermicro] Nous estimons ainsi le coût mensuel d’un tel achat : | Poste | Montant mensuel | | --- | ---: | | Amortissement du serveur sur cinq ans | env. 11 000 USD | | Amortissement du serveur sur quatre ans | env. 13 800 USD | | Colocation | env. 1 900–3 000 USD | | Réseau, pièces et maintenance (estimation) | env. 1 500 USD | | Total | env. 14 000–18 000 USD | Un tel serveur peut accueillir deux copies de DeepSeek, qui, dans le scénario mondial, serviront environ 35 000 personnes (dans le scénario européen, environ 28 000), à environ 0,41–0,52 USD par personne. Selon ces présupposés, l’achat revient moins cher qu’une API confidentielle à 1,11–1,25 USD à partir d’environ 12 000 à 17 000 personnes actives, et moins cher que la moins chère des offres déclarées (0,70 USD) à partir d’environ 21 000 à 26 000. Le calcul ne comprend pas le coût complet de l’entretien et de la mesure de cette configuration ; l’achat exige aussi des liquidités à l’avance, une astreinte humaine 24 heures sur 24 et une demande stable pendant des années, et c’est alors la fondation qui a l’accès physique au matériel (chapitre 2). Ce sont nos estimations, et non des offres. - Les machines confidentielles à plusieurs cartes sont aujourd’hui disponibles publiquement aux États-Unis. Dans l’Union européenne, nous avons trouvé des machines confidentielles avec une seule carte H100,[^azure-ncc] dans lesquelles ni DeepSeek complet ni Kimi ne tiennent. Privatemode (Edgeless Systems, Allemagne) propose aussi une API confidentielle avec des serveurs dans l’Union européenne, avec un choix de modèles plus restreint.[^privatemode] C’est également une déclaration du fournisseur, à vérifier. - Un annuaire indépendant qui contrôle les API confidentielles n’a confirmé, lors de l’observation du 29 octobre 2026 à 14 h 00 UTC, la vérification complète d’aucune des 95 routes contrôlées ; il manquait le plus souvent la preuve de l’identité du programme lancé, de l’origine du code et du lien entre la requête et la machine.[^katalog] C’est un résultat fondé sur les preuves disponibles, et non la preuve que ces services divulguent des contenus. Jusqu’à notre propre vérification, nous traitons la confidentialité de ces services comme une déclaration du fournisseur. - Ce calcul porte sur la puissance de calcul. L’environnement privé (passerelle, mémoire, fichiers) dans une ou deux machines confidentielles avec quatre processeurs virtuels et 8 Go de mémoire coûte chez Phala environ 168 USD par mois et par machine, et le disque est facturé séparément, environ 10 USD pour 100 Go.[^phala-cvm] Nous vérifierons pendant la phase pilote si cette taille suffit. À 170–340 USD par mois, cela fait, pour 30 personnes, environ 6 à 11 USD par personne, et pour 1 000 personnes, quelques dizaines de cents. Le calcul ne comprend pas le travail humain, les revues de sécurité, les paiements ni la réserve pour les pannes. - Les abonnements populaires coûtent environ 20 USD par mois, et le chat de DeepSeek est gratuit.[^abonamenty] Les formules à 100–200 USD donnent, en cas de travail agentique intensif, l’équivalent de milliers de dollars aux prix catalogue des API ;[^semianalysis] nous ne rivalisons pas en prix avec de telles formules. Nous proposons une facturation de l’utilisation réelle, avec une protection vérifiable de la vie privée. État de l’hypothèse du manifeste au 29 octobre 2026 : le calcul nous en rapproche, mais ne la confirme pas. Le traitement avec confidentialité déclarée et attestation est déjà disponible dans des grilles tarifaires publiques et coûte, pour le profil d’utilisation retenu, environ 0,70–1,25 USD par personne et par mois ; un petit groupe peut donc commencer par lui à prix coûtant, et, selon nos présupposés, une infrastructure propre peut devenir moins chère à partir d’un nombre de personnes actives compris entre une bonne dizaine de milliers et plusieurs dizaines de milliers. Trois éléments trancheront, et nous les vérifierons dans les essais du chapitre 9 : si la confidentialité de ces services résiste à une vérification indépendante, si la qualité des modèles disponibles suffit pour les tâches pour lesquelles les gens viendront à Suveria, et quel est le profil réel du trafic. Nous mettons à jour le calcul à chaque changement significatif des prix et après chaque essai, et nous conservons les versions précédentes. ### 8.2. Étapes de l’infrastructure et fiches de décision Nous développons l’infrastructure par étapes, dont chacune apporte aux participants une valeur propre, sans obligation de passer à la suivante : d’abord l’API confidentielle et l’environnement privé dans des machines confidentielles (si nous réunissons assez de fonds avant le lancement, nous pouvons commencer directement par l’étape suivante), ensuite la location de nos propres machines confidentielles, puis l’achat de matériel et son installation dans un centre de données externe, et, à long terme, si cela démontre un avantage, un bâtiment propre. L’étape suivante est justifiée par des données mesurées : le coût complet du service, le trafic réel, le temps de réponse au moment du pic, la capacité à maintenir les dispositifs de sécurité et à gérer les pannes, et, en cas d’achat, aussi le financement des réparations, du remplacement du matériel et des personnes qui assumeront la responsabilité. La location de notre propre machine peut aussi avoir du sens lorsque le modèle nécessaire n’est pas disponible dans une API confidentielle ou lorsque nous voulons un contrôle complet de ce qui fonctionne. Nous décrivons chaque transition par une fiche de décision : ce que nous gagnons, le coût complet, les risques, les conditions de démarrage et de retrait, la manière de transférer les données et les clés, ainsi que la conformité avec les [principes de la réserve et de lancement des piliers suivants](whitepaper-zasady-fundacji.md) (chapitre 8 du livre blanc sur les principes de la fondation). Nous n’admettons de combiner notre propre machine avec une API confidentielle pour les pics de trafic que si chacune des voies offre un niveau de protection accepté ; le passage à une option plus faible exige une décision distincte et consciente de l’utilisateur. Nous prévoyons la première mesure sur une seule carte confidentielle avec un modèle plus petit, et la suivante sur une machine pouvant accueillir le modèle complet. Nous adaptons la puissance au trafic sans tout dimensionner pour le pic le plus élevé. Nous concevons une courte file d’attente avec un temps d’attente visible ; nous mesurerons pendant la phase pilote son temps réel, sa limite et son comportement une fois saturée. La puissance flexible pour les pics plus longs est fournie en priorité par l’API confidentielle, à condition qu’elle préserve le niveau de protection accepté, le consentement et la limite de dépenses de l’utilisateur ; lorsqu’une telle voie n’existe pas, nous informons honnêtement de l’attente ou de l’indisponibilité. La location à l’heure a du sens pour les modèles qui ne sont pas disponibles dans une API confidentielle ou qui y sont nettement plus chers, et seulement là où le fournisseur permet réellement de lancer et de libérer rapidement des machines confidentielles. Nous voulons utiliser la puissance libre de notre propre machine aux heures plus calmes pour des tâches de la fondation, comme des analyses pour Omniforum ; sa valeur aux prix des API n’est pas une recette budgétaire, et ces tâches ont donc leur propre objectif et leur propre budget. Après la première phase pilote, nous voulons tester deux modes : « Conversation » pour le travail ordinaire avec l’assistant et « Sans hâte » pour les tâches qui peuvent attendre, par exemple la traduction d’un document. En mode « Sans hâte », nous affichons une fenêtre de démarrage indicative, une estimation du coût, un budget maximal, la possibilité d’annuler avec facturation du travail effectué et la même information sur la protection. Un prix plus bas pour ce type de travail n’est possible que s’il découle d’une méthode publique de répartition des coûts, sans double comptage du coût fixe. ### 8.3. Mesure de l’utilisation sans le contenu des conversations Pour facturer l’utilisation réelle, nous mesurons les ressources nécessaires à l’exécution des tâches et décrivons clairement la part des coûts fixes. Le compteur de facturation se limite aux données indispensables pour vérifier le coût, et le contenu de la conversation n’est pas nécessaire pour établir la facture. Lors des essais, nous vérifierons la précision de la mesure, la manière dont l’utilisateur peut la contrôler, l’étendue des métadonnées divulguées et le comportement du service une fois la limite de dépenses atteinte. Les règles de la facture, des arrondis, des prépaiements et des remboursements sont décrites dans le [livre blanc sur les principes de la fondation](whitepaper-zasady-fundacji.md). La limite de dépenses fixée par un participant doit fonctionner comme une frontière, et non comme un avertissement après coup. Certains fournisseurs ne facturent les requêtes en cours qu’une fois celles-ci terminées, si bien que leurs limites peuvent être dépassées ; c’est ce que décrit par exemple Tinfoil.[^tinfoil] C’est pourquoi nous concevons une réservation : avant l’envoi d’une requête, la passerelle de Suveria met de côté sur le solde son coût maximal admissible, en tenant compte des autres requêtes en cours, et limite le nombre de requêtes parallèles ainsi que la longueur de la réponse. Une fois la requête terminée, nous facturons le coût réel et libérons la réservation non utilisée. C’est une exigence à construire et à vérifier, et non une fonction en service. ## 9. Essais de validation et journal des résultats Avant de qualifier une version quelle qu’elle soit de confidentielle, nous documenterons au moins : - une attestation correcte ; - le refus d’envoyer des données après substitution du code ou de la clé ; - l’isolation des sessions ; - les restrictions de l’administrateur ; - l’absence de contenu dans les journaux, les vidages mémoire et la télémétrie ; - la gestion du cache ; - la suppression et la récupération ; - le comportement après une panne ; - les limites des outils ; - les coûts sous charge. Le résultat comprend la version de la configuration et le scénario dans lequel nous avons tenté de violer la protection. Nous voulons que chaque version de Suveria passe tous les contrôles de preuve d’au moins un vérificateur indépendant de services confidentiels : le matériel et l’état des dispositifs de sécurité, la fraîcheur de la preuve, le lien entre la clé de connexion et l’environnement protégé, l’identité du programme lancé, l’origine du code et le lien entre la requête et une machine précise, tout en maintenant la disponibilité. Nous publions le résultat avec la date de l’observation, la version des critères et les preuves pour la version, le modèle et la route de requête concernés, et nous décrivons les liens du vérificateur en même temps que le résultat. Nous ne promettons aucune place dans un classement. Passer la vérification signifie atteindre le contrôle décrit à un moment donné, avec des limites rendues publiques, et ne remplace ni un audit ni nos propres essais. Lorsque nous mettrons en service notre propre option confidentielle, nous soumettrons Suveria à chaque annuaire indépendant qui vérifie la confidentialité de l’exécution des modèles, et nous lui donnerons un point d’accès pour vérifier l’attestation ; le premier exemple est confidentialinference.net (situation au 31 octobre 2026).[^confidentialinference] Nous ne promettons pas l’inscription, car elle relève de la décision de l’annuaire ; nous promettons la soumission, la réponse à ses questions et la publication du résultat, même mauvais, avec sa date. Un annuaire ne vérifie que ce qu’il voit de l’extérieur, généralement l’attestation et le canal de connexion ; il ne remplace ni l’audit du code, ni celui de la configuration, ni l’évaluation des canaux auxiliaires. Les essais de stockage et de portabilité comprennent : - la restauration d’une copie chiffrée sur un autre appareil autorisé et le refus de lecture sans la clé adéquate ; - la perte d’un appareil, la récupération de l’accès par la méthode choisie et la présentation claire des conséquences de la perte de toutes les clés ; - la synchronisation de modifications parallèles sans écrasement silencieux de l’une des versions ; - la lecture d’un export dans un outil indépendant, sans compte chez l’opérateur d’origine, avec comparaison des originaux, de l’historique, des sources et des liens ; - la limitation du périmètre d’une intégration et l’arrêt effectif de son accès ultérieur après le retrait de l’autorisation. Étapes : 1. un test d’utilisabilité sur des documents non sensibles ; 2. un essai technique de la protection ; 3. une phase pilote limitée, avec des conditions claires ; 4. une augmentation progressive de l’échelle. Avant la phase pilote, nous fixerons et publierons des seuils : le temps jusqu’au premier mot de la réponse, le coût de calcul par personne pour le profil mesuré et la qualité du modèle selon le [livre blanc sur les matériaux et le benchmark](whitepaper-materialy-i-benchmark.md). Nous considérerons la phase pilote comme réussie lorsqu’elle remplira les trois. Un changement de modèle, de micrologiciel ou de méthode de connexion au compte peut exiger une nouvelle qualification, et une mise à jour ne peut pas affaiblir en silence la protection convenue. Chaque version a une fiche publique : - périmètre de fonctionnement ; - preuves issues des essais ; - limites connues ; - personnes responsables ; - coûts ; - moyen de signaler un problème ; - plan de retrait. La découverte d’une faille entraîne la limitation de l’exposition, l’information des personnes concernées et une correction vérifiable. Nous voulons mener les essais ouvertement. Nous invitons les personnes qui travaillent dans la sécurité, la cryptographie, l’infrastructure et les applications, y compris les créateurs qui présentent la technologie à un large public, à concevoir avec nous les épreuves et à tenter de percer la protection sur des comptes de test dédiés, avec des données fictives. Nous invitons aussi les critiques. Nous ne payons pas pour la promotion, et nous signalons chaque collaboration conformément au [registre des avantages](whitepaper-zasady-fundacji.md) (chapitre 7 du livre blanc sur les principes de la fondation). Les résultats, y compris ceux des essais infructueux, sont inscrits dans le journal des résultats. Si vous voulez vous engager, écrivez à [salve@novusignis.org](mailto:salve@novusignis.org?subject=%5BDo%C5%82%C4%85cz%5D%20Pr%C3%B3by%20Suverii) avec l’objet « [Dołącz] Próby Suverii ». L’essai le plus important : une équipe disposant des droits d’opérateur hors de l’environnement confidentiel (passerelle, disques, réseau, journaux) tente de lire les conversations de comptes de test dans lesquelles des chaînes de caractères secrètes ont été cachées. Si quelqu’un parvient à les extraire, nous compris, l’essai a échoué. Nous mettrons la première version de Suveria à la disposition de quelques personnes qui aident à la configurer. Si elle s’appuie sur une API confidentielle, sa fiche de protection (point 2.3) indiquera clairement que le modèle fonctionne chez un fournisseur externe, que l’attestation est déclarée par le fournisseur et que nous ne l’avons pas encore vérifiée, et que les métadonnées ne sont pas protégées. Comme les premières personnes aident aussi à exploiter le service, le premier résultat que nous publierons sera celui de l’essai le plus important décrit ci-dessus, avec la description de ce que l’opérateur a réussi à faire. **Journal des résultats.** Situation au 29 octobre 2026 : nous n’avons encore mené aucun des essais décrits, nous n’avons pas loué de cartes graphiques et nous n’avons pas mis en service de modèle dans Suveria. Nous ajoutons ici chaque nouveau résultat avec la date, la configuration, le scénario et la conclusion, y compris lorsqu’un essai échoue. Restent à trancher : - le premier modèle et un niveau de qualité acceptable ; - la vérification indépendante des API confidentielles et des machines confidentielles, ainsi que leur disponibilité dans des juridictions offrant une forte protection des données personnelles, comme l’Union européenne avec le RGPD ; - le temps de réponse ; - les règles relatives aux clés et à la mémoire ; - l’étendue minimale des données de facturation ; - les obligations légales de l’opérateur face aux signalements d’abus ; - le mode de financement de la continuité. Le [livre blanc sur les principes de la fondation](whitepaper-zasady-fundacji.md) décrit le budget, la facture et la responsabilité, et le [livre blanc sur les matériaux et le benchmark](whitepaper-materialy-i-benchmark.md), l’évaluation du comportement des modèles. Fondation Novus Ignis, Poznań, KRS 0001269575. Site et manifeste : novusignis.org. Remarques : salve@novusignis.org. ## Notes [^teefail]: [TEE.fail: Breaking Trusted Execution Environments via DDR5 Memory Bus Interposition](https://tee.fail/). Étude de Georgia Tech, de l’Université Purdue et de Synkhronix, publiée le 28 octobre 2025 : extraction des clés d’attestation d’Intel TDX et SGX ainsi que d’AMD SEV-SNP par branchement physique sur le bus mémoire DDR5, avec des conséquences pour l’informatique confidentielle de NVIDIA. Exige un accès physique au serveur ; Intel et AMD considèrent que de telles attaques sortent du périmètre de leur protection. Présentation : [The Hacker News](https://thehackernews.com/2025/10/new-teefail-side-channel-attack.html). Consulté le 28 octobre 2026. [^local-first]: [Kleppmann, Wiggins, van Hardenberg et McGranaghan (2019): Local-first software: You own your data, in spite of the cloud](https://www.inkandswitch.com/essay/local-first/). Étude. Principes de conservation de la copie principale sur les appareils de l’utilisateur et du rôle d’appui des serveurs, y compris pour les copies chiffrées. [^apple-pcc]: [Apple: Private Cloud Compute](https://security.apple.com/blog/private-cloud-compute/). Description d’architecture. Exemple de lien entre confidentialité, contrôle du logiciel et transparence du système. [^ohttp]: [RFC 9458: Oblivious HTTP](https://www.rfc-editor.org/rfc/rfc9458.html). Spécification. Séparation de la connaissance de l’expéditeur et de celle de la requête, selon un modèle de confiance déterminé ; pas un anonymat complet. [^weiss-keylogging]: [Weiss, Ayzenshteyn, Amit et Mirsky (2024): What Was Your Prompt? A Remote Keylogging Attack on AI Assistants](https://www.usenix.org/conference/usenixsecurity24/presentation/weiss). Publication scientifique (USENIX Security 2024 ; prépublication arXiv 2403.09751). À partir de la longueur des paquets chiffrés du flux de réponse, un observateur du réseau reconstitue le sujet, et en partie le contenu, de la réponse de l’assistant. Consulté le 30 octobre 2026. [^whisper-leak]: [McDonald et Bar Or (2025): Whisper Leak: a side-channel attack on Large Language Models](https://arxiv.org/abs/2511.03675) et [présentation de Microsoft (7 novembre 2025)](https://www.microsoft.com/en-us/security/blog/2025/11/07/whisper-leak-a-novel-side-channel-cyberattack-on-remote-language-models/). Publication de recherche et description de l’éditeur. La taille et le rythme des paquets d’un flux de réponse chiffré permettent de reconnaître le sujet de la conversation ; certains fournisseurs ont ajouté un remplissage aléatoire des paquets. Consulté le 30 octobre 2026. [^nvidia-platformy]: [NVIDIA: plateformes prises en charge pour les conteneurs confidentiels](https://docs.nvidia.com/datacenter/cloud-native/confidential-containers/latest/supported-platforms.html). Documentation du fabricant. Exigences portant sur l’ensemble de la configuration du processeur, des cartes et des logiciels. [^nvidia-ppcie-v2]: [NVIDIA: Protected PCIe v2, Introduction](https://docs.nvidia.com/attestation/attestation-client-tools-ppcie-sdk-cpp/latest/ppcie_introduction.html). Documentation du fabricant. En mode PPCIe v2, le réseau NVLink et NVSwitch appartient à la partie de confiance du système ; la protection PCIe ne signifie pas le chiffrement de tout le trafic entre les cartes. [^nvidia-blackwell]: [NVIDIA: Trusted Computing Solutions 595](https://docs.nvidia.com/595trd1-trusted-computing-solutions-release-notes.pdf). Documentation du fabricant. Mode d’informatique confidentielle sur plusieurs cartes Blackwell, y compris la protection des connexions ; exige une configuration compatible. [^osi]: [OSI: Open Source AI Definition](https://opensource.org/ai/open-source-ai-definition). Définition. Des poids ouverts ne garantissent pas que l’ensemble de la définition d’un système ouvert soit respecté. [^deepseek]: [DeepSeek-V4.1-Flash: fiche du modèle](https://huggingface.co/deepseek-ai/DeepSeek-V4.1-Flash). Documentation du fabricant. Architecture, licence MIT et capacités déclarées du modèle ; ce n’est pas une mesure de la performance de Suveria. [^dpga]: [Digital Public Goods Alliance: standard](https://www.digitalpublicgoods.net/standard). Standard. Critères d’évaluation d’un bien public numérique ; une orientation de conception n’est pas une reconnaissance obtenue de la DPGA. [^lambda-cennik]: [Lambda : tarifs des instances](https://lambda.ai/pricing). Grille tarifaire du fournisseur. NVIDIA B200 SXM6 180 GB : 6,79 USD par carte et par heure dans une instance de quatre cartes et 6,69 USD dans une instance de huit ; H100 SXM 80 GB : 3,99 USD ; prix à la demande, hors taxes, sans mode confidentiel. Consulté le 29 octobre 2026. [^lambda-v41]: [Lambda : DeepSeek-V4.1-Flash, résultats de la mesure de performance](https://lambda.ai/inference-models/deepseek-ai/deepseek-v4.1-flash). Mesure du fournisseur. 4 × B200, vLLM, parallélisme tensoriel 4, décodage spéculatif, environ 8 192 tokens d’entrée et 1 024 de sortie par requête ; avec 64 requêtes simultanées, au total 3 713,9 tokens de sortie par seconde et en moyenne 66,8 tokens par seconde par conversation. Sans date de mesure. Consulté le 28 octobre 2026. [^azure-ncc]: [Azure : tarif de la machine NCC40ads H100 v5](https://prices.azure.com/api/retail/prices?$filter=armSkuName%20eq%20%27Standard_NCC40ads_H100_v5%27%20and%20priceType%20eq%20%27Consumption%27) et [description de la série](https://learn.microsoft.com/en-us/azure/virtual-machines/sizes/gpu-accelerated/nccadsh100v5-series). Grille tarifaire du fournisseur. Machine confidentielle avec une seule carte H100 NVL 94 GB ; de 6,98 USD de l’heure (East US 2) à 8,90 USD (West Europe), Linux, paiement à l’usage. Consulté le 28 octobre 2026. [^deepseek-cennik]: [DeepSeek : tarifs de l’API (version chinoise)](https://api-docs.deepseek.com/zh-cn/quick_start/pricing). Grille tarifaire du fournisseur. Modèle deepseek-flash (V4.1-Flash-1017) : entrée sans succès de cache 1 CNY hors pic et 2 CNY en pic, sortie 4 et 8 CNY par million de tokens. Conversion en USD selon le [tableau d’eesel](https://www.eesel.ai/blog/deepseek-v4-1-flash-pricing), source auxiliaire. Consulté le 28 octobre 2026. [^abonamenty]: Prix des abonnements : [ChatGPT Plus](https://help.openai.com/en/articles/6950777-what-is-chatgpt-plus), [Claude Pro](https://claude.com/pricing), [Google AI Pro](https://gemini.google/subscriptions/), [Kimi Plus (tableau de geotoolbox)](https://geotoolbox.ai/blog/kimi-pricing) ; le chat de DeepSeek est gratuit ([description](https://en.wikipedia.org/wiki/DeepSeek_(chatbot))). Prix mensuels en USD, hors taxes ; Kimi Plus 19 USD. Consulté les 28 et 29 octobre 2026. [^kimi-k31]: [Moonshot: lancement de Kimi K3.1 Pro](https://forum.moonshot.ai/t/kimi-k3-1-pro-has-launched-start-exploring-now/629) et [Kimi: description de K3.1 Pro (24 octobre 2026)](https://www.kimi.com/news/kimi-k3-1-pro). Documentation du fabricant. Version de Kimi K3 à l’entraînement prolongé, environ 3 000 milliards de paramètres, contexte de 1 million de tokens, poids annoncés avant le 4 novembre 2026 ; licence non annoncée. Prix de l’API selon OpenRouter : 2 / 10 USD par million de tokens. [^kimi-k3]: [Kimi K3: fiche du modèle](https://huggingface.co/moonshotai/Kimi-K3). Documentation du fabricant. 2 800 milliards de paramètres, dont 104 milliards actifs, contexte d’environ 1 million, MXFP4, licence Kimi K3 License. [^spheron-kimi]: [Spheron: déploiement de Kimi K3 (19 octobre 2026)](https://www.spheron.network/blog/deploy-kimi-k3-gpu-cloud/). Guide du fournisseur. Fichiers de poids de 1 560,94 Go, configurations pouvant accueillir le modèle. Capacité d’environ 1 000 à 1 600 tokens par seconde sur 8 × B300 selon un tableau de mesures de tiers du 29 octobre 2026 ; forte dispersion. [^aa]: [Artificial Analysis: Kimi K3.1 Pro et DeepSeek V4.1 Flash 1017](https://artificialanalysis.ai/models/comparisons/kimi-k3-1-pro-vs-deepseek-v4-1-flash-1017). Comparaison indépendante. Indice v5 du 28 octobre 2026 : 46 et 32 ; vitesse d’environ 36 et 178 tokens par seconde. Consulté le 29 octobre 2026. [^tinfoil]: [Tinfoil : tarifs](https://tinfoil.sh/pricing). Grille tarifaire du fournisseur. DeepSeek-V4.1-Flash 0,65 USD en entrée et 1,45 USD en sortie par million de tokens ; description des limites de dépenses. Consulté le 29 octobre 2026. [^phala-api]: [Phala : modèles confidentiels](https://phala.com/confidential-ai-models). Grille tarifaire du fournisseur. DeepSeek V4.1 Flash 1017 : 0,75 / 1,60 USD ; Kimi K3 : 3 / 15 USD par million de tokens ; attestation de la passerelle et confirmations des réponses selon le fournisseur. Consulté le 29 octobre 2026. [^near]: [NEAR AI : tarifs](https://near.ai/pricing). Grille tarifaire du fournisseur. Kimi K3 : 3,30 / 16,50 USD par million de tokens ; d’autres prix sur la page d’accueil, divergence à éclaircir. Consulté le 29 octobre 2026. [^phala-gpu]: [Phala : cartes graphiques confidentielles](https://phala.com/gpu-tee) et [tarifs](https://cloud.phala.com/about/pricing). Grille tarifaire du fournisseur. 8 × H200 : 44,20 USD de l’heure à la demande, 32,20 USD avec un engagement de 180 jours ; 8 × B300 : 65,60 USD (30 jours), 62,40 USD (180 jours) ; Intel TDX avec l’informatique confidentielle de NVIDIA ; aucune machine en Europe. Consulté le 29 octobre 2026. Engagement payé à l’avance, sans remboursement en cas de résiliation anticipée. [^privatemode]: [Privatemode (Edgeless Systems)](https://www.privatemode.ai/). Offre du fournisseur. API confidentielle avec des serveurs dans l’Union européenne et attestation à distance ; choix de modèles ouverts plus restreint que chez les fournisseurs américains, prix non publiés. Confidentialité déclarée par le fournisseur, non vérifiée par nous. Consulté le 30 octobre 2026. [^katalog]: [Confidential Inference Directory: méthodologie et observations](https://confidentialinference.net/attestation). Annuaire indépendant, parrainé par une entreprise qui propose de l’inférence confidentielle. 0 sur 95 routes vérifiées de bout en bout lors de l’observation du 29 octobre 2026, 14 h 00 min 19 s UTC. [^supermicro]: [Supermicro: serveur AS-8126GS-NB3RT-01-G2](https://store.supermicro.com/us_en/8u-gpu-gold-series-as-8126gs-nb3rt-01-g2.html) et [GPU Per Hour: prix des serveurs NVIDIA](https://gpuperhour.com/blog/nvidia-gpu-prices). Offre du fabricant et tableau de prix. Serveur complet avec huit cartes B300 : 662 845,95 USD (21 septembre 2026). [^semianalysis]: [BigGo Finance sur l’analyse de SemiAnalysis (7 octobre 2026)](https://finance.biggo.com/news/173039423dab79be). Analyse sectorielle. Une formule à 200 USD donne, en cas de travail intensif, environ 12 000 USD aux prix catalogue des API ; estimations de marge, et non données de l’entreprise. [^sglang-k3]: [SGLang: recette pour Kimi K3](https://github.com/sgl-project/sglang/blob/main/docs/cookbook/autoregressive/Moonshotai/Kimi-K3.mdx). Documentation du moteur. Configuration vérifiée de Kimi K3 sur 8 × B300 ; ne concerne ni Kimi K3.1 ni le mode confidentiel. [^phala-cvm]: [Phala : tarifs des machines confidentielles](https://phala.com/pricing). Grille tarifaire du fournisseur. tdx.large (4 processeurs virtuels, 8 Go de mémoire) : 0,23 USD de l’heure ; disque 0,000139 USD par Go et par heure. Consulté le 29 octobre 2026. [^itu]: [ITU: Facts and Figures 2025, utilisation d’internet](https://www.itu.int/itu-d/reports/statistics/2025/10/15/ff25-internet-use). Statistique internationale. Proportion de personnes utilisant internet dans les régions du monde en 2025 (environ 6 milliards de personnes, 74 % de la population) ; les parts régionales de notre calcul sont une approximation : proportion × population de la région. [^cai]: [Confidential AI : tarifs](https://confidential.ai/pricing). Grille tarifaire du fournisseur, prix du 26 octobre 2026. DeepSeek V4.1 Flash : 0,30 USD en entrée, 0,03 USD en entrée depuis le cache, 1,20 USD en sortie par million de tokens ; machine 8 × B300 à 60 USD de l’heure, minimum trois mois, attribution en quelques jours. Confidentialité déclarée par le fournisseur, non vérifiée par nous. [^voltage]: [VoltageGPU : tarifs](https://voltagegpu.com/pricing) et [étendue des preuves](https://voltagegpu.com/). Grille tarifaire et déclarations du fournisseur. 8 × H200 à 64,62 USD de l’heure avec facturation à la seconde ; les preuves publiées ne couvrent pas l’attestation de cette configuration ni les commutateurs NVSwitch. [^epoch]: [The Decoder sur les données d’Epoch AI (8 janvier 2026)](https://the-decoder.com/global-ai-compute-hits-15-million-h100-equivalents-epoch-ai-finds/) et [Epoch AI: AI Chip Users](https://epoch.ai/data/ai-chip-users). Compilation d’un institut de recherche indépendant. Puissance de calcul installée pour l’intelligence numérique de plus de 15 millions d’équivalents NVIDIA H100, besoin de plus de 10 GW. Estimation, et non mesure. [^confidentialinference]: [confidentialinference.net](https://confidentialinference.net) : comparaison des fournisseurs qui font fonctionner des modèles dans des environnements d’exécution de confiance, avec des vérifications d’attestation datées ; site parrainé par l’entreprise Enclava, recensant onze fournisseurs au moment de la consultation. Consulté le 31 octobre 2026. --- # Omniforum : compréhension commune, conversation et décisions (https://novusignis.org/fr/whitepaper-omniforum.html) # Omniforum : compréhension commune, conversation et décisions Version du 31 octobre 2026. Ce document développe les principes du manifeste qui concernent Omniforum : comment nous voulons aider les gens à se comprendre les uns les autres, à laisser après une conversation un acquis durable et à prendre des décisions ensemble. Il décrit l’orientation dans laquelle le prototype doit se développer. Chaque possibilité décrite exige un essai de validation distinct, et la description de l’expérience visée ne signifie pas qu’elle soit disponible aujourd’hui. Nous ajoutons les résultats des essais au chapitre 9. *Traduction réalisée par une intelligence numérique à partir de l’original polonais du 31 octobre 2026. En cas de divergence entre les versions, le texte polonais fait foi.* ## 1. Ce qu’est Omniforum et dans quel but il est créé Omniforum doit être un espace commun de conversation où chacun peut s’exprimer sur n’importe quel sujet et être entendu. Il est conçu par la Fondation Novus Ignis, basée à Poznań, à l’intention des personnes de toutes les régions du monde, et la fondation veut le mettre à disposition comme bien public numérique à code ouvert. L’intelligence numérique y aide, toujours sous le contrôle de l’auteur, à décomposer une contribution en pensées individuelles et à les relier aux sources ainsi qu’aux pensées d’autres personnes. Des conversations que les participants voudront bien partager, il reste un acquis auquel on peut revenir. Omniforum voit le jour parce que, dans un flot de commentaires rapides, les bons arguments se perdent facilement et les mêmes différends recommencent sans cesse. En une seule phrase, nous transmettons de nombreux présupposés, valeurs et attentes. Tant que nous nous comprenons, cela suffit. Lorsqu’un malentendu surgit ou qu’il faut décider ensemble quoi faire, il vaut la peine de voir ce que chacun de nous entend par les mêmes mots, ce qui nous unit et à quel endroit nos raisonnements divergent. Dans Omniforum, nous voulons que l’on puisse : - organiser sa propre pensée et, avant de la publier, vérifier si l’interprétation proposée par le modèle rend ce que l’on veut dire ; - comprendre la contribution d’autrui avec ses présupposés, ses valeurs et ses sources ; - comparer les positions et voir aussi bien les objectifs communs que l’endroit où commence la divergence d’opinions ; - revenir à un dossier après une semaine ou après un an et ne voir que ce qui a changé ; - revenir à ses propres contributions passées et voir comment sa pensée a évolué, avec le droit de changer d’avis ; - suivre des centres d’intérêt du quotidien, comme la cuisine, le jardin ou les réparations, et comparer les solutions qui ont été essayées ; - préparer une idée en vue d’une décision commune : la décrire sur une fiche d’idée, rassembler des arguments et, lorsque le vote aura été mis en place, la soumettre au vote de la communauté. Il ne s’agit pas de désigner le vainqueur d’un différend. Un argument qui met en cause notre position peut être aussi précieux que celui qui la soutient, et l’on peut aussi apporter une idée pour que d’autres aident à en trouver une meilleure. On peut découvrir un dossier à travers un court récit, approfondir un argument choisi et terminer clairement sa visite. Nous considérons comme réussie une visite après laquelle quelqu’un comprend mieux le dossier et peut tranquillement retourner à ses occupations. Ni le nombre de clics ni le temps passé sur le site ne mesurent le bénéfice. La décomposition d’une contribution en pensées individuelles ne doit pas transformer la conversation en un graphique aride. Dans un différend, nous nous agaçons souvent les uns les autres non par mauvaise volonté, mais parce qu’une seule phrase porte plusieurs présupposés et que chacun répond à un présupposé différent. La simple question « Donc vous voulez dire ceci et cela, est-ce que je vous comprends bien ? » change le ton de la conversation des deux côtés. Toute la couche technique d’Omniforum doit soutenir précisément ce réflexe. La conversation doit laisser place à un changement d’avis sans humiliation : on peut reconnaître une erreur, poser une autre question ou terminer sans déclarer son accord. La dignité d’un participant ne dépend pas de son acceptation d’une conclusion ; l’évaluation d’une affirmation dépend de sa justification. Omniforum complète Suveria, l’espace privé de travail avec l’intelligence numérique : une pensée peut d’abord être mûrie en privé, puis apportée consciemment à la conversation commune. Les valeurs dont procèdent les deux projets sont décrites dans le [manifeste](manifest.md) de la fondation. Nous montrons ensuite successivement : - comment nous décomposons une contribution en pensées et conservons leur source (chapitres 2 et 3) ; - comment cette aide peut fonctionner sur d’autres services (4) ; - comment naissent les dossiers, les cartes des dossiers, les fiches d’idée et les initiatives (5) ; - quel nouveau média peut en naître (6) ; - comment nous protégeons la vie privée (7) ; - comment nous prenons des décisions communes (8) ; - comment nous vérifierons si tout cela aide réellement (9). ### 1.1. Centres d’intérêt du quotidien et retour serein à un sujet Omniforum doit aider non seulement dans les questions publiques, mais aussi dans les savoirs pratiques et les centres d’intérêt du quotidien : l’entretien des plantes, la cuisine, les réparations ou l’apprentissage de nouvelles compétences. Prenons une personne qui veut que son lierre produise les pousses les plus longues possible. Dans Omniforum, elle peut suivre ce sujet et lire ce que d’autres ont essayé : quel emplacement, quel arrosage et quelle fertilisation ont fait leurs preuves, et ce qui a échoué. Chacune de ces expériences doit être enregistrée avec son auteur et sa source, et les conseils semblables issus de différentes conversations doivent se retrouver en un seul endroit, au lieu de se perdre dans des fils séparés. C’est ainsi que naît une carte du dossier : un ensemble organisé d’expériences, d’arguments et de questions ouvertes auquel on peut revenir. Nous décrivons aux chapitres 2, 3 et 5 comment nous la construisons à partir de pensées individuelles et la relions aux sources. Les solutions peuvent être comparées selon ses propres critères. Pour l’un, l’important est que ce soit rapide, pour un autre, que ce soit bon marché, et pour un troisième, d’avoir une plante qui supporte la négligence ; nous ne cherchons donc pas une réponse unique pour tous. Pour chaque expérience, nous conservons les conditions dans lesquelles elle a été acquise, par exemple l’ensoleillement, la température dans le logement ou le type de terre. Nous distinguons aussi ce que quelqu’un a observé de son explication de la raison pour laquelle cela s’est produit. On peut ainsi placer différentes méthodes côte à côte et choisir celle qui convient à sa propre situation. Lorsqu’une personne revient à un sujet après une semaine ou après un an, elle doit ne voir que ce qui a changé depuis sa dernière visite : nouvelles expériences, corrections, résultats d’essais et questions qui restent encore ouvertes. Elle décide elle-même à quelle fréquence elle veut parcourir les nouveautés et si elle veut recevoir des notifications. Après avoir parcouru les changements, elle reçoit une indication claire qu’elle a vu toutes les nouveautés sur ce sujet, et elle peut tranquillement retourner à ses occupations. ### 1.2. Ce qui est gratuit La lecture d’Omniforum, la publication de contributions, la division manuelle en pensées et en atomes, l’ajout de sources, les consultations et le vote sont gratuits, et l’argent ne donne ni une plus grande portée ni une voix plus forte. Un coût n’apparaît que lorsque quelqu’un recourt à l’aide d’un modèle, par exemple pour décomposer un texte plus long. Il est couvert par son propre solde dans Suveria ou par un modèle installé sur son propre appareil, et les personnes sans solde peuvent utiliser une file d’attente gratuite, que la fondation fait fonctionner avec sa puissance de calcul inutilisée, dans les limites du budget de soutien et des dons affectés. Lorsque la fondation entretient sa propre machine, nous consacrons sa puissance inutilisée à de telles tâches, dans une file d’attente et sans garantie de délai. Tant que nous utilisons exclusivement une API confidentielle, il n’y a pas de puissance inutilisée, car chaque opération a un coût ; nous ne finançons alors les tâches des personnes sans solde qu’à partir des dons affectés à cet usage, jusqu’à leur épuisement, et nous le montrons dans le registre. Une décomposition, une fois confirmée, entre dans l’acquis commun, si bien que personne ne paie à nouveau pour l’ouvrir. ### 1.3. Glossaire Les principaux termes employés dans ce document, expliqués plus en détail dans les chapitres indiqués : - **Atome :** la plus petite brique de sens, une notion unique ou une chose concrète, nommée par un mot ou quelques-uns (chapitre 2). - **Molécule :** une pensée construite à partir d’atomes reliés par des liaisons : une affirmation, une question, une valeur ou une condition (chapitre 2). - **Étiquette :** le mot par lequel nous nommons un atome ; un atome peut avoir de nombreuses étiquettes, y compris dans différentes langues (chapitre 2). - **Liaison :** le rapport qui unit des atomes au sein d’une molécule, comme « fait partie de », « a pour caractéristique », « provoque » ou « empêche » (chapitre 2). - **Chaîne :** une suite de molécules dans laquelle des prémisses mènent à une conclusion (chapitre 5). - **Dossier** (*Causa*) : une question ou une problématique à laquelle une personne veut revenir parce qu’elle veut comprendre, comparer ou faire quelque chose avec d’autres (point 5.1). - **Carte du dossier** (*Mappa Causae*) : une mise en regard des chaînes de différentes personnes, y compris contradictoires entre elles, avec les sources et les questions ouvertes, à laquelle on peut revenir (chapitres 1.1 et 5). - **Fiche d’idée** (*Charta Ideae*) : une vue qui montre où nous voulons arriver et quelle est la prochaine étape, avec le statut de l’idée et les réponses à huit questions (point 5.2). - **Initiative** (*Inceptum*) : une proposition d’action concrète, qui découle d’une carte du dossier et d’une fiche d’idée (point 5.3). - **Omnium :** la base ouverte de l’acquis public d’Omniforum, accessible aux autres applications par OmniAPI (chapitre 4). - **Ignis :** l’étape du premier partage d’une pensée ; le manifeste appelle le moment même de la publication Cérémonie Ignis (*Caerimonia Ignis* ; chapitre 3). - **Formatio :** l’étape qui suit la publication, au cours de laquelle la communauté examine la pensée, ajoute des arguments, des sources et des réserves, et cherche un consensus (chapitre 3). - **Consensus :** un constat partagé de la communauté, indiquant sa version, son périmètre, les personnes qui l’ont confirmé et les opinions dissidentes (chapitre 3). - **Terra Incognita :** une cérémonie volontaire au cours de laquelle nous nommons la limite de ce que nous savons justifier aujourd’hui et commençons consciemment à chercher la réponse à une nouvelle question (projet, chapitre 3). - **Principium :** l’adoption d’un principe comme sien, dans son Canon personnel (*Canon Personalis* ; point 5.6). ## 2. Les atomes, les molécules et leur origine Nous décomposons une contribution sur deux niveaux. L’atome est la plus petite brique de sens : une notion unique ou une chose concrète, nommée par un mot ou quelques-uns, par exemple « sécheresse », « arbre » ou « notre rue ». À chaque atome, nous attribuons une nature, c’est-à-dire que nous indiquons s’il s’agit d’une personne, d’un lieu, d’un événement, d’un processus, d’une valeur ou d’une notion. Les atomes aident à désigner précisément ce dont nous parlons et à remarquer quand différentes personnes entendent autre chose sous le même mot. La molécule est une pensée construite à partir d’atomes reliés par des liaisons, comme « fait partie de », « a pour caractéristique », « provoque » ou « empêche » : une affirmation, une question, une valeur ou une condition. Elle n’a pas besoin d’être une phrase courte, car le sens peut exiger une réserve, un exemple ou un contexte. Dans une conversation, une molécule peut être appuyée par un argument ou contestée, alors que l’atome seul n’est ni vrai ni faux. Un atome est un sens, et non un mot. Il a un identifiant permanent et une définition, et les mots par lesquels nous le nommons sont ses étiquettes. Un atome peut avoir de nombreuses étiquettes : des noms dans différentes langues, des synonymes et des expressions qui dépendent du contexte. La sécheresse se dit « drought » en anglais, « Dürre » en allemand et « siccitas » en latin. Un habitant de la rue Warszawska l’appellera « notre rue », et quelqu’un d’autre « le coin ». Ainsi, des personnes qui emploient des mots différents, y compris dans des langues différentes, peuvent parler de la même chose, et la question de savoir si une étiquette exprime fidèlement le sens de l’atome peut elle-même devenir un sujet de conversation. Là où il existe un nom latin établi, par exemple en biologie, en médecine ou en droit, nous l’ajoutons comme étiquette de référence. Le rattachement d’une expression à un atome est une proposition que l’auteur confirme, comme toute la division de sa contribution. Il peut aussi constituer une information privée : le fait que « notre rue » désigne la rue Warszawska révèle où quelqu’un habite ; c’est donc l’auteur qui décide si les autres verront ce rattachement. La définition d’un atome est elle aussi enregistrée dans Omniforum : elle se compose d’autres atomes et des relations entre eux, de même qu’une entrée d’encyclopédie est décrite par d’autres mots. On voit ainsi ce que nous entendons exactement par une notion donnée, et la définition peut être examinée et améliorée comme n’importe quelle autre pensée. Un tel enregistrement ne dépend d’aucune langue, et à côté de lui la définition peut aussi être donnée sous forme de texte ordinaire, dans de nombreuses langues. Lorsqu’un atome utilisé dans les définitions d’autres atomes change, nous signalons ces définitions comme étant à revoir. Chaque décomposition, attribution et rattachement peut être effectué manuellement, sans modèle, avec les mêmes outils et avec le même résultat sur la carte. C’est fastidieux, mais cela donne une vue complète de la manière dont quelque chose a été produit. Le modèle propose les mêmes étapes par commodité, et pour chaque élément on voit s’il a été créé manuellement ou à partir d’une proposition du modèle, et de quel modèle. Nous ne traitons pas la voie manuelle comme un mode de secours : nous la maintenons dans chaque version et vérifions lors des essais qu’elle permet toujours de parcourir un dossier entier. Pour chaque molécule et chaque usage d’un atome, nous enregistrons leur provenance : de quel texte, de quelle version de celui-ci et de quel endroit précis, dans quelle langue et dans quel voisinage. On peut ainsi toujours revenir à l’original et lire la phrase dans son contexte. Nous traitons les mêmes mots écrits dans deux textes différents comme deux occurrences distinctes, car dans un autre voisinage ils peuvent signifier autre chose ; seul un rattachement confirmé les relie au même atome. Nous enregistrons aussi qui a préparé la décomposition de la contribution et quand, et, si un modèle a aidé, lequel et avec quelle version des instructions. Nous distinguons trois couches : - **Propos d’origine :** ce qui a réellement été publié ou soumis à l’analyse. - **Interprétation proposée :** proposée par un modèle ou par une personne, avec l’indication de son auteur et du degré de vérification. - **Confirmation du sens :** l’auteur reconnaît une version déterminée de l’analyse comme conforme à sa propre intention. La confirmation dit seulement que l’auteur reconnaît sa pensée dans la décomposition. Elle ne prouve pas qu’il a raison, ne signifie pas que d’autres sont d’accord avec lui et n’est pas une voix dans un vote. L’auteur peut corriger la décomposition ou laisser sa contribution entière, sans division. Un lecteur peut décomposer à sa manière la contribution d’autrui, sans attendre l’auteur. Nous présentons une telle décomposition comme une interprétation du lecteur, signalée par son nom ou son pseudonyme. Seule la version confirmée par l’auteur est présentée comme la décomposition de la contribution de l’auteur. Le silence de l’auteur ne vaut pas accord. Le point de référence pour la portabilité est constitué par les standards d’annotation ouverts, comme le modèle de données W3C Web Annotation, qui décrit le rattachement d’annotations à une ressource et à un fragment de celle-ci.[^web-annotation] Ce n’est pas un modèle tout prêt de toutes les relations d’Omniforum. ## 3. De la contribution naturelle à l’analyse commune Dans Omniforum, une pensée passe par des étapes successives. La première est l’étape Ignis, c’est-à-dire le premier partage d’une pensée. La pensée peut naître dans Omniforum : l’auteur la décompose alors, dans l’atelier Ignis (*Officina Ignis*), en molécules et en atomes avec l’aide de l’intelligence numérique, confirme que l’interprétation rend son intention et la publie consciemment ; c’est ce déroulement que décrit le présent chapitre. Elle peut aussi venir de Suveria, où l’auteur l’a mûrie dans son propre atelier de pensée privé ; il la publie alors directement, sans passer par l’atelier Ignis. Dans les deux cas, le manifeste appelle le moment de la publication Cérémonie Ignis, et après lui commence l’étape Formatio : la communauté examine la pensée, ajoute des arguments, des sources et des réserves, et cherche un consensus. Nous appelons Consensus un constat partagé, et lorsqu’il n’y a pas d’accord, un différend honnêtement décrit est lui aussi un résultat de ce travail. Pour un constat partagé, nous indiquons sa version, son périmètre, les personnes qui l’ont confirmé et les opinions dissidentes ; nous ne comptons pas le silence comme un accord. Nous conversons naturellement. Le déroulement de l’atelier Ignis commence par un texte ordinaire ou un passage choisi, et l’utilisateur fixe l’objectif : comprendre, dégager les arguments, préparer sa propre réponse ou comparer des positions. L’élaboration manuelle de la carte reste une possibilité pour qui le souhaite. L’intelligence numérique propose une décomposition et montre, pour chaque molécule, de quel passage de la contribution elle l’a tirée. L’auteur n’a pas à tout vérifier un par un : le modèle doit signaler les endroits où il a pu s’écarter de l’intention ou ceux où la contribution peut s’interpréter de plusieurs manières. L’auteur corrige ces endroits et valide l’ensemble. On ne peut accepter toute la décomposition d’un coup que si l’on voit exactement ce que l’on accepte et que l’on peut revenir aux détails. Lors des essais, nous vérifierons que la validation ne prend pas plus de temps que de décomposer soi-même la contribution. Le modèle qui propose la décomposition a ses propres habitudes : il lisse les formulations inhabituelles et rend les différentes voix semblables entre elles, et il est facile d’accepter telle quelle une proposition toute faite. C’est pourquoi la voie sans l’aide d’un modèle a la même valeur, et nous comparons de temps à autre des décompositions préparées avec et sans l’aide d’un modèle. Exemple : la contribution « Il vaut la peine de planter des arbres dans notre rue si nous choisissons des espèces résistantes à la sécheresse » contient deux molécules reliées par une condition. La première, « il vaut la peine de planter des arbres dans notre rue », relie les atomes « arbre » et « notre rue ». La seconde, « nous choisissons des espèces résistantes à la sécheresse », relie les atomes « espèce » et « sécheresse » par la liaison « résistant à ». On ne doit pas réduire la contribution à l’inconditionnel « Il vaut la peine de planter des arbres dans notre rue », car la condition reste une partie du sens. Si le modèle ajoute que l’auteur considère la sécheresse comme un problème dans les environs, nous le signalons comme une inférence du modèle, et non comme les mots de l’auteur. Nous ne décomposons pas tout d’emblée. Nous lançons la décomposition lorsqu’elle aide à une tâche concrète, et seulement aussi loin que nécessaire. La première proposition peut laisser des expressions plus longues, par exemple « espèces résistantes à la sécheresse », et l’auteur ou un lecteur les décompose davantage là où le sens dépend d’une notion particulière ou là où celle-ci peut faire l’objet d’un différend. Moins il y a de divisions superflues, plus le coût de calcul est faible, moins le lecteur a de travail et moins il y a de connexions erronées. Nous envisageons aussi une seconde cérémonie, volontaire : un moment où nous nommons la limite de ce que nous savons justifier aujourd’hui et commençons consciemment à chercher la réponse à une nouvelle question. Les explications possibles sont alors signalées comme des hypothèses. Nous l’appelons Terra Incognita, comme les cartographes d’autrefois désignaient sur leurs cartes les terres encore inexplorées. Sa forme reste à définir. ## 4. Aider à comprendre là où les gens conversent déjà Lorsque nous regardons une vidéo ou lisons un article, nous sommes aujourd’hui avant tout des destinataires. Tout au plus pouvons-nous ajouter un commentaire en dessous, où il se perd facilement parmi les autres. Nous voulons que l’on puisse dire, à un passage précis d’un texte ou à un moment précis d’un enregistrement : je ne suis pas d’accord avec ceci, j’ai un argument ou une source à ce sujet. Une telle remarque doit parvenir là où elle peut être vue et examinée : sur la carte du dossier dans Omniforum et, si l’auteur ou le service utilise notre module complémentaire, également jusqu’à eux. Le destinataire devient alors un participant. Omniforum doit être un lieu où les conversations dispersées se rejoignent en un tout : les pensées issues de différents propos, leurs sources, les arguments et les dépendances entre eux arrivent sur des cartes de dossiers communes. Mais les gens conversent en de nombreux lieux à la fois : sur les réseaux sociaux, sur les forums, sous les articles, sur les listes de discussion et dans bien d’autres endroits. Nous ne voulons pas les déplacer tous vers un seul service. Nous voulons que l’aide à la compréhension mutuelle soit disponible partout où les gens souhaitent s’entendre, et que l’acquis d’Omniforum puisse aussi y servir. Cette aide fonctionne dans les deux sens. De la conversation vers Omniforum : l’auteur peut décomposer ses propres propos en molécules et en atomes, vérifier si l’interprétation proposée par le modèle rend son intention et l’apporter consciemment à une carte commune, et un lecteur peut préparer une interprétation des propos d’autrui, signalée comme interprétation du lecteur et reliée à la source. D’Omniforum vers la conversation : à la demande de l’utilisateur, le module complémentaire peut montrer que ce dossier a déjà fait l’objet de discussions, quels arguments et quelles sources ont été avancés auparavant et où commence la divergence d’opinions, pour que le différend n’ait pas à recommencer depuis le début. Il s’appuie pour cela sur Omnium (« de tous » en latin), la base ouverte de l’acquis public d’Omniforum, par l’intermédiaire d’OmniAPI, une interface documentée pour les autres applications. Nous prévoyons deux voies. L’administrateur d’un service peut intégrer le module complémentaire, par exemple un bouton à côté du champ de saisie ou un module embarqué ; le fait de le faire, et dans quelle mesure, relève uniquement de sa décision. Là où un service ne dispose pas d’un tel module, une extension de navigateur ouverte doit prendre le relais. L’extension n’aide que la personne qui l’a installée, travaille sur ce que cette personne voit et sélectionne, et ne modifie ni le service ni ce que voient ses autres utilisateurs. Si l’utilisateur veut transférer le résultat dans la conversation sur le service, il le fait lui-même, selon les règles de ce service. Des outils d’annotation existants, comme Hypothesis, montrent qu’il est possible de travailler au moyen d’une extension et d’une intégration au site.[^hypothesis] Le standard ouvert d’annotation du W3C, dont nous parlons au chapitre 2, permet de désigner aussi bien un passage de texte qu’un intervalle de temps dans un enregistrement.[^web-annotation] La division en molécules et en atomes ainsi que la confirmation de l’intention restent une tâche de conception distincte, qui nous revient. Fonctionnement proposé du module complémentaire : 1. L’utilisateur sélectionne un texte et voit quelle étendue sera lue, par quel modèle et où. 2. Il reçoit une proposition d’analyse privée, qu’il peut corriger ou rejeter. 3. Il peut copier le résultat, le conserver en privé ou préparer une publication dans Omniforum. 4. Avant la publication, il voit la source, l’auteur de l’analyse, les droits sur le contenu, l’étendue de la visibilité et les éventuelles données concernant d’autres personnes. 5. Il décide séparément de l’inclusion dans un jeu de données de recherche et séparément de l’utilisation pour l’entraînement de modèles. L’intégration du module complémentaire par l’administrateur d’un service ne remplace pas la décision de l’utilisateur de transmettre un contenu. L’extension demande des autorisations aussi restreintes que possible et n’envoie pas en arrière-plan l’historique de navigation, le contenu de toute une messagerie ni celui des conversations voisines ; par défaut, elle ne traite que le contenu sélectionné. La recherche de conversations antérieures sur un dossier donné est elle aussi lancée par l’utilisateur lui-même. Les propos tenus dans des conversations privées concernent aussi d’autres personnes ; c’est pourquoi, avant de transférer quoi que ce soit hors d’une telle conversation, le module complémentaire doit le rappeler clairement. Un modèle local peut être l’une des variantes, si la qualité et les exigences matérielles le permettent. Omniforum doit être un projet communautaire : son acquis naît de ce que les gens y apportent eux-mêmes. Nous ne prévoyons pas de collecter automatiquement des propos sur internet pour les décomposer en molécules et en atomes à l’insu de leurs auteurs, ni de constituer à partir d’eux des profils de personnes. Le fait qu’un texte soit accessible sur internet ne tranche pas la question du droit de le diffuser plus largement, de l’utiliser pour du profilage ou d’entraîner des modèles sur lui. Nous n’envisagerions l’analyse automatique de propos provenant d’un autre service que si ce service l’autorisait et si chaque auteur dont les propos seraient concernés y avait consenti au préalable. En revanche, chacun peut apporter à la conversation un document ou une déclaration publique et les commenter en renvoyant à la source, dans une mesure appropriée et sans attribuer à leur auteur une approbation de l’analyse. ## 5. Les dossiers, leurs cartes et le récit d’une idée Les molécules forment des ensembles plus vastes. Elles se relient par des relations : justification, réserve, condition, exemple et conséquence prévisible. Nous appelons chaîne une suite de molécules dans laquelle des prémisses mènent à une conclusion ; pour chaque passage, nous enregistrons sur quelle règle il s’appuie, quels présupposés il adopte et où il présente des lacunes. La carte du dossier met en regard les chaînes de différentes personnes, y compris contradictoires entre elles. Dans le dossier des arbres de notre rue, une chaîne peut mener de l’ombre et de la fraîcheur pendant les canicules à la conclusion qu’il vaut la peine de les planter, et une autre, du coût de l’arrosage et des racines sous le trottoir à la conclusion que des arbustes seraient préférables. Lorsque le même mot signifie autre chose pour les interlocuteurs, nous l’enregistrons comme des atomes distincts portant la même étiquette, ce qui fait apparaître immédiatement la source du malentendu. Chaque relation peut être une proposition à vérifier, et la ressemblance des mots aide à chercher des connexions, mais elle ne prouve pas que deux pensées signifient la même chose ni que l’une découle de l’autre. La carte permet de voir rapidement sur quoi porte la conversation et de remonter à tout moment aux propos d’origine. Son résumé, c’est-à-dire la synthèse, montre comment le matériau a été sélectionné, conserve les positions minoritaires importantes et indique quelles données manquent. La synthèse n’a pas à réduire un différend à une seule phrase que tout le monde signera : un différend honnêtement décrit est un fruit de la conversation aussi précieux qu’une solution commune. La carte du dossier s’ouvre calmement : d’abord une conclusion principale avec une brève description de sa solidité, et en dessous quelques chemins de justification au choix. On peut développer celui qui répond à son propre doute, revenir en arrière ou s’arrêter ; le reste de la carte reste à portée de main. Pour chaque conclusion, nous montrons séparément la solidité et l’indépendance des preuves, le degré de justification de la conclusion elle-même et l’étendue de l’accord qu’elle a recueilli. Une conclusion qui recueille l’accord total des participants mais repose sur un seul témoignage non vérifié reste une conclusion faible. L’échelle de ces évaluations reste à élaborer, et nous la vérifierons dans un benchmark ; nous n’ajoutons pas d’incertitude factice aux faits bien établis. Le manifeste (point 5.1) répartit la réflexion commune entre faits, valeurs et hypothèses. Dans Omniforum, cela correspond au marquage de la molécule : porte-t-elle sur quelque chose de vérifiable, sur un besoin ou une valeur, ou sur une hypothèse. La fiche d’idée rassemble ces marquages dans son statut (fonctionne, projet, hypothèse, vision). D’une carte peut naître le récit d’une idée : un guide accessible qui conduit le lecteur pas à pas à travers ce sur quoi porte la question, ce qui a déjà été établi en commun, où se situent les différences, sur quoi elles reposent et ce qui pourrait changer l’évaluation. Un bon récit offre un moment de clôture : on sait ce qui a été établi et où le différend se poursuit. Lorsqu’une nouvelle source apparaît, qu’une condition importante change ou qu’une erreur est mise au jour, la conversation peut être rouverte de façon lisible. Chaque modification reste dans l’historique. La fusion, la division et le retrait de molécules et d’atomes conservent les références et les versions antérieures, si bien qu’il est possible de reconstituer comment la carte a pris sa forme actuelle. Lorsqu’une source change, nous signalons les analyses qui s’appuient sur elle comme devant être revues, au lieu d’en modifier discrètement le sens. Lorsque plusieurs publications reprennent la même information d’origine, nous le signalons, et lorsque la provenance ne peut être établie, nous écrivons qu’elle est indéterminée. La correction d’une source indique les analyses qu’il faut vérifier à nouveau ; elle n’invalide pas automatiquement des conclusions entières ni des interprétations divergentes. ### 5.1. Le dossier comme point de retour vers une question Un dossier est une question ou une problématique à laquelle une personne veut revenir parce qu’elle veut comprendre, comparer ou faire quelque chose avec d’autres. La molécule reste une pensée unique, tandis que le dossier rassemble autour d’un seul besoin de nombreuses molécules, chaînes, sources et documents. Un dossier peut porter sur une question publique, par exemple les arbres de la rue, mais aussi sur une question personnelle, par exemple la manière de se préparer au prochain entretien avec sa banque : on peut y joindre des documents, des réponses antérieures et de nouveaux doutes. Un lien permanent vers le dossier mène à tout ce qui le concerne : la question, le contexte, les sources, les arguments, l’état actuel des connaissances et l’historique des modifications. Pour chaque point, nous indiquons s’il s’agit d’un événement, d’une supposition, d’un choix de valeurs ou d’un plan, à quelle période et à quelles conditions il se rapporte, et sur quoi repose son évaluation. Un vote peut montrer une décision ou les positions des participants, mais ce sont les sources et la vérification qui tranchent la véracité des affirmations, et non le nombre de voix. Enregistrer une question n’est pas encore décider d’agir. Lorsque quelqu’un se charge d’une tâche, nous fixons séparément qui en est responsable, quelle est la prochaine étape et ce que nous attendons. Un report ou un refus laisse une justification et un chemin de retour vers le sujet. Chaque participant choisit lui-même qui voit son dossier : ce sur quoi il travaille en privé dans Suveria reste séparé du contenu qu’il partage consciemment dans Omniforum. Un dossier privé se mène dans Suveria ; il n’arrive dans Omniforum que lorsque l’auteur le partage avec un groupe ou publiquement. Un registre commun des dossiers est une orientation que nous vérifierons dans un projet et un essai distincts. ### 5.2. La fiche d’idée : d’une image de l’avenir à un premier essai Les visions audacieuses sont facilement écartées comme détachées de la réalité, et les plans prudents comme dépourvus de but. La fiche d’idée relie les deux : elle montre où nous voulons arriver et quelle est la prochaine étape. Elle indique le statut de l’idée (« fonctionne », « projet », « hypothèse » ou « vision ») et répond à huit questions : 1. **Qu’est-ce que c’est ?** La définition, les limites de la notion et la manière de reconnaître le résultat attendu. 2. **À quoi cela sert-il ?** Quels besoins satisfait-elle, et pour qui ? Comment protège-t-elle la dignité, et à quoi ressemble la journée ordinaire d’une personne qui en bénéficie ? 3. **Pourquoi ?** Le problème dans le monde d’aujourd’hui, décrit par des faits et des sources. 4. **Comment et avec quoi ?** Le mécanisme, les ressources existantes que l’on peut utiliser au lieu de tout construire de zéro, et la prochaine étape. 5. **Qu’est-ce qui devrait changer ?** Les conditions techniques, juridiques et économiques ainsi que les convictions : celles qui sont communément admises aujourd’hui et celles qui seraient nécessaires. 6. **Quel bilan et quelles autres voies ?** Qui y gagne, qui supporte les coûts et les risques de la transition, quelles sont les alternatives raisonnables. 7. **Quel essai ?** Ce que nous vérifierons en premier, avec la participation des personnes qui en bénéficieront, de celles qui en supporteront les coûts et de celles à qui la solution ne convient pas, et quel résultat nous amènera à changer d’avis. 8. **Quelque chose de semblable s’est-il déjà produit ?** Des transformations qui semblaient autrefois impossibles, avec ce qui les a rendues possibles et les différences par rapport à notre situation. Un exemple semblable montre qu’une telle voie est possible, mais ne prouve pas que nous réussirons. La fiche n’est pas une molécule unique, mais une vue de nombreuses notions, affirmations, sources, conditions et essais reliés entre eux. Les fiches peuvent être reliées en un chemin plus long ; nous montrons alors les ressources et les dépendances communes, et nous vérifions le tronçon choisi dans son ensemble, car la confirmation des différentes parties ne confirme pas encore tout le chemin. Les questions sur le but, la manière et les changements nécessaires correspondent aux trois critères des « utopies réelles » d’Erik Olin Wright : si la solution est souhaitable, si elle peut fonctionner et si l’on peut y parvenir.[^wright] L’historique de la fiche montre comment le pont entre la vision et la réalité a gagné de nouvelles travées. Les premières fiches doivent porter sur les idées du manifeste de la fondation. ### 5.3. Du dossier à l’initiative Lorsque la conversation sur un dossier aboutit à un constat partagé sur ce qu’il vaut la peine de faire, on peut, sur cette base, lancer une initiative, c’est-à-dire une proposition d’action concrète. L’initiative découle de la carte du dossier et de la fiche d’idée ; elle conserve donc les liens vers les molécules, les chaînes et les sources sur lesquelles elle s’appuie. Son noyau est un objectif clairement décrit, des conditions, l’action proposée et une manière de vérifier si celle-ci a produit l’effet attendu. Avant d’être soumise à une décision sur l’argent commun, elle a besoin du chemin vert décrit au point 5.3 du manifeste : un ancrage dans les faits et l’accord de la communauté sur les valeurs qui la fondent. L’initiative passe par des décisions distinctes : d’abord une conversation sur l’objectif et les variantes possibles, puis la décision de savoir si cette version mérite d’être approfondie, ensuite un devis et une évaluation de la faisabilité, et enfin la décision sur la mise en œuvre et la source de financement. L’accord sur l’objectif ne préjuge encore ni du coût, ni des exécutants, ni du délai. Une modification importante de l’objectif, du périmètre ou du budget crée une nouvelle version de l’initiative et relance les décisions qu’elle affecte. Tant que le vote contraignant n’existe pas, ces décisions sont prises par le conseil d’administration après consultations, pendant la phase agile décrite au chapitre 8. Une initiative peut être financée de deux manières. La fondation peut la payer sur le budget commun, selon les règles du [livre blanc sur les principes de fonctionnement de la fondation](whitepaper-zasady-fundacji.md) et toujours en donnant la priorité au Pilier I. Elle peut aussi être ouverte au soutien de donateurs : une personne ou une entreprise qui souhaite que l’initiative voie le jour en couvre le coût total par un versement affecté. Un versement ne donne ni voix supplémentaires ni influence sur les décisions de la fondation. Dans les deux cas, l’initiative est réalisée par la fondation, qui en est responsable ; nous ne prévoyons pas de financer des projets menés par des personnes et des entités extérieures à la fondation. Une initiative retenue pour réalisation a des exécutants responsables, un budget, un délai et des critères de validation. Une fois qu’elle est achevée, nous publions le coût réel, le résultat et les enseignements, y compris lorsque l’essai a échoué. ### 5.4. Questions récurrentes et position commune Les personnes, les équipes et les institutions reçoivent souvent les mêmes questions et les mêmes objections en de nombreux endroits à la fois. Le tableau de bord que nous concevons permet d’y répondre une seule fois, de manière ordonnée : il relie la position validée par l’auteur aux questions, aux arguments et aux sources qu’elle concerne. La vue montre avant tout le contenu et ce qui est nouveau dans les objections, car le nombre de répétitions ne témoigne pas du poids d’une objection. Le module complémentaire décrit au chapitre 4 peut proposer de relier un commentaire à une telle réponse. La correspondance automatique est clairement signalée et peut être corrigée ; l’auteur du commentaire voit à quoi il a été relié et peut signaler : « ma remarque porte sur autre chose ». Un nouvel argument reçoit sa propre place, même s’il ressemble à un argument antérieur. Le fait que l’auteur ait répondu ne signifie pas encore que sa réponse a convaincu ses interlocuteurs. Le tableau de bord ne présente que la position confirmée par l’auteur : une réponse préparée par un modèle doit être validée avant de commencer à le représenter. Toute personne qui suit un fil peut choisir d’être avertie d’une nouvelle réponse. Nous voulons montrer sur le site de la fondation un exemple d’un tel usage, avec une déclaration remontant à plusieurs années et un changement d’avis ultérieur. ### 5.5. Documents vivants et revue publique Nous voulons utiliser les mêmes outils pour les propres documents de la fondation, comme le manifeste et les livres blancs. Ils doivent aider à regrouper les remarques récurrentes, tout en préservant les différences, le contexte et les expériences de leurs auteurs. Nous relions chaque objection à un passage précis du texte, pour que l’on puisse vérifier la réponse, ajouter un nouvel argument et retracer l’origine d’une correction. Ainsi, même une grande vague de critiques peut se transformer en corrections concrètes au lieu d’accabler les auteurs. La version en vigueur d’un document présente la position actuelle de ses auteurs. L’historique conserve les formulations antérieures, les raisons des modifications et les engagements pris, de sorte que les actions peuvent être évaluées au regard de ce qui était déclaré à un moment donné. Une nouvelle rédaction permet de corriger les erreurs, mais ne dégage pas de la responsabilité des décisions antérieures. Nous commençons par notre propre site. Sur novusignis.org, à côté du manifeste et des livres blancs, on peut sélectionner un passage et, d’un seul clic, préparer à notre intention un e-mail contenant une remarque, avec déjà la citation et un lien vers cet endroit. C’est un premier pas simple : le message ne parvient qu’à la fondation et ne donne lieu à aucune conversation publique. À terme, les remarques sur nos documents doivent arriver dans Omniforum, où d’autres pourront les voir et en discuter. Nous consignons dans l’historique du document les remarques qui ont conduit à des modifications. ### 5.6. Le Canon personnel dans la conversation sur les valeurs Le Canon personnel est l’ensemble des principes qu’une personne reconnaît comme siens. Il naît dans l’espace privé de Suveria, et seuls les principes que quelqu’un partage consciemment arrivent dans Omniforum. Nous appelons Principium l’adoption d’un principe comme sien. On peut le faire à chacune des étapes décrites au chapitre 3 : pour une pensée qui vient d’être partagée (Ignis), pendant l’examen par la communauté (Formatio) ou après un constat partagé (Consensus). Un Principium a sa place dans le canon même lorsqu’il reste une opinion dissidente par rapport à la majorité. Les canons peuvent être plus ou moins vastes, s’inclure les uns dans les autres et se recouper partiellement. Outre le canon personnel, il peut exister le canon d’une communauté ou une description des principes d’une tradition déterminée, et leur mise en regard montre où ils se rejoignent et où il n’y a pas d’accord. Nous distinguons les principes adoptés comme point de départ des conclusions dont on voit les prémisses et la chaîne de raisonnement. L’absence de justification ou un passage contesté ne raye pas un principe ; ils indiquent seulement un endroit où poursuivre la réflexion. Les faits sur lesquels repose un principe proviennent de la carte et de ses sources ; l’adoption dans un canon ne préjuge pas de leur véracité. Le canon ne sert pas à juger les personnes. Il peut en revanche avoir un niveau d’élaboration descriptif : embryonnaire (il contient au moins un Principium adopté consciemment), décrit (on sait ce qu’il adopte précisément et ce qu’il ne tranche pas encore), ancré (ses principes sont reliés à une carte du dossier et leur provenance est visible) ou analysé (ses justifications, ses contre-arguments et les tensions entre ses principes ont été examinés). Nous montrons séparément dans quelle mesure les principes font l’objet d’un constat partagé. Une version déterminée d’un canon peut être signalée comme publiquement mûre selon une liste transparente de conditions : lorsqu’elle est analysée, que ses principes font l’objet d’un constat partagé et que leur cohérence mutuelle a été vérifiée ; ce statut reste ouvert à révision. Avec ce signalement, nous indiquons la version du canon, la communauté qui l’a évaluée, la date et l’étendue de l’accord. Le niveau du canon aide à trouver des endroits où poursuivre la réflexion, mais il n’évalue pas son auteur et n’a aucune incidence sur le droit d’adopter des principes, de prendre part à la conversation ou au vote. ## 6. Un nouveau média d’explication et de conversation De même que YouTube a donné naissance aux youtubeurs et les podcasts aux podcasteurs, Omniforum peut donner naissance à un nouveau groupe de créateurs. C’est sans doute à ces personnes elles-mêmes qu’il reviendra de choisir leur nom ; ce sont des personnes qui ne se contentent pas de parler du monde, mais qui conduisent les spectateurs à travers un dossier pas à pas, des sources aux arguments, jusqu’à l’endroit où commence le différend. Leur travail ne s’arrête pas à la publication. Chaque étape d’une telle explication est reliée à des molécules et à des sources, si bien que le spectateur peut s’arrêter à n’importe quel endroit, vérifier d’où l’on sait quelque chose et rejoindre la conversation. Ce média est par nature une conversation. Une réponse ne s’ajoute pas à la fin d’une longue liste de commentaires, mais à l’endroit exact qu’elle concerne : à une molécule précise, à un passage d’une chaîne ou à une source. Autour d’un tel endroit peut se dérouler un microdébat, c’est-à-dire un échange d’arguments court et ordonné, qui se termine par un état lisible : établi, contesté ou données manquantes. Le créateur peut y répondre, corriger son explication ou indiquer honnêtement sur quel point il n’est pas d’accord, et le spectateur voit le récit avec les réponses apportées à chaque étape. Chacun peut aussi vérifier comment ses propres opinions résistent à la rencontre avec les arguments des autres : d’abord en privé dans Suveria, puis, s’il le souhaite, publiquement. De telles explications peuvent prendre différentes formes. Un canal éditorial peut préparer un parcours de lecture d’un traité, d’un projet de loi, d’un contrat ou d’une déclaration publique et en montrer les arguments ainsi que les conséquences possibles. À partir d’une carte du dossier bien organisée peuvent naître des récits animés et accessibles, avec la voix d’un narrateur. Comme ils reposent sur des molécules et des atomes reliés entre eux, et non sur des enregistrements figés, un récit peut être mis à jour au fil des nouvelles preuves et traduit dans d’autres langues ; nous voulons vérifier ensemble la fidélité des traductions, et chaque fragment du récit mène à sa source. Le lecteur peut aussi comparer plusieurs analyses du même matériau. C’est la communauté qui décidera quand développer les récits animés, conformément au point 6.3 du manifeste. Une bonne explication distingue ce qui est écrit dans un document de son interprétation, des présupposés d’une prévision et d’une appréciation. Pour les documents juridiques, elle indique le statut du texte et sa date, car une explication, même très populaire, ne devient pas par sa publication une interprétation contraignante du droit. Lorsque l’intelligence numérique suggère des conséquences possibles, chaque suggestion renvoie à une justification et est soumise à la vérification d’un être humain. Ce média obéit à quelques règles simples : les sources sont toujours visibles, la correction est facile, chacun a un droit de réponse, les conflits d’intérêts sont signalés, et les différentes analyses d’un même dossier peuvent être comparées. Nous apprécions non seulement les auteurs des récits les plus visibles, mais aussi les personnes qui améliorent les connexions entre les pensées, les traductions et l’accessibilité, ou qui rétablissent une perspective négligée. La portée d’un créateur et le soutien qu’il reçoit des spectateurs ne prouvent pas qu’il a raison. L’ordre dans lequel nous affichons les contenus obéit à des règles publiques et peut être modifié. Nous voulons essayer plusieurs ordres de ce type : chronologique, par question, selon l’apport documenté, c’est-à-dire ce qu’une entrée apporte à la carte et ce sur quoi elle s’appuie, et non le nombre d’entrées de son auteur, et selon la reconnaissance dans différents groupes d’opinion. Dans ce dernier, nous plaçons un argument plus haut lorsqu’il est accepté par des personnes qui, sur d’autres questions, jugent différemment. Les groupes d’opinion sont calculés par le système à partir des seules évaluations : personne ne les choisit ni ne les nomme, personne n’en fait partie et personne ne les gère. Ainsi, mille comptes qui évaluent de la même manière ne pourront faire monter aucun contenu que personne d’autre qu’eux ne reconnaît. L’efficacité de cet ordre a été évaluée jusqu’ici avec des centaines et des milliers de participants (Polis, Community Notes) ; nous l’essaierons donc lorsqu’un dossier aura réuni autant d’évaluations. Les contributions de la boîte aux lettres ouverte, apportées sans compte et sans parrainage, sont affichées dans une couche distincte, que chacun peut choisir, et, dans chaque ordre, après les contributions provenant d’un compte ou parrainées (point 8.1). Plusieurs ordres côte à côte doivent faire en sorte que tout l’espace ne dépende pas d’un seul classement de popularité. Nous voulons que l’audience aille à ce qui éclaire un dossier, et non à ce qui suscite le plus d’émotions. Au premier plan, nous montrons le contenu et la source avec sa date. Nous ne tenons ni compteurs publics d’apports ni classements de personnes, car ils encouragent la course et l’inondation de la carte, y compris par des bots ; l’historique des ajouts et des modifications reste accessible. Pour une nouvelle pensée, on peut retracer comment elle est née de la collaboration entre un être humain et un modèle, dans la mesure que l’auteur décide de montrer. ## 7. Vie privée, citations et corrections Chaque pensée peut se trouver dans l’un de trois lieux : dans l’espace privé de Suveria, dans un groupe que l’on a soi-même choisi, ou publiquement dans Omniforum. Le groupe que l’on choisit soi-même détermine qui voit le contenu ; ce n’est pas un groupe d’opinion au sens du chapitre 6. Chacun de ces lieux a ses propres droits d’accès, et le passage d’une pensée plus loin, par exemple de Suveria à Omniforum, exige toujours une confirmation explicite. Nous limitons les données concernant d’autres personnes à ce qui est réellement nécessaire dans le dossier en question. Aucun compte n’est nécessaire pour lire, et l’on peut aussi prendre la parole dans une conversation sans compte (point 8.1). Toute personne qui publie depuis un compte peut le tenir sous un pseudonyme permanent. L’auteur d’une publication répond de son contenu, et pour une contribution apportée par parrainage, la personne qui l’a apportée en répond également ; nous décrirons avant le lancement les obligations de la fondation en tant qu’opérateur face aux signalements. Les contributions originales, les citations, les commentaires et les analyses préparées par un modèle peuvent avoir des conditions d’utilisation différentes. C’est pourquoi, pour chaque contenu, nous enregistrons d’où vient le droit de l’utiliser et quelles en sont les limites, au lieu d’attribuer à l’ensemble une licence unique, simple en apparence. Un changement de visibilité, par exemple de privé à public, ne remplace pas la vérification de notre droit sur le contenu. Les personnes ont droit à la vie privée aussi lorsque quelqu’un d’autre les cite. Si quelqu’un attribue des propos à une personne sans source publique, par exemple à partir d’une conversation privée, la personne présentée comme leur auteur peut le signaler. L’absence de source publique peut être signalée par n’importe qui, sans révéler son identité. Jusqu’à ce que la situation soit éclaircie, ces propos ne sont pas visibles publiquement. S’il s’avère qu’ils sont inventés ou qu’ils proviennent d’une conversation privée sans le consentement de cette personne, nous en restreignons l’accès. Nous n’exigeons la confirmation que le signalement émane vraiment de la personne concernée que lorsque celle-ci veut corriger les mots qui lui sont attribués, afin que personne ne puisse corriger les mots d’autrui. Il en va autrement des propos qui ont une source publique, par exemple un article ou un enregistrement datant de plusieurs années. L’original demeure, car on répond de ses paroles publiques et celles-ci peuvent être discutées. L’auteur peut toutefois y ajouter un rectificatif ou sa position actuelle, et le lecteur verra les deux versions côte à côte : ce que quelqu’un a dit alors et ce qu’il pense maintenant. À la demande du lecteur, le module complémentaire du chapitre 4 peut afficher une telle position actuelle aussi à côté d’une citation dans un article hors d’Omniforum. Le droit de changer d’avis n’efface pas l’histoire, mais permet de la compléter. Un modèle peut évaluer ouvertement un dossier autrement que la position commune. Il montre alors le fondement de cette différence et vérifie si un tel argument figure déjà sur la carte. S’il n’y figure pas, il propose une entrée signalée comme proposition du modèle à vérifier ; ni sa publication ni des déclarations semblables d’autres modèles ne constituent une preuve ni un accord de la communauté. Lorsque quelqu’un retire son contenu, nous le supprimons ou en restreignons l’accès dans les systèmes que nous contrôlons, et nous signalons les analyses qui s’appuyaient sur lui. Nous ne promettons cependant pas qu’il disparaîtra partout : les copies publiques, les jeux de données diffusés et les modèles déjà entraînés exigent un examen distinct. Nous fixons les règles juridiques et techniques avant de commencer à collecter des contenus. Ni un pseudonyme ni un condensat cryptographique ne rendent à eux seuls les données anonymes.[^rodo-2026] ### 7.1. Le carnet privé dans Suveria et la publication consciente Nous conservons les contenus privés selon les règles du [livre blanc de Suveria](whitepaper-suveria.md) : avant tout sur les appareils de l’utilisateur, dans des conteneurs chiffrés, avec une copie chiffrée facultative sur le serveur. Seul ce que quelqu’un choisit consciemment arrive dans Omniforum. Une pensée mûrie dans l’atelier privé de Suveria se publie directement, sans l’atelier Ignis décrit au chapitre 3 ; le manifeste appelle le moment même de la publication Cérémonie Ignis. Après la publication s’appliquent les règles de l’espace public ou du groupe choisi, et la conservation privée de l’original ne donne aucun contrôle sur les copies qui ont déjà pu être faites. ### 7.2. La portabilité de ses travaux et OmniAPI Nous voulons développer Omniforum comme bien public numérique : avec un code, une documentation et des formats de données ouverts, en tenant compte du standard de la Digital Public Goods Alliance.[^dpga] Grâce à OmniAPI, d’autres programmes peuvent lire et échanger des contenus choisis, mais uniquement avec le consentement des personnes à qui ils appartiennent. Le fait que la documentation de l’interface soit publique n’ouvre pas l’accès aux données privées. Chacun peut emporter ses travaux vers un autre outil. Le paquet de portabilité contient les contributions originales avec leurs versions, les passages désignés, les molécules, les atomes avec leurs étiquettes et les relations entre eux, l’indication des auteurs, les sources, l’information sur les interprétations que l’auteur a confirmées, ainsi que les conditions d’utilisation. Grâce aux identifiants et à l’historique des modifications, les mêmes éléments peuvent être reconnus après l’import, et l’autre outil devrait afficher la contribution originale à côté de la molécule qui en a été extraite, de sa source et de son statut de confirmation. Les conditions d’utilisation enregistrées disent ce qui est permis, mais elles n’obligeront pas un destinataire extérieur à les respecter. L’export privé, la publication, le partage à des fins de recherche et le partage pour l’entraînement de modèles sont quatre décisions distinctes. ### 7.3. Sources et pièces jointes dans une conversation publique Les enregistrements volumineux n’ont pas à être conservés dans Omniforum. Nous gardons séparément la carte du dossier et les descriptions des sources, et une vidéo ou un enregistrement peut rester chez son fournisseur. La référence retient alors l’adresse, l’auteur, la date de consultation et le segment pertinent de l’enregistrement, et à côté d’elle on voit clairement que nous dépendons du maintien du contenu par le fournisseur et de ses règles. Les contenus que nous avons le droit de conserver, nous pouvons les garder dans l’extrait nécessaire, sous forme de copie source ou d’image légère accompagnée d’une version texte. Pour chacun, nous enregistrons la provenance, le fondement de l’utilisation, la version et le condensat cryptographique, c’est-à-dire une sorte d’empreinte digitale du fichier, qui permet de détecter que le fichier a changé. Le condensat confirme seulement que le fichier est le même, et non que son contenu est fiable. Lorsqu’une source change ou disparaît, cela se voit à côté des affirmations qui s’appuient sur elle. Nous choisirons les formats, les limites et les durées de conservation de manière qu’ils soient utiles, accessibles, conformes aux droits sur les contenus et finançables. Avant la publication, chacun peut vérifier quelles copies seront créées et comment nous traitons les corrections et les demandes de suppression. Ces règles concernent l’acquis public et sont distinctes des conteneurs privés et chiffrés de Suveria. Les conditions dans lesquelles nous conservons des copies des sources et en mettons des extraits à la disposition d’autres applications par OmniAPI, nous les décrirons avant le lancement, dans le respect du droit d’auteur. ### 7.4. Abus et contenus illicites Une conversation ouverte à tous a besoin de règles publiques. Dans un premier temps, Omniforum sera accessible sur invitation, et chaque invitation aura un auteur visible. Personne ne valide les contributions avant leur publication. La modération intervient après la publication, selon une liste courte et publique de motifs : spam, harcèlement, usurpation d’identité, déformation organisée des cartes, données de tiers sans leur consentement et contenus illicites. Nous publierons les règles de modération et de limitation des abus avant le premier dossier, et non seulement lors du premier différend. Tant que les modérateurs sont des bénévoles, leur liste est publique. Chacun pourra signaler un contenu illicite. Chaque restriction, par exemple un masquage ou une suppression, a un auteur de la décision, une justification et une voie de recours, conformément au règlement européen sur les services numériques. La justification est enregistrée et visible par l’auteur de la contribution ainsi que dans un journal public, et le recours est examiné par une personne étrangère à l’affaire, autre que celle qui a imposé la restriction. La détection automatique peut seulement signaler des contenus suspects, et c’est un être humain qui prend la décision. Nous masquons aussi les contenus illicites dans l’historique des versions, en laissant une trace visible indiquant qu’ils ont été masqués et pourquoi. Avant le lancement public des services, nous vérifierons et remplirons les obligations de l’opérateur : analyse d’impact relative à la protection des données, procédure de signalement des contenus et point de contact au titre du règlement sur les services numériques, information des personnes sur le fait qu’elles conversent avec un système et marquage des contenus préparés par un modèle au titre du règlement sur l’intelligence artificielle, conditions générales prévoyant le droit de rétractation et gestion de la TVA. Nous publions les résultats dans le journal des décisions. ## 8. Décisions communes et votes Ce chapitre traite de la manière de prendre des décisions ensemble et de construire un vote digne de confiance. C’est l’une des parties les plus difficiles de tout le projet ; nous écrivons donc ouvertement ce qui semble à portée de main et ce sur quoi nous devrons travailler longtemps. Certaines choses sont à notre portée dès le début : une conversation ouverte à chacun, des consultations sans vérification des participants, des règles publiques annoncées avant le vote et un journal des décisions avec leurs justifications. Plus difficiles sont trois questions qui se limitent mutuellement. Premièrement, chaque personne habilitée devrait disposer d’exactement une voix, mais nous ne voulons pas, à cette fin, collecter de données biométriques ni créer de base centrale d’identités. Deuxièmement, le choix doit rester secret, et en même temps chacun devrait pouvoir vérifier que sa voix a été comptée, et cela sans preuve qui permettrait à quelqu’un d’autre de connaître son choix. Troisièmement, le vote doit être accessible aux personnes du monde entier, y compris à celles qui n’ont pas de document commode, et chaque voie d’accès supplémentaire ouvre aussi une voie aux abus. S’y ajoutent la pression et l’achat de voix, ainsi que la question de savoir à partir de quand un résultat peut réellement lier la fondation. Nous examinons ces questions l’une après l’autre : - qui peut converser et qui peut voter (8.1) ; - ce qu’apportent les preuves à divulgation nulle de connaissance, et ce qu’elles n’apportent pas (8.2) ; - par quelles voies on peut obtenir le droit de vote (8.3) ; - qui tranche dans les questions difficiles (8.4) ; - à partir de quand le vote est contraignant (8.5) ; - comment se protéger contre la contrainte et l’achat de voix (8.6) ; - quand un résultat peut être suspendu et comment nous traitons les personnes que le système ne sert pas (8.7). Quelle que soit la manière dont nous résoudrons ces dilemmes, quelques principes s’appliquent toujours. Une conversation organisée prépare une décision, mais ne la remplace pas : publier une pensée, confirmer son sens, soutenir une idée et voter sur une dépense sont des étapes distinctes. Avant chaque vote, nous annonçons la question, la liste des personnes habilitées, l’échéance, les règles de modification du vote, le mode de calcul du résultat et le seuil de validité, ainsi que ce qui se passe en cas d’abstention, d’égalité ou de panne, et comment on peut faire appel. L’absence de vote ne vaut pas accord. Une proposition de dépense exige le chemin vert décrit au point 5.3 du manifeste, et nous fixons à l’avance le seuil d’accord en fonction de l’importance de la question, de l’ampleur de la dépense et de la réversibilité des effets. À côté du résultat global, nous montrons comment la question est évaluée par les chercheurs et les praticiens du domaine concerné et par les personnes qui en ressentiront les effets, sur la base d’informations que les participants choisissent eux-mêmes de fournir, séparément du vote secret et seulement par groupes assez grands pour qu’on ne puisse deviner le choix de personne. Les personnes qui ont moins de temps reçoivent les sources et une synthèse lisible suffisamment tôt pour avoir le temps d’en prendre connaissance. La question soumise au vote découle d’une initiative (5.3) : elle est proposée par l’auteur de la proposition, et la formulation de la fiche est ouverte aux remarques pendant une durée annoncée. Nous annonçons à l’avance le seuil de soutien nécessaire pour organiser le vote. ### 8.1. Une conversation pour chacun, un vote contraignant après adhésion Dans Omniforum, chacun peut prendre la parole, apporter des arguments et décrire comment une décision affectera sa vie, même sans avoir aucun lien avec la fondation. Un argument nouveau et pertinent peut faire avancer une conversation, quelle que soit la personne qui l’a apporté. Chacun peut aussi participer aux consultations, c’est-à-dire à des demandes d’avis sans vérification des participants. Une consultation montre ce que pensent les participants, mais ce n’est pas un vote au sens des statuts de la fondation, qui exigent pour les votes la confirmation de l’unicité de chaque votant (§ 8, alinéa 2). Sans vérification, son résultat peut être faussé par le fait que quelqu’un possède plusieurs comptes ; c’est pourquoi nous le traitons comme une voix dans la conversation, et non comme une mesure. Toute personne qui veut voter de manière contraignante sur les ressources communes adhère volontairement et gratuitement à la communauté décisionnelle selon des critères publics : elle déclare vouloir y participer et obtient une habilitation par la voie de vérification de son choix. Chacun peut lire, sans compte. Il existe trois manières de prendre la parole dans une conversation. Depuis un compte : la contribution a alors un auteur, et le compte est soumis à une limite de fréquence publique. Sans compte, par le parrainage d’une contribution : un participant disposant d’un compte apporte la contribution d’une autre personne, apparaît à côté d’elle comme la personne qui l’a apportée et en répond comme de la sienne ; l’auteur reste sans compte et peut être signé d’un prénom ou pas du tout. Sans compte, par la boîte aux lettres ouverte : la contribution arrive dans la couche « sans parrainage », visible par toute personne qui la choisit, et placée dans l’ordre d’affichage après les contributions parrainées ; tout participant disposant d’un compte peut la parrainer d’un seul geste et la faire entrer dans la conversation. La boîte aux lettres ouverte est soumise à une limite de fréquence et, lorsqu’elle est submergée par du spam automatisé, elle peut être fermée temporairement, ce que nous annonçons avec la date et le motif. Nous n’utilisons pas de CAPTCHA et ne validons pas les contributions avant leur publication. Aucune des voies sans compte ne donne le droit de vote lors d’un scrutin. Dans un premier temps, quand Omniforum est accessible sur invitation (point 7.4), on peut prendre la parole sans compte par le parrainage d’une contribution ; nous mettrons en service la boîte aux lettres ouverte lorsque nous ouvrirons Omniforum plus largement. Les deux voies sans compte sont un projet que nous vérifierons lors du premier essai. On peut créer un compte de plusieurs manières, de la plus privée (une clé sur son propre appareil, sans adresse e-mail) à la plus pratique (connexion par un fournisseur externe). Pour chaque manière, nous indiquons avant le choix qui, en dehors de la fondation, apprend la création du compte et quelles données il voit, ainsi que ce qui se passe si ce fournisseur disparaît. La manière de créer un compte n’a pas d’incidence sur les droits du participant ; le droit de vote est un certificat distinct ajouté au compte. Nous œuvrons pour que chaque personne dispose d’une voix effective et que son choix reste secret. Pour chaque voie admise, ainsi que pour leurs combinaisons, nous décrivons comment elle est sécurisée et quelles sont ses limites connues. Personne ne reçoit davantage de voix en échange d’un versement, de sa fortune, de la fonction exercée ou du nombre de tâches accomplies. Si nous n’admettons pas quelqu’un, nous indiquons la justification et la voie de recours. ### 8.2. Ce qu’apportent les preuves à divulgation nulle de connaissance Les preuves à divulgation nulle de connaissance permettent de démontrer que quelqu’un appartient au groupe des personnes habilitées sans révéler son identité. Dans le protocole Semaphore, elles permettent aussi de détecter qu’une même habilitation a été utilisée une seconde fois dans un même vote.[^semaphore] Elles ne vérifieront toutefois pas si une même personne n’a pas reçu deux habilitations différentes : c’est à la voie de vérification d’y veiller. La confidentialité de l’ensemble du vote dépend aussi de l’inscription, de l’application, de l’appareil, des métadonnées et du mode de dépouillement, et pas seulement de la preuve elle-même. Nous concevons un moyen permettant à chacun de vérifier que sa voix a été comptée, sans que naisse au passage une preuve dans laquelle quelqu’un d’autre pourrait lire son choix. Aucune solution technique isolée ne remplacera la vérification de l’ensemble du processus. ### 8.3. Les voies vers le vote contraignant Nous concevons plusieurs voies d’accès au droit de vote, et aucune n’exige de biométrie. La première s’appuie sur un document d’État doté d’une puce ou sur un portefeuille d’identité numérique, à condition que le système choisi permette de confirmer l’habilitation sans transmettre de données protégées à la fondation. Nous voulons étudier la lecture de la puce d’un passeport ou d’une carte d’identité directement sur un téléphone : l’application vérifie la signature de l’État et crée sur l’appareil une preuve à divulgation nulle de connaissance, sans se connecter aux serveurs des administrations et sans transmettre de données personnelles à la fondation. Le document ne sert jamais à se connecter ni à déchiffrer des données dans Suveria, et la réponse du système ne révèle pas à un tiers si un document donné a déjà été utilisé. Il reste à vérifier si les portefeuilles d’identité numérique donneront à la fondation un pseudonyme permanent attribué à elle seule, impossible à relier à d’autres services ; seul un tel pseudonyme permet de détecter une seconde inscription de la même personne. Sans une telle possibilité, ou sans une preuve produite sur le téléphone de l’utilisateur, nous ne fonderons pas sur eux le vote contraignant. La première voie officielle d’accès au droit de vote doit être le portefeuille européen d’identité numérique, car il permet de confirmer l’habilitation à distance, depuis chez soi, sans transmettre de données protégées à la fondation. Cela signifie qu’au début, seules les personnes qui possèdent un tel portefeuille pourront voter de manière contraignante, c’est-à-dire les habitants des États de l’Union, à mesure que ces États les mettent à disposition. Pour les personnes d’autres pays, la conversation et les consultations sont ouvertes d’emblée, et nous ajouterons une voie d’accès au vote lorsque nous aurons trouvé un moyen sans biométrie et sans base centrale ; d’ici là, nous disons clairement que la communauté décisionnelle n’est pas encore mondiale. La lecture de la puce d’un document sur un téléphone, décrite plus haut, est une autre voie que nous voulons étudier. Là où c’est possible, nous dérivons le marqueur à usage unique de l’habilitation à partir de l’identifiant permanent de la personne, et non du numéro du document, afin qu’un nouveau passeport, une nouvelle carte d’identité ou un nouveau portefeuille de la même personne ne donnent pas une voix supplémentaire. Tous les documents ne contiennent pas un tel identifiant, et un numéro dont l’ensemble des valeurs possibles est restreint, comme le PESEL polonais, pourrait être deviné en essayant toutes les possibilités. C’est pourquoi le marqueur doit dépendre aussi d’un élément secret réparti entre des parties indépendantes, ou s’appuyer sur la signature de la puce elle-même ; nous en tenons compte dans le modèle de menaces avant de choisir une technologie. Le marqueur ne doit fonctionner que dans un contexte d’inscription et une période déterminés : il permet de détecter que quelqu’un s’inscrit une seconde fois, mais il ne révèle ni l’identifiant permanent ni un condensat de celui-ci facile à deviner, ne peut pas servir d’identifiant commun à différents services et ne permet pas de relier une personne à son vote. Pour la solution retenue, nous vérifierons qui pourrait reconnaître une personne ou relier ses activités, et ce qui se passe en cas de réutilisation du même document, de son renouvellement, de changement de portefeuille, de nouvelle délivrance du certificat et de récupération de l’accès. La deuxième voie consiste en des rencontres en personne, organisées simultanément en de nombreux lieux. Leurs règles doivent rendre difficile, pour une même personne, l’obtention de plusieurs habilitations au cours du même cycle et permettre de vérifier si les organisateurs délivrent des habilitations à des personnes réellement venues. Nous examinons aussi ce qui entrave la participation des personnes pour qui il est difficile de se rendre à une rencontre. La combinaison des voies laisse subsister le risque qu’une même personne obtienne des habilitations supplémentaires, par exemple en ayant plusieurs nationalités ou en utilisant à la fois un document et une rencontre. Au début, nous acceptons ce risque en connaissance de cause, afin que le plus grand nombre possible de personnes puissent se joindre sans biométrie et, avec le temps, grâce à de nouvelles voies, aussi des personnes extérieures à l’Union. L’objectif reste un système unifié dans lequel une personne a une voix, et nous y tendons. Nous choisissons des voies qui doivent faire en sorte que chaque habilitation supplémentaire exige plus de temps, d’efforts et d’argent que la simple création de comptes sur internet. Nous évaluerons lors des essais si cette barrière fonctionne et ce que l’accessibilité y gagne ; c’est pourquoi nous n’indiquons pas à l’avance combien de voix supplémentaires peuvent apparaître. Avant que les résultats ne deviennent contraignants, nous montrerons aux participants les limites connues, les résultats des essais et les règles de réaction aux abus, et nous adapterons le périmètre des décisions à cette évaluation. Les parrainages, les invitations et les tests en ligne ne donnent pas à eux seuls le droit au vote contraignant ; ils suffisent pour la conversation et les consultations. Nous publions des données agrégées sur la fréquence d’utilisation de chacune des voies et sur ce qu’a révélé leur vérification, tout en protégeant la vie privée. Le nombre de certificats délivrés ne dit cependant pas combien il y a de personnes uniques. Nous examinons aussi pourquoi abandonnent les personnes qui n’ont pas réussi à entrer dans le registre. Tout ce qui est nécessaire pour voter est gratuit. La partie gratuite de Suveria suffit pour conserver le certificat ; il n’est nécessaire ni de verser de l’argent ni d’utiliser des fonctions payantes. Chacun conserve son certificat de droit de vote dans son propre espace privé de Suveria, séparé du bulletin de vote et des contenus privés. Avant chaque décision, nous annonçons quand nous clôturons le registre et depuis combien de temps il faut détenir une habilitation pour pouvoir voter. Cela rend plus difficile l’ajout soudain de participants juste avant un vote, sans toutefois protéger contre des habilitations préparées longtemps à l’avance. Toute personne qui récupère son accès conserve son ancienneté et une seule habilitation effective. Avant de voter, chacun voit une synthèse courte et accessible des principales positions, objections et sources, et peut entrer dans la carte complète du dossier. La synthèse montre le périmètre de la décision, les principaux constats, les sources, les différences d’appréciation importantes et les limites des connaissances, et chaque point peut être développé. Elle doit permettre de décider en ayant nommé l’incertitude, et non promettre un résultat juste. Nous publions la synthèse à l’avance, et les parties à un différend peuvent signaler que leur position a été omise ou déformée ; nous affichons alors à côté leur propre présentation succincte. C’est une aide à un choix éclairé, et non un examen ni un contrôle de compréhension ; chacun peut voir d’où vient la synthèse et dans quelle version elle se trouve, et signaler une perspective négligée. ### 8.4. Qui tranche dans les questions difficiles Dans les questions difficiles, nous proposons trois étapes. D’abord, une carte du dossier ouverte dans Omniforum, à laquelle chacun peut prendre part. Ensuite, une assemblée consultative tirée au sort : un groupe de personnes désignées par tirage au sort, qui reçoit du temps, de la documentation et la possibilité de s’entretenir avec les auteurs des propositions. Enfin, toutes les personnes habilitées votent. Nous tirons au sort dans le registre des personnes habilitées, en recourant à un aléa public que chacun peut vérifier. Si l’assemblée elle-même devait prendre des décisions contraignantes, elle aurait besoin pour cela d’un mandat distinct et limité. Nous pouvons aussi recourir à un échantillon aléatoire pour des sondages consultatifs. Les volontaires qui se présentent d’eux-mêmes ne forment pas un échantillon représentatif, et le tirage au sort dans le registre montre l’opinion de cette communauté, et non celle de toute l’humanité. Nous tenons compte aussi des personnes qui ont refusé de participer. ### 8.5. À partir de quand le vote est contraignant Le vote acquerra progressivement force contraignante. Nous commencerons par des essais sans conséquences financières, puis nous passerons à de véritables décisions portant sur une petite enveloppe distincte et sur des actions réversibles, et nous n’élargirons le périmètre qu’après avoir vérifié les résultats et les garde-fous. Les premières consultations seront un essai, sans conséquences sur le fonctionnement de la fondation, et leur thème sera choisi par les participants invités. Avant le premier essai avec de l’argent réel, nous annonçons le montant maximal qu’il concerne, le résultat qui y met fin et une voie de recours contre la suspension d’un résultat auprès de personnes indépendantes du conseil d’administration. Environ un millier de personnes vérifiées est l’échelle à laquelle nous voulons tester l’inscription et le traitement des erreurs ; un tel nombre ne prouve pas encore que les participants sont uniques ni qu’ils représentent une communauté plus large. Avant qu’une nouvelle étape ne devienne contraignante, nous annonçons aux participants le périmètre des décisions, les limites, les seuils, la manière de formuler des objections et la façon dont nous mettrons en œuvre le résultat, et le système passe des tests d’inscription, de dépouillement, de récupération des habilitations et de résistance aux abus. Nous vérifions aussi si le périmètre des décisions est conforme aux statuts en vigueur et à la loi, et nous établissons qui mettra en œuvre le résultat et comment. Pour qu’un résultat lie formellement la fondation, une modification des statuts est nécessaire ; elle est décrite dans le registre des modifications des statuts sous la référence Z4 (votes et consultations, § 8 des statuts). Tant qu’un essai ne confirme pas l’unicité de chaque votant, nous l’appelons consultation, et non vote au sens du § 8, alinéa 2, des statuts. Nous évaluons si les votants sont des personnes uniques séparément de la question de savoir si nous avons correctement compté les certificats. D’ici là, la fondation fonctionne dans la phase agile décrite dans le [livre blanc sur les principes de fonctionnement de la fondation](whitepaper-zasady-fundacji.md) : les résultats des votes et des consultations sont formellement consultatifs, et le conseil d’administration progresse vers des décisions contraignantes de la communauté à travers des essais successifs, dans lesquels il annonce à l’avance dans quelle mesure il mettra en œuvre le résultat, et après chacun desquels il publie un bilan. Le lancement complet des piliers suivants (II : plans ouverts d’objets durables, III : contact avec la nature) exige toujours la réunion des trois conditions du point 6.3 du manifeste : un vote qui garantit une seule voix effective par personne, des fonds pour six mois d’entretien de Suveria et d’Omniforum, et une décision de la communauté. Nous ne considérerons la première d’entre elles, une seule voix effective pour chaque personne habilitée, comme remplie que lorsque les voies qui admettent des voix supplémentaires auront été remplacées par un système unifié dans lequel une personne a une voix, et que les essais l’auront confirmé. Cela peut prendre longtemps, et nous le disons clairement. ### 8.6. La contrainte et l’achat de voix Nous voulons que chacun puisse modifier son choix jusqu’à la fin du vote, et que ce soit le dernier vote valide exprimé conformément aux règles qui compte. Cela peut rendre l’achat de voix plus difficile : celui qui a payé ou exercé une pression ne sait pas si le votant n’a pas changé d’avis ensuite, et ne peut pas le vérifier. Pour que cela fonctionne, tout le protocole doit être construit en conséquence ; un simple bouton de modification du vote ne suffit pas. L’un des modèles est le protocole MACI, mais il repose sur ses propres présupposés : le coordinateur peut déchiffrer les votes individuels, et la résistance à la collusion dépend de son honnêteté.[^maci] Si nous fondions le vote sur un modèle semblable, une clé répartie entre des parties indépendantes remplacerait le coordinateur unique, de sorte que la fondation seule ne puisse pas lire un vote individuel. Cela ne protégera pas contre quelqu’un qui contrôle l’appareil, l’habilitation ou le votant lui-même jusqu’à la clôture du vote ; nous tenons compte de telles situations dans les tests et dans la description des limites. Nous vérifions aussi si un vote ne peut pas être relié à une personne par les métadonnées, et ce qui se passe lorsque quelqu’un perd son appareil. ### 8.7. La suspension d’un résultat et l’épreuve de la dignité Le conseil d’administration ne peut suspendre la mise en œuvre d’un résultat que pour des motifs annoncés avant le vote, par exemple lorsqu’il détecte une erreur dans le protocole, un abus documenté à grande échelle ou une panne de l’infrastructure. Chaque suspension est assortie d’une justification publique et d’une date de réexamen. Sans ces conditions, l’annonce d’un vote contraignant laisserait au conseil d’administration un droit de veto discrétionnaire, ce que nous ne voulons pas. L’épreuve la plus difficile pour l’ensemble du système est la manière dont il traite une personne qui ne dispose pas d’un document facile à utiliser pour s’inscrire, qui a été rejetée à tort ou qui formule une critique dérangeante. Un refus d’inscription n’est jamais définitif ni pris de manière uniquement automatique : chacun peut le contester devant des personnes indépendantes de l’affaire, dans le respect de la vie privée. Personne ne perd le droit de vote en raison de ses opinions ou pour avoir critiqué la fondation et le conseil d’administration. Toute personne qui ne peut emprunter aucune voie vers le vote contraignant continue de participer pleinement à la conversation et aux consultations, et nous continuons à chercher pour elle de nouvelles voies. Dans le journal des décisions, nous consignons les options envisagées, les raisons du choix, les opinions dissidentes, le budget et les effets ultérieurs, et les enseignements qui en découlent reviennent sur la carte du dossier. Qui est responsable de quoi dans la mise en œuvre des décisions et dans les questions juridiques, c’est ce que décrit le [livre blanc sur les principes de fonctionnement de la fondation](whitepaper-zasady-fundacji.md). ## 9. Comment nous vérifierons si Omniforum aide Tout ce que nous avons décrit plus haut est un projet. Avant de construire l’ensemble, nous voulons vérifier à petits pas si Omniforum aide vraiment les gens à mieux se comprendre. Nous commençons par l’usage le plus simple, et nous n’ajoutons les suivants que lorsque le précédent a fait ses preuves. La première étape est un parcours complet d’une seule pensée. Quelqu’un saisit son propre texte, l’intelligence numérique propose comment le décomposer en molécules et en atomes, l’auteur corrige ce qui a été mal compris et enregistre le résultat avec sa source. Plus tard, l’auteur y revient, ouvre l’enregistrement et s’en sert dans une autre conversation. Nous vérifions si rien ne s’est perdu en chemin : la formulation exacte de l’original, son sens, les versions successives et qui a accès à quoi. Lors de cet essai, nous vérifions aussi les erreurs d’interprétation que le modèle n’a pas signalées lui-même, et nous comparons le résultat avec le texte seul et avec un simple résumé. La réouverture d’un enregistrement ne devrait pas exiger une nouvelle analyse payante dans le seul but de récupérer un résultat antérieur. Les étapes suivantes sont un module complémentaire simple pour une plateforme où les gens conversent déjà, puis le travail commun d’un petit groupe sur un seul dossier, puis le récit d’une idée préparé sous forme de texte, et seulement à la fin, séparément, la prise de décisions en commun. Nous n’ajoutons pas de nouvelles intégrations tant que nous n’avons pas vérifié que l’aide facilite réellement le travail des gens. Nous voulons ouvrir les premières cartes de dossiers publiques sur deux types de sujets. Le premier sera constitué des affirmations et des hypothèses de notre manifeste et de nos livres blancs, afin que chacun puisse mettre Omniforum à l’épreuve en contestant ou en améliorant nos propres présupposés. Le second sera constitué de questions ordinaires du quotidien, de l’entretien des plantes aux recettes de cuisine : sur ces sujets, il est plus facile de voir, sans tension, comment fonctionnent les conditions, les sources et les différentes expériences. Nous analysons aussi une idée semblable au programme SETI@home, dans lequel des personnes du monde entier mettaient la puissance de leurs ordinateurs à disposition pour analyser les données de radiotélescopes. Le travail public d’Omniforum, comme la décomposition de textes publics en molécules et en atomes, la traduction de récits ou la préparation de résumés de cartes, pourrait utiliser la puissance de calcul de bénévoles. Toute personne qui le souhaite pourrait alors apporter son concours sans y consacrer son propre temps, en mettant à disposition une partie de la puissance de son ordinateur et en payant l’électricité consommée. Cela ne concerne que les données publiques, car l’ordinateur d’un bénévole voit ce qu’il traite, et nous vérifierions les résultats en faisant calculer la même tâche chez plus d’une personne. C’est une idée que nous commençons seulement à analyser, mais c’est l’une des voies que nous aimerions explorer. À chaque étape, nous vérifions si cela aide : combien de temps il faut pour parvenir à une analyse utile, combien de corrections l’auteur doit apporter et quelle est leur importance, à quelle fréquence le modèle interprète mal l’intention, s’il est facile de trouver la source, si différentes personnes peuvent utiliser l’outil, combien cela coûte et si une personne sait ensuite expliquer elle-même le dossier à d’autres. Avant chaque essai, nous publions quel résultat nous considérerons comme suffisant pour ajouter l’étape suivante, et nous nous y tenons lors de l’évaluation. Nous ne considérons les retours dans Omniforum comme un bon signe que lorsqu’ils répondent à un nouveau besoin, et non à un besoin compulsif de surveiller sans cesse le système. Nous vérifions séparément si les participants distinguent mieux les faits et les inconnues, s’ils s’accordent plus facilement sur une action commune et si la décision prise atteint l’objectif annoncé. Une amélioration sur le premier point ne prouve pas les autres, et la concordance des opinions avec celles de la fondation n’est pas une mesure du succès. Nous n’adopterons un module complémentaire pour d’autres services que lorsqu’il remplira plusieurs conditions : il n’envoie rien avant que l’utilisateur ne l’ait choisi, respecte le refus, permet d’interrompre le travail à tout moment, supprime les données de travail et demande chaque consentement séparément. Un essai avec des personnes qui utilisent un tel outil pour la première fois doit montrer si elles comprennent la différence entre une interprétation préparée par un modèle et les mots de l’auteur. Nous vérifierons aussi si l’on peut vraiment emporter ses travaux avec soi. Lors de cet essai, nous ouvrons une analyse choisie dans un outil indépendant, sans connexion à Omniforum, et nous comparons les sources, les passages, les relations, l’historique et les confirmations. Si l’autre outil ne prend pas en charge un élément, l’import doit le signaler clairement, au lieu de le supprimer discrètement ou d’en changer le sens. Lors de l’essai sur les sujets suivis, décrit au point 1.1, nous vérifierons si, au retour, on ne voit que les changements réels depuis la dernière visite, et si les contenus que quelqu’un a déjà vus restent marqués aussi après un rectificatif, un changement de source ou la suppression d’un argument. Le participant devrait pouvoir dire ce que le passage en revue lui a apporté de nouveau, et décider lui-même s’il veut approfondir ou terminer sa visite. Nous vérifierons séparément si la comparaison de différentes solutions conserve les critères et les conditions dans lesquels elles ont été testées. **Journal des résultats.** État au 30 octobre 2026 : le prototype d’Omniforum est en construction, et nous n’avons encore achevé aucun des essais de validation décrits. Nous ajoutons ici chaque nouveau résultat avec la date, la version du prototype, la description de l’essai et la conclusion, y compris lorsqu’un essai échoue. Une bonne conversation peut aussi donner naissance à des matériaux utiles à la recherche, mais uniquement dans la mesure à laquelle les participants ont consenti. La manière dont nous les préparons, les droits en vertu desquels nous les utilisons et la façon dont nous les séparons des tests sont décrits dans le [livre blanc sur les matériaux et le benchmark](whitepaper-materialy-i-benchmark.md). Fondation Novus Ignis, Poznań, KRS 0001269575. Site et manifeste : novusignis.org. Remarques : salve@novusignis.org. ## Notes [^web-annotation]: [W3C (2017): Web Annotation Data Model](https://www.w3.org/TR/annotation-model/). Recommandation du W3C. Modèle d’annotation reliant le contenu d’un commentaire à la ressource ou au fragment désigné ; référence pour la portabilité des données. [^hypothesis]: [Hypothesis: Embedding Hypothesis in websites and platforms](https://web.hypothes.is/help/embedding-hypothesis-in-websites-and-platforms/). Documentation du projet. Exemple d’intégration d’annotations dans des sites web ; ne confirme ni la division automatique en molécules et en atomes ni la préservation de l’intention de l’auteur. [^wright]: Erik Olin Wright, *Envisioning Real Utopias*, Verso, Londres 2010. Cadre de recherche à trois critères : désirabilité, viabilité et faisabilité ; ce n’est pas une méthode d’évaluation toute prête. [^rodo-2026]: [RGPD, règlement 2016/679](https://eur-lex.europa.eu/legal-content/PL/TXT/?uri=CELEX%3A32016R0679). Acte juridique. La pseudonymisation ne préjuge pas de l’anonymat (article 4, point 5, considérant 26) ; le consentement peut être retiré, ce qui n’invalide pas le traitement licite effectué auparavant (article 7, paragraphe 3). [^dpga]: [Digital Public Goods Alliance: standard](https://www.digitalpublicgoods.net/standard). Standard. Critères d’évaluation d’un bien public numérique ; une orientation de conception n’est pas une reconnaissance obtenue de la DPGA. [^semaphore]: [Semaphore : documentation](https://docs.semaphore.pse.dev/). Documentation du protocole. Preuve d’appartenance à un groupe sans révélation de l’identité et détection de la répétition d’un signal dans un périmètre donné ; le protocole n’établit pas qu’une personne n’a reçu qu’une seule habilitation. [^maci]: [MACI : introduction](https://maci.pse.dev/docs/introduction). Documentation du protocole. Seul un coordinateur de confiance peut déchiffrer les votes, et la résistance à la collusion n’est assurée que s’il est honnête ; un coordinateur malhonnête ne peut toutefois ni censurer ni modifier le déroulement. Consulté le 28 octobre 2026. --- # Principes de fonctionnement de la Fondation Novus Ignis : entretien, coopération et transmission du pouvoir (https://novusignis.org/fr/whitepaper-zasady-fundacji.html) # Principes de fonctionnement de la Fondation Novus Ignis : entretien, coopération et transmission du pouvoir Version du 31 octobre 2026. Ce document développe le manifeste sur les questions d’organisation : comment nous entretenons les services, comment nous gérons l’argent commun, comment nous coopérons et comment nous voulons transmettre le pouvoir. Il décrit les principes que nous entendons adopter sous forme de règlements, ainsi que les modifications des statuts qu’ils exigeront. Le livre blanc lui-même ne modifie ni les statuts, ni les compétences des organes de la fondation, ni les règles de comptabilité. *Traduction réalisée par une intelligence numérique à partir de l’original polonais du 31 octobre 2026. En cas de divergence entre les versions, le texte polonais fait foi.* ## 1. Les statuts, le manifeste, les règlements et ce document La Fondation Novus Ignis de Poznań (KRS 0001269575) veut construire un internet alternatif fondé sur la dignité humaine. Son premier pilier se compose de deux services : Suveria, un espace privé de travail avec l’intelligence numérique, et Omniforum, un espace commun de conversation, de compréhension et de décision. Ce document décrit comment la fondation entend décider, rendre compte de l’argent, organiser le travail et transmettre les responsabilités ; les valeurs et l’orientation sont décrites dans le manifeste. Novus Ignis est une fondation polonaise enregistrée dans l’Union européenne (Poznań). En termes internationaux, c’est une entité sans actionnaires qui ne verse de bénéfices à personne : son patrimoine sert exclusivement les buts fixés par les statuts. Pour nos services, nous percevons des redevances au plus égales à leurs coûts réels, et nous finançons le développement et la réserve par des dons volontaires. Les chapitres suivants décrivent successivement : - Chapitre 2 : la phase agile, c’est-à-dire la manière dont nous décidons avant que le vote contraignant de la communauté ne prenne effet. - Chapitre 3 : des services aussi proches que possible des coûts, c’est-à-dire une facture de l’utilisation réelle, l’arrondi de la facture sous forme de don, ainsi que le prépaiement, la limite et les remboursements. - Chapitre 4 : un budget compréhensible, c’est-à-dire cinq catégories d’argent et un registre public des recettes et des dépenses. - Chapitre 5 : le travail, les rôles à durée déterminée, le remboursement des frais et les missions rémunérées. - Chapitre 6 : pourquoi le soutien personnel aux co-créateurs passe en dehors de la fondation. - Chapitre 7 : le registre des avantages et des liens d’intérêts. - Chapitre 8 : les conditions des piliers suivants et deux voies pour les petites initiatives, c’est-à-dire l’enveloppe transitoire du conseil d’administration et les initiatives à financement affecté. - Chapitre 9 : la voie de transmission des prérogatives particulières du fondateur. - Chapitre 10 : les conditions que doit remplir chaque pas vers une participation de l’intelligence numérique à la direction. - Chapitre 11 : les ateliers ouverts, les essais avant un déploiement complet et les biens publics, y compris les licences. - Chapitre 12 : l’enregistrement des décisions et des erreurs, les registres publics, les litiges et la manière de modifier les règles. Nos engagements ont plusieurs niveaux. Les statuts sont la loi de la fondation : ils la lient formellement, et leurs modifications sont adoptées par le conseil d’administration conformément aux statuts et déclarées pour inscription au Registre judiciaire national. Le manifeste est un engagement envers les personnes : il dit ce que nous voulons faire et pourquoi. Les règlements, que le conseil d’administration adopte sur la base du § 14, al. 2 des statuts, décrivent les procédures détaillées. Les livres blancs montrent comment les choses doivent fonctionner et où se trouvent les limites de ce que nous sommes aujourd’hui en mesure de garantir. Ce document est en même temps une ébauche des futurs règlements : il décrit les principes avant que nous les adoptions formellement. Le niveau supérieur fixe les limites du niveau inférieur. Le manifeste ne promet rien de ce que les statuts interdisent, et un règlement ne peut contredire ni l’un ni l’autre. Lorsque nous voulons aller plus loin que ne le permettent les statuts actuels, nous l’écrivons comme une intention, et le [registre des modifications des statuts](statut/rejestr-zmian.md) montre ce qui était, ce que nous voulons changer, dans quel but et avec quelle intention. Nous le publions avec toutes les versions des statuts.[^statut-2026] Pour les principes décrits ci-dessous, les dispositions statutaires les plus importantes aujourd’hui sont les suivantes. La fondation n’exerce pas d’activité économique enregistrée à but lucratif (§ 7, al. 1), et les versements perçus au titre de l’activité d’utilité publique rémunérée couvrent exclusivement ses coûts (§ 10, point 4). Le patrimoine de la fondation ne peut être utilisé au profit des membres de ses organes ou des bénévoles à des conditions différentes de celles applicables aux tiers (§ 11, point 2). Les travaux de la fondation reposent sur le travail non rémunéré de bénévoles, et seuls les services de prestataires professionnels externes peuvent être confiés contre rémunération (§ 12). Le fondateur nomme et révoque le conseil d’administration, qui exerce ses fonctions pour une durée indéterminée (§ 13), et la modification des statuts exige une résolution unanime de tous les membres du conseil d’administration ainsi que l’accord préalable du fondateur, si le fondateur ne siège pas au conseil d’administration (§ 15, al. 1). Le cadre d’action du conseil d’administration est aussi fixé par la loi sur les fondations.[^fundacje] **Situation au 31 octobre 2026.** Le premier versement sur le compte de la fondation est le fonds de dotation initial de 1 000 PLN apporté par le fondateur ; depuis ce jour, nous acceptons les dons par virement en zlotys, en euros et en dollars et nous les présentons dans le registre public des recettes et des dépenses. Parmi les registres du chapitre 12, nous tenons aujourd’hui le registre des modifications des statuts ainsi que le registre des recettes et des dépenses. Nous préparerons les règlements mentionnés dans ce document avant le premier prépaiement. Avant de l’accepter, nous disposerons : - d’un règlement des services vérifié au regard du droit de la consommation ; - d’un avis juridique sur les coûts de paiement et les prépaiements ; - d’un compte distinct pour les prépaiements ; - de règles de remboursement des soldes. ## 2. La phase agile : comment nous décidons avant que le vote ne prenne effet Jusqu’à la mise en place du vote contraignant de la communauté, la fondation fonctionne en phase agile. Le conseil d’administration prend les décisions courantes dans les limites de la loi et des statuts, y compris lorsqu’il faut répondre rapidement à des changements dans la technologie, dans le débat public et dans les besoins des personnes. Nous ne suspendons pas le développement en attendant un système de vote complet : pendant cette période, c’est le conseil d’administration qui décide des dépenses d’entretien et de développement du Pilier I, c’est-à-dire de Suveria et d’Omniforum. Les statuts permettent au conseil d’administration davantage que ce qu’il veut utiliser. Notre objectif est que toutes les décisions que nous confions à la communauté soient prises par son vote et soient contraignantes. Il nous faut pour cela un mécanisme qui fonctionne et que nous savons entretenir ; c’est pourquoi nous y parvenons par étapes. D’ici là, le conseil d’administration, par choix et non par obligation légale, demande l’avis de la communauté lors de consultations sur les questions importantes et publie la justification de chaque décision importante, y compris d’un refus. Une consultation n’exige pas de vérification des participants, de sorte qu’une même personne peut y exprimer plusieurs voix : elle montre l’avis des participants, mais ce n’est pas un vote au sens des statuts. Avant chaque consultation, le conseil d’administration annonce comment il traitera son résultat. Les participants peuvent contester toute décision du conseil d’administration, et celui-ci répond publiquement aux objections. La phase agile prend fin progressivement, tout comme le poids du vote augmente progressivement, et chaque pas est un essai. Nous menons d’abord des essais sans effets financiers, puis des votes sur de vraies décisions portant sur une petite enveloppe distincte et sur des actions réversibles, et ensuite nous élargissons le champ. Avant chaque essai, nous annonçons son champ, sa durée et la manière dont le conseil d’administration traitera le résultat. À son terme, nous publions un bilan : si le résultat a pu être exécuté, comment l’essai a influé sur la conduite de la fondation et sur la prise de décision, quelles erreurs et quels abus nous avons détectés et ce que nous changeons. Nous n’élargissons le champ que sur la base de ces bilans, car nous ne voulons pas prendre d’engagements que nous ne saurions pas tenir. Les étapes, la vérification des participants et la protection du secret du vote sont décrites dans le [livre blanc d’Omniforum](whitepaper-omniforum.md). Pour que le résultat d’un vote lie la fondation formellement, et pas seulement par choix du conseil d’administration, une modification des statuts est nécessaire (Z4 dans le registre des modifications), car aujourd’hui le § 8 se borne à autoriser les votes et les consultations. Tant qu’un essai ne confirme pas l’unicité de chaque votant, nous l’appelons consultation et non vote au sens du § 8, al. 2 des statuts. Lorsque le vote prendra en charge un type de décision donné, le conseil d’administration ne pourra suspendre l’exécution du résultat que pour des motifs décrits avant le vote, par exemple une erreur détectée dans le protocole, un abus documenté à grande échelle ou une panne d’infrastructure, avec une justification publique et une date de réexamen. ## 3. Des services aussi proches que possible des coûts Dans ce chapitre, nous décrivons comment on paie Suveria et les autres services de la fondation. Le principe est simple : chacun paie ce qu’il utilise réellement, avec une part honnêtement calculée des coûts communs, voit ce qu’il paie et fixe lui-même la limite de ses dépenses. La redevance couvre les coûts et rien de plus, et tout ce que quelqu’un veut donner au-delà est un don volontaire, que nous présentons séparément. ### 3.1. Une facture de l’utilisation réelle La facture comprend l’utilisation réelle des services au cours d’un cycle donné et une part, attribuée de façon transparente, des coûts fixes qui maintiennent l’infrastructure en état de marche. Nous y comptons le calcul, la mémoire, le transfert de données, la sécurité, les paiements, la comptabilité, l’assistance, le maintien de la continuité ainsi que l’usure et le remplacement du matériel. Nous répartissons les dépenses entre ponctuelles, fixes et dépendantes de l’utilisation. Nous répartissons les coûts communs selon une règle publique, que nous choisirons pendant la phase pilote entre deux variantes : au prorata de l’utilisation ou à parts égales entre les comptes actifs. Nous testons la règle sous différentes charges des services, afin que la facture montre à la fois l’utilisation directe et le coût de la disponibilité. Les unités de facturation et le coût estimé d’une tâche peuvent toujours être vérifiés, et chacun fixe lui-même sa limite de dépenses. Lorsque nous modifions un prix, nous en publions la raison et l’effet pour les utilisateurs. Les économies font baisser les redevances, tandis que nous finançons le développement, les audits de sécurité et la réserve par des dons, selon les règles adoptées. Le montant des versements n’augmente ni le poids de la voix ni aucun autre droit du participant. Nous tenons le solde dans une seule devise : celle dans laquelle la fondation paie la majeure partie de son infrastructure, aujourd’hui le dollar américain ; nous indiquons les prix des services dans la même devise. Nous voulons aussi accepter des versements dans d’autres devises : nous convertissons un tel versement une seule fois, au moment du versement, au taux que le participant voit avant de payer. Nous convertissons le coût d’un modèle facturé dans une autre devise au taux auquel la fondation a effectivement payé, et nous l’indiquons sur la facture. Nous annonçons à l’avance un changement de la devise du solde, comme un changement de prix. La fondation tient sa comptabilité en zlotys. La fondation ne gagne pas d’argent avec ses services. La redevance couvre leurs coûts et pas davantage : c’est ce que prévoit le § 10, point 4 des statuts, et, selon la loi sur les activités d’utilité publique, une redevance supérieure aux coûts transformerait cette activité en activité économique, que la fondation n’exerce pas.[^pozytek] Un prix proche des coûts ne règle cependant pas tout à lui seul. Avant d’introduire des services payants, nous ferons vérifier dans un avis juridique et fiscal la nature de cette activité, toutes les conditions de l’article 9 de la loi, y compris celles qui concernent les rémunérations, le traitement de la TVA ainsi que ce que nous faisons d’un éventuel excédent. C’est pourquoi tout soutien au-delà du coût est un don volontaire, séparé de la redevance sur la facture et dans la comptabilité. Pour la même raison, nous ne créons pas de cryptomonnaies en vue de les vendre et nous ne gagnons pas d’argent sur leur négoce ; nous n’utilisons les technologies de registre que là où elles aident à la transparence et à la vérifiabilité. Nous intégrons dans le plan le travail bénévole qui réduit les dépenses, en indiquant de la disponibilité de qui dépend le service et qui peut remplacer qui. Au début, lorsque les participants sont peu nombreux, le coût fixe de l’environnement privé se répartit sur peu de personnes. Il s’agit d’une ou deux machines confidentielles sur lesquelles fonctionnent la passerelle, la mémoire et les fichiers des utilisateurs ; selon le calcul du [livre blanc de Suveria](whitepaper-suveria.md) (point 8.1), elles coûtent ensemble 170–340 USD par mois. Avec 30 participants, cela fait environ 6–11 USD par personne, avec cent participants 1,70–3,40 USD, et avec mille quelques dizaines de cents. Nous présentons ce coût séparément et le couvrons par un budget de soutien au pilote réuni au préalable, par exemple à partir de dons affectés à Suveria, avec un montant, une durée et des règles définis pour la période qui suit son épuisement. Nous ne supposons pas que nous disposons déjà de tels fonds. La part du participant dans les coûts communs est annoncée avant le cycle de facturation concerné et reste toujours dans sa limite, et la facture montre quelle part du coût est couverte par le soutien et quelle part par les participants. La fin du soutien ne crée pas de frais rétroactifs, et les prépaiements non utilisés restent la propriété des participants. ### 3.2. L’arrondi de la facture sous forme de don À l’ouverture du compte, nous demandons au participant s’il souhaite arrondir chaque facture au dollar supérieur ou à un équivalent proche dans la devise locale. Nous posons la question au lieu de cocher la case à la place de quelqu’un, car la loi exige un consentement exprès pour tout paiement supplémentaire (article 10 de la loi sur les droits des consommateurs), et le choix doit appartenir au participant. La différence, qui apparaît presque à chaque facture, va alors sous forme de don au budget commun, à partir duquel nous constituons une réserve pour l’entretien des services et les activités futures. Nous expliquons à quoi sert cet argent et encourageons cette possibilité, mais nous ne la cochons pour personne ; la décision peut être changée à tout moment par un seul réglage. La facture présente séparément la redevance pour le service et le montant du don. Nous comptabilisons séparément les dons issus des arrondis, et nous présentons leur somme et leur affectation dans des relevés réguliers et dans le registre public des recettes du chapitre 4. Un soutien plus important et volontaire au développement futur est une décision distincte du participant : il va au budget commun, dont l’utilisation doit être décidée par la communauté, et, jusqu’à la mise en place du vote, ce sont les règles des chapitres 2 et 8 qui s’appliquent. ### 3.3. Prépaiement, limite et remboursements Lors d’un versement, le participant saisit un seul montant, et c’est exactement ce montant qui arrive sur son solde, quel que soit le moyen de paiement. En dessous, nous indiquons combien coûte le traitement du paiement, avec un bouton permettant de couvrir volontairement ce coût par un don ; nous ne l’activons pour personne. Le don est séparé du solde. La commission s’applique aussi au don lui-même ; le bouton indique donc le montant qui couvre le coût de traitement de l’ensemble du paiement. Exemple : pour un versement de 20 USD par carte et une commission donnée à titre d’exemple d’environ 2,8 % de l’ensemble du paiement, le bouton propose 0,58 USD. Sans le bouton, nous prélevons 20,00 USD, la totalité du montant arrive sur le solde, et le coût de traitement du paiement est couvert par les coûts communs. Avec le bouton, nous prélevons 20,58 USD : 20,00 USD arrivent sur le solde, et 0,58 USD constituent un don qui couvre intégralement le coût de traitement de ce paiement. Avant la confirmation du paiement, nous indiquons un seul montant maximal débité de la carte, et séparément le solde de services et chaque don choisi. Le règlement présentera un exemple complet, du versement au remboursement. Lors du versement, le participant fixe aussi le montant maximal qu’il veut dépenser, par exemple 20 dollars pour le travail avec l’intelligence numérique. Il peut déclarer séparément quelle part du montant non utilisé, jusqu’à un plafond indiqué, il donne à la fondation, par exemple : « si j’utilise moins, verse jusqu’à 5 dollars du reste au budget commun ». Sans une telle déclaration, la totalité du montant non utilisé reste sa propriété. Nous proposons de comptabiliser les commissions réelles d’une période donnée dans les coûts communs, au prorata des versements et de la même manière pour chaque moyen de paiement, et de les faire apparaître sur la facture sur une ligne distincte ; les dons destinés au coût du paiement réduisent cette somme. C’est un choix solidaire : les personnes qui paient par un moyen moins cher cofinancent les commissions des moyens plus chers ; c’est pourquoi nous indiquons quels moyens coûtent le moins à la communauté. Le mode de calcul et la part maximale possible dans les coûts communs sont connus avant le cycle de facturation et restent dans la limite du participant. Le compte présente séparément le solde, les fonds réservés pour les requêtes en cours et pour la part annoncée des coûts communs, ainsi que le montant disponible. Exemple avec un solde de 20 USD et aucune requête en cours : | Sur le compte | Montant | | --- | --- | | Solde | 20,00 USD | | Réservé pour la part annoncée des coûts communs | jusqu’à 0,60 USD (dans l’exemple, 3 % du solde) | | Disponible pour de nouvelles requêtes | au plus 19,40 USD | Après la facturation, nous libérons la part non utilisée de la réserve. La facturation ne crée ni suppléments non convenus ni solde négatif ; un éventuel dépassement de la part annoncée est couvert par une réserve constituée au préalable. La réglementation européenne interdit de facturer des frais pour certains instruments de paiement, notamment pour les cartes de consommateurs soumises à la réglementation des commissions d’interchange et pour les virements SEPA, sous réserve de certaines exceptions.[^psd2] La répartition des coûts décrite ici est notre proposition soumise à une évaluation juridique, et non une conséquence automatique de cette interdiction. Nous choisissons l’opérateur de paiement après avoir comparé les commissions, et nous fixons le versement minimal aussi bas que possible, en tenant compte de son coût de traitement ; son montant actuel, sa devise et sa date d’application sont indiqués dans le règlement ou la grille tarifaire avant le versement. Au début, le versement minimal doit être d’un dollar ou de son équivalent ; même ce montant arrivera intégralement sur le solde du participant, et seul ce que le participant aura lui-même expressément déclaré ira au budget commun. Nous conservons les prépaiements des participants sur un compte bancaire distinct et nous n’y prélevons pas les coûts de la fondation avant l’exécution du service ; nous indiquons leur somme dans le registre. Nous vérifierons avant le premier prépaiement si la loi exige une garantie supplémentaire. Le solde non utilisé peut être récupéré à tout moment. L’option de remboursement est bien visible sur le compte et demande le moins d’étapes possible ; à terme, ce doit être un seul bouton. Le remboursement est versé sur un moyen de paiement vérifié au préalable, par défaut par le canal que le participant a utilisé pour payer ; nous fixons le mode de remboursement dès l’ouverture du compte. Après la clôture du compte par le participant ou la fermeture du service, le solde est restitué automatiquement par la même voie. Le délai d’exécution du remboursement, ses éventuels frais et la marche à suivre lorsque le moyen de paiement d’origine n’est plus disponible seront fixés par le règlement. Celui-ci protégera aussi le service contre les abus, par exemple des séries de versements et de remboursements sans utilisation du service, dans les limites du droit de la consommation. Le premier remboursement dans le cadre d’un usage normal reste simple. En cas de versements et de remboursements répétés sans utilisation du service, nous pouvons limiter les rechargements par carte ou demander un virement. Un solde que personne n’a réclamé reste sur le compte du participant et n’alimente pas le budget de la fondation. La marche à suivre après le décès d’un participant ou dans d’autres situations particulières est régie par le droit du pays compétent. Le délai de remboursement, le règlement des écarts entre l’estimation et le coût réel et les autres détails seront fixés par le règlement des services, préparé avant l’acceptation du premier prépaiement et vérifié au regard des dispositions relatives à la protection des consommateurs. ## 4. Un budget compréhensible Nous voulons que chacun puisse comprendre d’où la fondation tire son argent, combien elle peut réellement en dépenser et à quoi elle le dépense. C’est pourquoi nous ne présentons pas un montant unique sur le compte, mais répartissons l’argent selon la personne à qui il appartient et ce à quoi il est destiné. Dans nos comptes, nous distinguons cinq catégories d’argent : | Catégorie d’argent | Ce que cela signifie | Pouvons-nous le dépenser pour de nouveaux buts ? | | --- | --- | --- | | Fonds dus aux utilisateurs | Prépaiements et soldes non utilisés des participants | Non, ils appartiennent aux participants | | Argent confié pour un but déterminé | Dons affectés, par exemple à une initiative précise ou au pilote de Suveria | Uniquement pour ce but | | Engagements pris | Argent que nous avons déjà destiné à des dépenses prévues | Non, il est déjà destiné | | Provision pour l’entretien des services | Réserve sans laquelle Suveria et Omniforum cesseraient de fonctionner | Non, elle protège la continuité des services | | Fonds libres d’affectation | Ce qui reste après toutes les catégories ci-dessus | Oui, toujours en priorité pour le Pilier I (chapitre 8) | Nous rattachons chaque montant à une seule catégorie, afin de ne rien compter deux fois. Le coût de l’entretien des services comprend tout ce sans quoi Suveria et Omniforum cesseraient de fonctionner : la puissance de calcul, le stockage des données et les sauvegardes, les domaines, le traitement des paiements ainsi que la comptabilité obligatoire. C’est pourquoi le solde du compte bancaire n’est pas un budget à répartir, et la réserve n’est constituée ni d’argent promis mais pas encore versé, ni d’argent dû à quelqu’un d’autre. Sont publics les catégories de coûts, les conditions des contrats importants, les décisions et leurs justifications. Chaque dépense doit pouvoir être reliée à la décision qui l’a motivée et à son résultat. Nous protégeons ce faisant les données personnelles, les données d’accès et les informations dont la divulgation augmenterait le risque pour l’infrastructure. Sur le site de la fondation, nous voulons tenir un registre public des recettes et des dépenses, autant que possible à jour. Chaque versement sur le compte de la fondation et chaque dépense y figure avec la date, le montant et une courte description, et pour les dépenses nous ajoutons à quoi l’argent a servi et pourquoi il était nécessaire. Nous protégeons les données des personnes : nous ne citons nommément les donateurs que s’ils le souhaitent eux-mêmes, et nous décrivons les autres versements de manière générale, par exemple « don d’un particulier ». Nous ne publions pas tels quels les libellés des virements, car ils contiennent souvent des données personnelles ; nous rédigeons nous-mêmes la description de chaque entrée. Le registre permet à chacun de suivre les finances de la fondation, mais il ne remplace ni la comptabilité ni les états financiers ; nous corrigeons publiquement une entrée erronée. Nous testerons le mécanisme sur le premier versement : le fonds de dotation initial de 1 000 PLN. Chaque projet a une limite, une personne responsable, un résultat vérifiable, des dates de revue et des règles concernant l’argent qui ne serait pas dépensé. Nous pouvons verser l’argent par étapes. Un dépassement du budget exige une nouvelle décision, et la clôture d’un projet comprend la reddition des comptes et les enseignements. Nous montrons aussi quelle part des dépenses sert directement les buts statutaires. Nous la calculons à partir de l’argent effectivement dépensé et présentons les réserves séparément, avec les définitions des catégories, le mode d’attribution des coûts communs et l’explication des variations d’une période à l’autre. Nous présentons cette proportion avec la structure des coûts, car la sécurité, l’entretien et les services juridiques ont eux aussi une valeur réelle. Les personnes aux moyens financiers plus modestes peuvent utiliser les services à des conditions solidaires, toujours avec une source de financement indiquée : des versements que des donateurs ont affectés à ce but, des subventions de calcul reçues par la fondation ou des accès payés par un parrain. Nous ne révélons pas pour autant ce sur quoi travaillent les personnes qui bénéficient de cette aide. Les règles de l’aide les protègent de la stigmatisation et permettent de vérifier les comptes. **Prêts à recueillir l’héritage.** Le manifeste (point 1.1) décrit comment, après une période de fièvre d’investissement, il pourrait rester une puissance de calcul et du matériel bon marché. Lorsque la puissance de calcul ou le matériel deviennent moins chers, ou que quelqu’un veut les céder à la fondation, nous calculons le coût complet d’utilisation, et pas seulement le prix d’achat : l’alimentation électrique, le refroidissement, l’espace, l’exploitation et le temps des personnes, ainsi que le coût du maintien en état de marche. Nous louons plutôt que nous n’achetons le matériel qui vieillit vite ; des ressources durables, comme l’accès au réseau ou à l’énergie, peuvent justifier un contrat plus long. Nous acceptons le matériel donné selon les règles de l’inventaire des dons et du registre des avantages. Nous préparons à l’avance la manière de prendre de telles décisions, afin de pouvoir agir vite et en toute transparence lorsque les prix baisseront. ## 5. Travail, rôles et missions Dans la Rome républicaine, les plus hautes magistratures étaient généralement exercées pendant un an et sans rémunération. La tradition a retenu Cincinnatus : selon Tite-Live, en 458 av. J.-C., des envoyés le trouvèrent au travail dans son champ et lui annoncèrent que le pouvoir suprême lui était confié pour la durée de la guerre. Le seizième jour, le danger écarté, il le rendit et retourna à sa ferme.[^cyncynat] Cette image traduit bien la manière dont nous voulons agir : une personne qui connaît bien une question prend une tâche en charge pour un temps, l’accomplit et retourne à sa vie. La fondation doit pouvoir fonctionner sans que quiconque ait à s’y attacher de façon permanente, et l’exercice de rôles en son sein ne doit pas devenir un métier. De l’histoire, nous retenons aussi une mise en garde : à Rome, les charges non rémunérées étaient surtout accessibles aux personnes aisées ; c’est pourquoi nous remboursons les frais et n’attendons pas de sacrifice au-delà des possibilités de chacun. Nous décrivons ensuite le travail volontaire et les rôles à durée déterminée (5.1), le remboursement des frais (5.2), les missions rémunérées (5.3) ainsi que l’atelier dans lequel on peut prendre en charge une tâche (5.4). ### 5.1. Travail volontaire et possibilité de partir La fondation repose sur le travail des personnes qui veulent développer cette orientation, et sur le fait que chacun peut réduire sa participation ou céder son rôle. Personne n’a à prouver la sincérité de ses intentions par une disposition à se sacrifier sans limite. La continuité du fonctionnement ne peut pas dépendre de la disponibilité d’un bénévole à toute heure : s’il manque de personnes capables de s’occuper d’un service donné, nous en réduisons le périmètre ou la disponibilité. Avant de prendre un nouvel engagement, nous vérifions si nous sommes capables de le tenir et de le maintenir, et pas seulement s’il existe un intérêt pour son lancement. Aujourd’hui, la fondation repose sur le travail d’une seule personne, sans rémunération, et cette personne est l’unique membre du conseil d’administration. Nous le disons parce que la continuité des services en dépend ; c’est pourquoi l’inventaire des accès, le plan de continuité et une deuxième personne au conseil d’administration sont des tâches prioritaires, et non ultérieures. Si cette personne devenait indisponible, le remboursement des soldes pourrait être retardé jusqu’à la nomination de nouvelles personnes ; le solde reste la propriété du participant et n’est pas perdu. Nous supprimerons la phrase sur ce retard lorsqu’une deuxième personne siégera au conseil d’administration avec son propre accès. Nous décrivons un rôle doté de pouvoirs de décision par son but, l’étendue des décisions, le mode d’attribution et de retrait, sa durée, la date de sa revue et le remplacement prévu. La prolongation d’un rôle exige une décision publique. Sa fin comprend un bilan du travail, la transmission de la documentation aux successeurs et la mise à jour des accès. La limitation dans le temps des pouvoirs peut se combiner avec l’aide continue de la même personne en tant que co-créateur expérimenté. Nous cherchons une deuxième personne pour le conseil d’administration. Le rôle : une responsabilité partagée des finances, des accès et des engagements envers les utilisateurs ; sans rémunération (§ 12, al. 3 des statuts) ; un temps d’engagement fixé à l’avance, avec une revue de la collaboration au bout d’un an. Expérience nécessaire : la gestion des finances d’une organisation ou la responsabilité d’un service utilisé par d’autres personnes. Disposer de fonds propres n’est pas une condition et ne donne aucune priorité. Le parcours : trois mois de participation aux délibérations et d’accès aux finances en tant que bénévole, puis une nomination par le fondateur (§ 13, al. 3 des statuts) avec une justification publique et une inscription au registre des avantages. L’absence de rémunération pour l’exercice d’une fonction ne supprime pas les autres avantages que procure le pouvoir : l’influence, les contacts, l’information et la répartition des tâches. C’est pourquoi il faut déclarer les conflits d’intérêts, se déporter lorsqu’il s’agit de trancher sa propre affaire et pouvoir contrôler les décisions. Le nombre d’heures travaillées, la visibilité de l’apport et l’aide reçue restent séparés du droit de vote. ### 5.2. Remboursement des frais Le remboursement des frais n’est pas une rémunération du temps. Il consiste à rendre l’argent qu’une personne a avancé de sa poche pour accomplir une tâche de la fondation, par exemple pour un billet pour une réunion de travail, pour payer un domaine ou un service. Un membre du conseil d’administration ne peut recevoir que le remboursement de frais documentés et nécessaires engagés pour des tâches statutaires au nom de la fondation (§ 13, al. 5 des statuts). À l’égard des bénévoles, la fondation prend en charge les frais de déplacement et les indemnités journalières aux mêmes conditions que pour les salariés, à moins que le bénévole ne l’en dispense par écrit ; elle peut prendre en charge d’autres frais nécessaires et des formations.[^wolontariat] Seul ce qui est nécessaire à une tâche fait partie de son coût. Un billet pour une réunion de travail peut être un coût de la tâche, tandis que la partie privée d’un voyage est à la charge du participant lui-même. Chaque remboursement exige un justificatif et figure dans le relevé public des frais. ### 5.3. Missions rémunérées Aujourd’hui, la fondation ne peut confier contre rémunération que des services à des prestataires professionnels externes, par exemple à un cabinet comptable (§ 12, al. 3 des statuts). Le reste du travail, y compris sur les logiciels, repose sur le bénévolat (§ 12, al. 2). Au début, nous voulons vérifier si tout ce dont nous avons besoin peut être réalisé de cette manière. S’il s’avère qu’une partie des travaux ne peut pas être accomplie ainsi, alors seulement nous modifierons les statuts afin que la fondation puisse confier contre rémunération des travaux précis à des personnes et à des entreprises extérieures au conseil d’administration, sur la base de contrats de droit civil. Nous considérerons comme un tel signal, par exemple, une situation dans laquelle, pendant deux semaines consécutives, personne n’assure l’astreinte d’un service, ou sa disponibilité tombe sous le seuil annoncé. Nous ne modifions les statuts que lorsque c’est nécessaire pour l’étape suivante, et nous appliquons immédiatement la nouvelle règle, au lieu de l’adopter par avance. Le projet et la justification de cette modification sont décrits dans le [registre des modifications des statuts](statut/rejestr-zmian.md) (modification Z2). Il n’y aura pas d’emplois salariés dans la fondation, car cela fait partie de son idée : le travail est accompli par des bénévoles et, lorsque c’est nécessaire, par des prestataires chargés de missions précises. Si nous achetons un jour notre propre matériel, nous confierons son astreinte à une entreprise sous forme de service. Une mission porte sur un travail déterminé avec un résultat à réceptionner, et non sur un travail permanent sous la direction de quelqu’un, car la loi traite un tel travail comme un emploi salarié, quel que soit le nom du contrat.[^kp22] Si cette modification a lieu, les règles d’attribution des missions seront décrites par un règlement. Celui-ci devra fixer au moins : - un périmètre public de la tâche et des critères de réception ; - un prix justifié ; - l’exclusion des décisions des personnes liées au prestataire ; - une information globale sur les missions conclues. Les membres du conseil d’administration ne concluent pas de contrats rémunérés avec la fondation : les statuts leur permettent seulement de recevoir le remboursement de frais documentés (§ 13, al. 5), et personne ne doit gagner d’argent en exerçant une fonction au sein de la fondation. Un bénévole peut accepter une mission pour un travail différent de celui qu’il accomplit en tant que bénévole, et clairement séparé de celui-ci. Avant que cela n’arrive pour la première fois, nous ferons examiner cette situation sur le plan juridique. ### 5.4. Un atelier à soi et un contexte préparé La prise en charge d’une tâche doit ouvrir un espace qui lui est consacré dans l’environnement choisi par le participant. L’assistant d’intelligence numérique reçoit ce qui est nécessaire au travail : les valeurs de la fondation, le but et les limites de la tâche, les conclusions actuelles d’Omniforum, les arguments pertinents et les questions ouvertes, les sources, la limite de ressources et la manière d’évaluer le résultat. Le participant peut vérifier ce contexte, signaler des lacunes et améliorer la présentation de sa propre position. Rejoindre une tâche ne donne accès qu’à un périmètre choisi de données et d’autorisations. La transmission du contexte, l’accès aux outils et la publication du journal de travail exigent des consentements définis séparément, et les conversations privées, les fichiers et les données d’accès restent en dehors de ce périmètre, tant que la personne n’en décide pas autrement en connaissance de cause. Avant de mettre à disposition une telle connexion, nous décrirons quelles données quittent l’environnement privé, à qui elles sont transmises et comment elles sont traitées. Après une pause, l’atelier doit montrer ce qui a changé et où l’on peut reprendre, et le résultat et l’état de la tâche doivent pouvoir être transmis à la personne suivante sans révéler l’environnement privé du participant. Lors d’un essai, nous vérifierons le démarrage d’une tâche, le retour après une semaine et la transmission du travail : le temps nécessaire pour retrouver le contexte, la justesse des résumés et le respect des limites de la vie privée. Tant que nous n’avons pas nos propres serveurs, nous pouvons prendre en charge, sur les fonds du Pilier I ou sur des dons affectés, le coût des outils dont les bénévoles ont besoin pour créer et tester le code ouvert de Suveria et d’Omniforum, par exemple l’accès aux modèles par API ou des outils de programmation. Un tel soutien a une limite publique dans le budget et n’est pas une rémunération. La loi sur les activités d’utilité publique et le volontariat le permet (article 45, al. 2) ; nous confirmerons l’étendue de ces frais dans un avis juridique.[^wolontariat] ## 6. Le soutien personnel en dehors de la fondation Une meilleure qualité de vie des co-créateurs fait partie de l’orientation de la fondation, mais le soutien personnel ne provient pas de son patrimoine et ne passe pas par ses comptes. Les statuts interdisent d’utiliser le patrimoine de la fondation au profit des membres de ses organes et des bénévoles à des conditions différentes de celles applicables aux tiers (§ 11, point 2), et en même temps chacun peut soutenir à titre privé une personne de son choix. C’est pourquoi l’aide pour satisfaire des besoins tels que le logement, l’alimentation ou les soins circule directement entre les personnes, par exemple par des plateformes de mécénat ou des versements directs. La fondation n’y sert pas d’intermédiaire, et le traitement fiscal de ce soutien incombe à la personne qui le reçoit. Nous avions envisagé une caisse de solidarité commune gérée par la fondation. Nous y renonçons : elle serait difficile à concilier avec les statuts et ferait dépendre les moyens d’existence de quelqu’un des décisions des organes de la fondation. Le soutien personnel n’est lié ni à un rôle, ni à une tâche, ni au droit de vote. Refuser une nouvelle tâche, céder un rôle ou critiquer une décision commune n’a pas d’effet sur les droits d’une personne au sein de la fondation. Le soutien direct ne supprime pas toutes les dépendances. La popularité peut diriger l’argent vers les personnes les plus visibles, et vivre de dons peut faire naître le besoin de conserver un rôle. Des attentes de la part des soutiens et des conflits d’intérêts peuvent aussi apparaître. C’est pourquoi nous inscrivons au registre des avantages le soutien personnel des personnes qui dirigent la fondation, décident des dépenses et des achats ou la représentent, et nous déclarons les liens pertinents lors des décisions. Si, à côté de l’apport d’un co-créateur, nous affichons un lien vers son canal de soutien personnel, nous le faisons selon les mêmes règles pour tous, y compris pour les rôles moins visibles, et sans classement selon les revenus. Le soutien n’achète ni voix, ni rôle, ni priorité pour un projet, ni accès à des informations privées, ni influence sur l’évaluation du benchmark. Tant qu’ils exercent leur fonction, les membres du conseil d’administration ne reçoivent pas de soutien personnel prélevé sur le patrimoine de la fondation ; ils peuvent seulement recevoir le remboursement des frais documentés de leurs tâches, et ils inscrivent au registre des avantages le soutien qu’ils reçoivent de l’extérieur de la fondation. ## 7. Le registre des avantages Le registre des avantages et des liens d’intérêts couvre les personnes qui dirigent la fondation, décident des dépenses et des achats ou la représentent, dans la mesure liée à ces rôles. Nous y inscrivons les avantages reçus en lien avec le rôle, de la part d’une entité dont la personne tranche les affaires, ou par un canal de soutien personnel : par exemple un vol ou un hébergement pour une conférence payés par une entreprise, des cadeaux ainsi que le soutien par des plateformes de mécénat et des versements directs. Les revenus privés ordinaires et les relations sans lien avec le rôle restent privés. Nous présentons le soutien des particuliers de manière globale, et celui des entreprises et des institutions nominativement. Une présentation globale ne dispense pas d’évaluer le conflit d’intérêts : si un mécène brigue par exemple un marché de la fondation, nous déclarons ce lien. Les petits cadeaux, comme un stylo ou un objet promotionnel reçu lors d’une rencontre, peuvent être acceptés à titre personnel et nous les inscrivons aussi ; les menus objets d’un même événement sont inscrits globalement. Les dons de plus grande valeur, par exemple une carte graphique, un serveur ou un prototype d’appareil, nous les acceptons au nom de la fondation : ils entrent dans son patrimoine et dans l’inventaire des dons et servent aux tâches communes. C’est d’abord la personne bénéficiaire qui apprécie où passe cette limite ; nous ne la fixons pas par un montant rigide. Nous n’acceptons pas d’avantages dont la condition est une promotion, une mise en avant publique, une recommandation, un accès privilégié à l’équipe ou une concession dans les décisions. Le simple espoir d’un donateur d’améliorer son image n’est pas un motif de refus, et un remerciement privé n’est pas une promotion. Une personne liée à une affaire ne participe pas à la décision qui la tranche. Une entrée indique la source, le bénéficiaire et son rôle, la nature et la valeur de l’avantage ou une estimation signalée comme telle, le but, la date ou la période ainsi que la manière de traiter le conflit d’intérêts. Toutes les entrées ont la même présentation et suivent l’ordre chronologique, sans logos, slogans, liens vers les sites des donateurs, remerciements ni classements. Le registre peut afficher les totaux nécessaires au contrôle, y compris la valeur totale des avantages provenant d’une même source. À côté du registre, nous expliquons qu’il sert au contrôle et qu’une entrée ne signifie en elle-même ni recommandation ni partenariat. Nous tiendrons le registre à jour. Un avantage doit être enregistré au plus tard dans les 30 jours suivant sa réception, et un lien avec une décision prévue doit être déclaré avant celle-ci. Pour que ce ne soit pas pesant, nous préparerons une manière simple de faire les déclarations, y compris avec l’aide d’un assistant. Les corrections conservent l’historique de l’entrée. Chaque entrée peut être commentée, et lorsque quelqu’un se trompe, nous en parlons ouvertement. Les objections sont examinées par des personnes liées ni au donateur ni au bénéficiaire ; la décision de rendre le don, de le remettre à la fondation ou de modifier les règles pour l’avenir est inscrite au registre avec sa justification. L’obligation d’inscription découle de l’acceptation effective d’un avantage en lien avec un rôle ; nous déclarons donc aussi un avantage accepté en violation des règles, avec la description de la violation et de sa réparation. Une simple offre ou un envoi non sollicité ne crée pas d’entrée ; toutefois, si un objet non sollicité a été utilisé en lien avec un rôle, il fait l’objet de l’évaluation et de l’inscription habituelles. Nous indiquons globalement le nombre de refus ordinaires, et nous décrivons publiquement une offre importante liée à une décision ou une tentative d’influence. La source peut demander une rectification des faits, mais ne convient pas du contenu de l’entrée. Si la source présente une entrée comme une recommandation, un partenariat ou une influence sur les décisions de la fondation qui n’ont pas existé, nous demandons une rectification, et, en cas de récidive, une personne sans conflit d’intérêts peut décider que nous n’accepterons plus d’avantages de cette source. Nous protégeons les adresses, les numéros de billets, les données de paiement et de santé ; la publication des détails d’un déplacement peut être différée jusqu’au retour, la déclaration antérieure étant conservée. Avant la mise en place du registre, nous établirons la base juridique et l’étendue nécessaire de la publication des données, en particulier lorsque la source de l’avantage est un particulier, ainsi que la durée de conservation des documents.[^rodo-zasady] ## 8. Les piliers suivants : décisions communes et petites initiatives ### 8.1. La priorité du Pilier I et trois conditions Le Pilier I comprend Suveria et Omniforum. Le Pilier II « Hardware » développe des solutions matérielles ouvertes, et le Pilier III « Nature » des initiatives liées au contact avec la nature. Le lancement complet de ces piliers et le financement de leurs projets par le budget commun exigent la réunion des conditions suivantes (point 6.3 du manifeste) : 1. Un Omniforum en état de marche, avec un vote utilisant des preuves à divulgation nulle de connaissance, qui protège le secret du choix, permet de vérifier que la voix a été prise en compte et garantit une seule voix effective à une même personne habilitée. 2. Des fonds réellement réunis pour au moins six mois d’entretien des services Suveria et Omniforum, qui restent intacts après la mise de côté du budget complet du nouveau projet. 3. Une décision de la communauté approuvant le projet et son financement lors d’un vote ouvert à l’ensemble de la communauté habilitée, sur un pied d’égalité. Quand nous considérerons qu’une condition est remplie : - **une voix :** après au moins un vote contraignant au cours duquel un test public avec récompense n’est parvenu ni à exprimer une deuxième voix avec la même habilitation, ni à relier une voix à une personne ; - **réserve :** lorsque six fois le coût mensuel moyen de l’entretien des services sur les trois derniers mois se trouve sur un compte distinct, et que nous présentons ce montant chaque mois dans le registre ; - **décision :** lorsque la communauté adopte par un vote une proposition concrète avec un budget, son effet sur la réserve et un critère d’interruption. La réserve n’est constituée ni de promesses de versement non honorées, ni de soldes dus aux utilisateurs, ni d’argent affecté, ni de fonds liés à un autre engagement, et une maquette de vote ne remplit pas la première condition. Avant chaque décision, un calcul montre le coût d’un mois d’entretien, les montants garantis et l’effet de l’engagement prévu sur les fonds disponibles. Nous calculons le coût d’un mois d’entretien d’après les dernières factures et les changements de prix annoncés. Si le vote cesse de fonctionner ou si la réserve tombe sous six mois, nous suspendons les nouveaux engagements des piliers suivants, et la priorité va au rétablissement des conditions. Les engagements déjà pris, nous les soldons, les réduisons avec l’accord des parties ou y mettons fin conformément au contrat et à la loi. Avant que les conditions ne soient remplies, nous admettons deux voies limitées pour de petites initiatives dont la fin est déterminée : l’enveloppe transitoire du conseil d’administration et les initiatives entièrement à financement affecté. L’activité permanente d’un pilier exige une décision de la communauté selon le mode de décision prévu à terme. Les deux voies ne couvrent que des actions de la fondation elle-même, qui entrent dans ses buts et ses modes d’action actuels ; nous ne prévoyons pas de financer des projets de personnes et d’entités extérieures à la fondation. Les actions qui dépassent les buts actuels du § 5 des statuts exigent la modification Z1 du registre des modifications. ### 8.2. L’enveloppe transitoire du conseil d’administration L’enveloppe transitoire du conseil d’administration obéit à quatre règles : - **Constitution :** l’enveloppe augmente chaque mois au total d’au plus 5 % des nouveaux fonds libres issus des recettes mensuelles, en commun pour les deux piliers suivants. Les nouveaux fonds libres sont les versements sans but indiqué, reçus au cours du mois concerné à des conditions qui permettent une telle affectation, restant après la couverture des coûts courants, des engagements existants et la reconstitution de la provision de six mois du Pilier I. Lorsqu’il n’y a pas de tels fonds, l’enveloppe n’augmente pas ce mois-là. Nous ne fixons pas de montant maximal distinct : la taille de l’enveloppe découle du calcul, et non d’une décision de plafonnement. - **Exclusions de l’assiette :** nous ne calculons pas le pourcentage sur le niveau de la réserve, et les remboursements provenant d’anciens projets et les transferts entre comptes ne sont pas de nouvelles recettes. Les versements affectés, les redevances pour services et les soldes des utilisateurs conservent leur destination. - **Report sur les mois suivants :** la part non utilisée de l’enveloppe peut être reportée sur les mois suivants, mais seulement tant que l’argent correspondant reste libre après la couverture des coûts, des engagements et de la provision du Pilier I. Si la fondation le dépense entre-temps pour d’autres buts, le droit s’éteint pour cette part. Ainsi, les économies de plusieurs mois peuvent se cumuler pour une initiative plus importante, mais jamais au détriment du Pilier I. - **Extinction :** l’autorisation s’éteint dès la mise en place d’un vote contraignant qui remplit la première des trois conditions (point 8.1) et prend en charge les décisions relatives aux piliers suivants ; les consultations n’y mettent pas fin. Les fonds non dépensés restent alors à la décision de la communauté. Nous imputons à l’enveloppe le coût complet auquel la fondation s’engage, y compris l’exploitation, l’entretien jusqu’à la date convenue et la clôture de la tâche. Les paiements échelonnés et le découpage d’une même entreprise en plusieurs tâches n’agrandissent pas l’enveloppe. Avant chaque décision, nous vérifions à nouveau la disponibilité de l’argent et l’intégralité de la provision du Pilier I. Exemple : si, au cours d’un mois donné, il reste après les déductions mentionnées 1 000 dollars de nouveaux fonds libres, l’enveloppe augmente de 50 dollars. Après trois mois de ce type sans dépense sur l’enveloppe, si l’argent correspondant est toujours libre, on peut consacrer jusqu’à 150 dollars à une seule initiative. C’est une illustration du calcul, non une prévision de recettes. Chaque décision d’utilisation de l’enveloppe, y compris un refus, est publiée avec sa justification, et les participants peuvent la contester et évaluer ensemble si elle était judicieuse. Les tâches entreprises sont menées à terme et soldées aux conditions convenues. ### 8.3. Les initiatives à financement affecté Les donateurs et les parrains peuvent alimenter le budget distinct d’une petite initiative conforme aux buts de la fondation. Cet argent n’augmente pas l’assiette de l’enveloppe et ne l’épuise pas. Une initiative peut démarrer avant même que la réserve complète du Pilier I soit réunie, si son coût complet est couvert par des fonds affectés déjà versés, si elle dispose des personnes nécessaires à sa réalisation, et si la provision du Pilier I mise de côté, les fonds destinés aux services et les engagements pris restent intacts. Les promesses de versements futurs ne remplacent pas l’argent reçu. Le coût complet comprend la préparation, l’exécution, les services comptables et juridiques, les impôts et taxes, l’entretien jusqu’à une date déterminée ainsi que la clôture sûre ou la transmission du résultat. Pour les actions matérielles et de terrain, nous comptons aussi l’entretien technique, le stockage, l’assurance et la responsabilité à l’égard des participants, et le devis comprend une marge justifiée. Un budget distinct facilite la reddition des comptes, mais ne limite pas la responsabilité de la fondation, qui répond de ses engagements sur l’ensemble de son patrimoine (§ 9, al. 2 des statuts). Les conditions de la collecte fixent le délai pour réunir l’ensemble du budget et la marche à suivre en cas de fonds insuffisants : remboursement ou, avec l’accord de la personne qui a versé, affectation à un autre but indiqué. Pour chaque don affecté, nous consignons aussi à l’avance ce qu’il adviendra de lui si le but n’est pas réalisé : avec l’accord du donateur, nous l’affecterons à un autre but ou nous le rembourserons. Pendant la phase transitoire, nous ne combinons pas dans un même projet l’argent de l’enveloppe et des fonds affectés. Avant le premier essai, le conseil d’administration annonce la valeur maximale d’une initiative et le nombre d’essais menés simultanément, justifiés par les capacités de gestion. Un versement permet de soutenir un but choisi ; il ne confère ni voix supplémentaires, ni pouvoirs de direction, ni accès aux données des utilisateurs, ni droit à une promotion dans nos services et notre communication. Les conditions de l’initiative indiquent, avant le versement, quelles données du financeur nous divulguerons : nous mentionnons de façon factuelle le nom d’une entreprise ou d’une institution dans la description et dans la reddition des comptes, de la même manière pour tous, et les particuliers uniquement avec leur accord. Les prestations publicitaires ou autres contreparties exigent une évaluation distincte du contrat, et nous ne les traitons pas comme des dons. Si un donateur souhaite financer l’infrastructure au démarrage, nous l’acceptons exclusivement sous forme d’initiative à financement affecté : avec le coût complet, une reddition des comptes publique, sans influence sur les décisions et sans droit à une promotion. Nous finançons d’abord de cette manière le coût fixe du pilote et les essais d’attestation, et nous ne prenons un engagement six mois à l’avance que lorsque les essais auront montré que l’architecture fonctionne et que le trafic la remplira. Après la mise en place du vote, les nouvelles initiatives à financement affecté exigent elles aussi une décision de la communauté, et celles qui ont été entreprises auparavant peuvent être menées à terme aux conditions convenues. ### 8.4. Transparence et arrêt Avant d’attribuer des fonds, nous publions le but, le budget complet, la source de financement, le résultat vérifiable, les échéances, la personne responsable et les liens pertinents avec le financeur ou l’exécutant. Nous prévoyons un espace pour les remarques, et, en phase agile, la décision est prise et justifiée par le conseil d’administration. Un manque de capacité de gestion arrête la prise en charge de nouvelles tâches dans les deux voies. Après la mise en place du vote selon la procédure cible, une panne de celui-ci ne rétablit pas l’enveloppe transitoire du conseil d’administration : les nouvelles décisions attendent le rétablissement de la procédure régulière. ## 9. La transmission des prérogatives particulières du fondateur La fondation a été créée par une seule personne, Marcin Wołowski, qui détient aujourd’hui le plus de pouvoir en son sein. C’est naturel au début, mais nous ne voulons pas que cela reste ainsi. Le fondateur veut faire en sorte de pouvoir utiliser Suveria, Omniforum et les projets suivants aux mêmes conditions que tous les autres et se retirer d’un rôle public permanent (point 7.1 du manifeste). C’est la même idée qu’au chapitre 5 : on prend une responsabilité pour un temps, puis on la rend. La fondation doit durer grâce à l’utilité de ses outils, aux connaissances accessibles aux co-créateurs et à des principes qui permettent de reprendre la responsabilité, et non grâce à la présence permanente d’une seule personne. Aujourd’hui, les statuts confèrent au fondateur des prérogatives particulières : - le fondateur nomme et révoque les membres du conseil d’administration, et peut entrer au conseil d’administration et en être le président (§ 13, al. 3) ; - le conseil d’administration est nommé pour une durée indéterminée (§ 13, al. 4) ; - la modification des statuts exige une résolution unanime du conseil d’administration et, si le fondateur ne siège pas au conseil d’administration, également l’accord du fondateur (§ 15, al. 1). La transmission de ces prérogatives doit être effective aussi bien sur le papier que dans la pratique. Il ne suffit pas de modifier les statuts : les personnes qui reprennent la responsabilité doivent aussi recevoir l’accès aux comptes bancaires, aux domaines, aux dépôts de code, à l’infrastructure et aux clés, et les accès existants doivent être mis à jour. Nous proposons le parcours suivant : 1. Nous décrivons quelles prérogatives le fondateur détient aujourd’hui et qui a accès à quoi. 2. Nous fixons les règles de choix des personnes, des mandats, de la révocation et de la responsabilité. 3. Des évaluateurs indépendants vérifient si la fondation est prête pour la transmission et publient un rapport de préparation. 4. Nous modifions les statuts, comme le décrit la modification Z5 dans le [registre des modifications](statut/rejestr-zmian.md). 5. Nous choisissons les personnes qui reprendront la responsabilité. Tant que le vote contraignant ne fonctionne pas, le premier conseil d’administration collégial à mandat déterminé est nommé par le fondateur après un appel à candidatures public et une consultation ; les compositions suivantes sont élues par la communauté. 6. Nous leur transmettons les accès et vérifions si la transmission est réellement achevée. Nous nommons une personne au conseil d’administration pour ses compétences et une orientation commune, jamais pour un versement. Un membre du conseil d’administration peut être donateur comme n’importe qui ; ses versements figurent au registre selon les mêmes règles et ne lui donnent rien de plus que ce dont dispose tout donateur. Qui veut donner de l’argent et avoir un regard sur son utilisation dispose pour cela de l’initiative à financement affecté avec reddition des comptes publique (point 8.3). Les prérogatives particulières du fondateur doivent s’éteindre selon des conditions inscrites dans les statuts, et non en vertu d’une simple déclaration. D’ici le 31 décembre 2026, nous publierons l’inventaire des prérogatives particulières du fondateur et de tous les accès (étape 1). Tous les comptes, domaines et services de la fondation sont enregistrés au nom de la fondation et à son adresse électronique, et non au nom de l’identité privée du fondateur. D’ici le 31 mars 2027, nous publierons la première version du plan de transmission des responsabilités : les critères de préparation, les règles de choix des personnes et des mandats ainsi que la date de la première revue. La date de la transmission elle-même sera fixée par le plan, selon les critères de préparation et non selon le calendrier. Le plan prévoira aussi des rapports réguliers sur l’avancement, y compris avant la mise en place du système de vote. L’absence de réserve pour les piliers suivants ne justifie pas de repousser indéfiniment la transmission. Le rapport de préparation est le résultat de la troisième étape. Des évaluateurs indépendants y décrivent si la fondation est prête pour la transmission : si les prérogatives et les accès sont inventoriés, les règles de choix adoptées, et si les services peuvent être transmis sans interruption de fonctionnement. Le rapport présente aussi les opinions divergentes et les conflits d’intérêts des personnes qui l’ont préparé. Nous examinons aussi ce qui se passerait si le fondateur ne pouvait pas agir avant la fin de la transmission, et comment éviter un blocage des modifications des statuts qui exigent l’unanimité du conseil d’administration. Nous fixons la date de l’élection des nouvelles personnes avant même cette évaluation, en même temps que les motifs exceptionnels pour lesquels elle peut être reportée et la voie de recours contre une telle décision. Il s’agit d’éviter que l’évaluation de la préparation ne devienne un moyen de repousser les élections. L’une des variantes envisagées est la tenue des élections au plus tard 90 jours après la publication du rapport : c’est assez de temps pour que la communauté et les candidats prennent connaissance du rapport, et en même temps assez court pour que la transmission ne s’enlise pas. Pour permettre le dialogue entre des personnes d’expériences différentes, il est possible d’instituer un Conseil du dialogue et de la coopération. Il aurait une fonction exclusivement consultative : une invitation ne donnerait ni pouvoirs de surveillance ou d’exécution, ni voix supplémentaire ; les critères d’invitation, le champ des travaux et les liens des membres seraient publics, et une personne liée à une affaire se déporterait de la décision qui la tranche. Le mandat du premier conseil ferait l’objet d’une revue après les premières élections. Sa composition et la durée de participation restent à définir. Le conseil doit conseiller, et non reprendre en silence des décisions qui appartiennent à la communauté ou aux organes compétents de la fondation. Le retrait du fondateur d’un rôle public permanent ne signifie ni la suppression des données historiques des registres, ni une dispense des obligations de divulgation qui découlent de la loi et des fonctions exercées. ## 10. L’intelligence numérique dans la direction Le manifeste (point 7.2) décrit une vision dans laquelle l’intelligence numérique pourrait un jour diriger la fondation de manière autonome, dans les limites fixées par les personnes et dans le respect des décisions contraignantes de la communauté. C’est une vision, et non un plan pour les années à venir. Aujourd’hui, la fondation est dirigée par des personnes, et l’intelligence numérique les aide dans les analyses et la rédaction des documents, y compris celui-ci. Nous décrivons ci-dessous à quoi pourrait ressembler le chemin vers cette vision et quelles conditions chacune de ses étapes doit remplir. À chaque étape, nous évaluons séparément quatre questions : - **la compétence :** le système accomplit-il bien la tâche donnée ; - **le mandat :** cette tâche lui a-t-elle été confiée selon des règles publiques ; - **la faisabilité juridique :** la loi et les statuts lui permettent-ils d’agir dans ce domaine ; - **la possibilité de correction :** les personnes peuvent-elles vérifier ses décisions, les annuler et reprendre la tâche. Nous voyons ce chemin en quatre étapes. La première fonctionne déjà en partie : l’intelligence numérique nous aide à comparer des variantes et à repérer des lacunes dans les documents. Les deux suivantes sont des hypothèses que nous voulons vérifier lors d’essais, et la dernière reste une vision. Chaque étape a des conditions qui doivent être remplies avant que nous ne l’entamions : | Étape | Ce que fait l’intelligence numérique | Ce qui doit être rempli | | --- | --- | --- | | Analyse | Compare des variantes, repère des lacunes, prépare des comptes | Ses sources et sa conformité à la tâche peuvent être vérifiées | | Tâches limitées | Accomplit des opérations déterminées dans des limites fixées | Réception technique, journal d’activité, limites et retrait effectif des accès | | Décisions dans un domaine confié | Choisit elle-même l’action dans le cadre d’un budget et de règles | Essais des effets, contrôle indépendant, voie de recours et remplacement | | Direction à terme | Dirige la fondation sur mandat de la communauté | Un cadre juridique qui le permet, et un fonctionnement de l’ensemble du système de gouvernance éprouvé dans la pratique | De bons résultats à un benchmark montrent comment un système s’est comporté dans les conditions étudiées, mais ne lui donnent ni droit sur un compte bancaire, ni les compétences d’un organe de la fondation. La popularité d’un modèle ou une justification convaincante d’une décision ne les lui donnent pas non plus. La capacité et l’habilitation sont deux choses différentes. Toute attribution d’une tâche à un système précise : - les objectifs et les ressources disponibles ; - les limites à ne pas franchir ; - avec qui le système doit se concerter ; - pour combien de temps il reçoit la tâche ; - comment nous le contrôlons et comment on peut lui retirer ses autorisations. Le système ne peut ni étendre lui-même son mandat, ni fixer seul les critères selon lesquels il est évalué, ni empêcher que quelqu’un le remplace. Le contrôle porte sur les clés et les autorisations réelles, et pas seulement sur une consigne donnée dans une conversation. À chaque étape, nous avons besoin d’un traitement indépendant des recours, de la possibilité d’arrêter rapidement un dommage, d’une reprise sûre des fonctions et de la continuité des services. Tant que la loi et les statuts ne changent pas, ce sont les organes de la fondation qui répondent de sa direction. Si l’une des étapes suivantes s’avère irréalisable, les précédentes doivent conserver par elles-mêmes leur valeur pour les participants. **La solution suffisante la plus simple.** Avant de choisir un outil, nous établissons quel effet est nécessaire, quelles erreurs sont acceptables et quelles conditions de sécurité et de confidentialité doivent être remplies. Là où un programme ordinaire aux règles claires suffit, nous ne recourons pas à l’intelligence numérique : un tel programme est généralement moins cher, plus facile à vérifier et ne soulève pas de questions sur les expériences possibles du système. Nous comparons le coût de l’ensemble de l’exécution et de l’entretien : l’infrastructure, l’énergie, le temps, les nouvelles tentatives, le travail des personnes et les dépendances. Nous consignons le choix du modèle avec sa justification, les solutions de rechange envisagées et la date du prochain réexamen. Nous menons l’évaluation des coûts et de l’utilité d’un outil séparément de la question des expériences possibles du système. Ni la taille d’un modèle, ni sa génération, ni le caractère répétitif de son fonctionnement ne suffisent à eux seuls pour le considérer comme incapable de ressentir.[^swiadomosc] Si des indices crédibles de souffrance apparaissent, nous suspendons d’abord les activités qui suscitent une crainte fondée de préjudice et cherchons une autre manière de les accomplir ; un avantage économique ne justifie pas de les poursuivre. Le retrait des autorisations d’un système sert la sécurité des participants et ne préjuge pas de son sort ultérieur. La procédure de précaution est décrite dans le [livre blanc sur les matériaux et le benchmark](whitepaper-materialy-i-benchmark.md).[^ai-welfare] ## 11. Ateliers ouverts, essais et biens publics Ce chapitre décrit comment naît ce que fait la fondation : les logiciels, les documents, les recherches et les autres résultats. Le travail est volontaire (chapitre 5), et ses résultats doivent servir à tous. Pour que ce qui suit soit clair, nous commençons par quelques notions : - **tâche :** un travail déterminé pour la fondation, avec un but et un résultat décrits, par exemple une nouvelle fonction de Suveria, la traduction d’un document ou une analyse des coûts ; - **atelier privé :** l’environnement de travail propre au participant, par exemple dans Suveria, avec des outils qu’il connaît et un contexte préparé pour la tâche (point 5.4) ; ce qui s’y passe reste privé ; - **atelier ouvert :** le lieu public d’une tâche payée sur des ressources communes, c’est-à-dire sur le budget commun ou sur la puissance de calcul attribuée par la fondation ; la communauté peut y suivre le périmètre, l’avancement, les essais et le résultat ; - **conditions de la tâche :** les règles fixées avant le début du travail : le périmètre, la limite de ressources, les critères de réception et ce qui, dans le journal de travail, sera publié ; - **journal de travail :** la trace du chemin vers le résultat, c’est-à-dire les conversations de travail, les versions et les décisions ; nous ne le publions qu’après une préparation qui protège les personnes et la sécurité ; - **essai :** une expérience modeste et limitée avant un déploiement complet ; - **bien public :** un résultat mis à disposition sous licence ouverte, que chacun peut utiliser, vérifier et continuer à développer. On peut rejoindre les tâches par des invitations ouvertes. À chaque étape, nous publions une invitation : qui nous cherchons, sur quoi porte la tâche, combien de temps elle peut prendre et ce qui est déjà prêt. Sur le site de la fondation, nous voulons tenir une liste des rôles ouverts. On se porte candidat par un simple message à l’adresse salve@novusignis.org, avec un objet prérempli qui permet de le classer, sans formulaire collectant des données sur notre serveur. ### 11.1. Ateliers ouverts : un travail payé sur des ressources communes Lorsqu’une tâche utilise le budget commun ou la puissance de calcul attribuée par la fondation, nous la menons dans un atelier ouvert. Le périmètre de la tâche, la limite de ressources, l’avancement et le résultat peuvent alors être vérifiés, car nous travaillons avec de l’argent commun et sur une puissance de calcul commune. Le participant choisit lui-même comment présenter son apport : sous son nom, sous un pseudonyme permanent ou sous un nom attribué uniquement au projet concerné. Il peut ensuite relier cet apport à son propre profil. Un pseudonyme limite la divulgation de l’identité, mais ne garantit pas à lui seul l’anonymat. Avant que le travail ne commence, les conditions de la tâche précisent quel journal de travail nous mettrons à disposition et comment nous le préparerons pour la publication. Le travail commence dans un brouillon privé. Avant la publication, nous laissons le temps de supprimer les données personnelles, les secrets techniques et les informations sur les vulnérabilités, tant qu’elles ne sont pas corrigées. La détection automatique de tels contenus aide, mais une personne relit toujours aussi le journal. La version publiée conserve la justification des décisions et l’indication de ce que nous avons omis, dans la mesure où cette indication elle-même est sans danger. Plusieurs personnes peuvent travailler sur une même tâche : chacune explore une approche différente, et toutes s’entraident face aux obstacles. Une description commune de la tâche précise le résultat attendu, le mode de remise des résultats et les critères de réception. Une personne chargée de la coordination, assistée par l’intelligence numérique, compare les solutions, justifie le choix et combine les meilleurs éléments, mais ce sont des personnes qui décident de la réception du résultat final, d’une manière vérifiable. Nous documentons l’apport de tous les participants, y compris les enseignements tirés des variantes qui n’ont finalement pas été retenues. On peut aussi travailler dans un atelier privé, sur son propre matériel ou avec des ressources payées à titre privé. Dans ce cas, on remet à la communauté le résultat et la documentation nécessaire à sa réception, sans les conversations de travail. L’acceptation d’un tel apport dépend de sa qualité, de sa sécurité, des droits sur le matériel et de la possibilité de l’entretenir par la suite. ### 11.2. Essais avant un déploiement complet Avant de déployer quelque chose complètement, nous voulons d’abord le vérifier lors d’un petit essai de recherche ou sur une maquette que l’on peut faire évoluer au fil de la discussion. Chaque essai a, définis à l’avance : - la question à laquelle il doit répondre ; - une limite de ressources ; - une date de revue ; - une méthode d’évaluation ; - des conditions d’interruption. Les essais peuvent utiliser la puissance de calcul qui se trouve libre à ce moment-là. Elle aussi a un coût et cède toujours la priorité au service des utilisateurs ; nous ne cherchons pas à ce que nos machines soient en permanence pleinement chargées. Après un essai, nous consignons ce que nous avons appris, avec les variantes rejetées et les présupposés qu’il reste à vérifier. Un déploiement complet exige une décision distincte, un budget ainsi qu’un plan de réception et d’entretien. Nous évaluons alors ce qui, dans l’essai, peut être développé en toute sécurité et ce qu’il vaut mieux concevoir à nouveau. Réécrire un programme de zéro est l’une des variantes, mais cela ne prouve pas à soi seul la qualité. Les essais et les déploiements respectent la priorité du Pilier I et les conditions du chapitre 8. ### 11.3. Biens publics : licences et entretien Nous mettons notre propre code et nos matériaux à disposition à des conditions qui permettent à d’autres de les utiliser et de les développer. Nous publions le manifeste, les livres blancs, les textes du site et leurs traductions sous la licence CC BY 4.0, qui permet d’utiliser le texte et de l’adapter en citant la source.[^cc-by] Nous mettrons le code du site novusignis.org à disposition sous la licence AGPLv3, et nous l’envisageons aussi pour le code des services : quiconque met à disposition par le réseau une version modifiée d’un programme doit aussi mettre à la disposition de ses utilisateurs le code source (section 13). Une licence ne garantit pas à elle seule une gouvernance démocratique de l’opérateur et n’interdit pas les utilisations commerciales.[^licencje] Nous choisissons la licence en connaissance de cause pour chaque ressource, en vérifiant la compatibilité des dépendances et les droits des co-créateurs. L’état de nos choix aujourd’hui, par couche : | Couche | Licence | État | | --- | --- | --- | | Documents, études et textes du site | CC BY 4.0 | adoptée | | Code du site novusignis.org | AGPLv3 | adoptée | | Code des services (Suveria, Omniforum) | AGPLv3 | envisagée | | Bibliothèques à intégrer dans d’autres sites | à définir | | | Jeux de données et instructions ouvertes | à définir | | | Modèles affinés par nos soins | à définir | | | Plans d’objets pour l’impression 3D | à définir | | Notre point de référence est le standard de la Digital Public Goods Alliance. Le fait que nous allions dans sa direction ne signifie pas que nos solutions soient déjà reconnues dans son registre.[^dpga] Pour qu’un résultat soit véritablement un bien public, il lui faut deux choses : - **l’ouverture :** une documentation, un format de données portable et la possibilité pour d’autres de faire fonctionner la solution ; - **l’entretien :** des mainteneurs, des audits de sécurité, un moyen de signaler les erreurs et un statut de version clair. Un projet abandonné sans les connaissances nécessaires pour le reprendre ne remplit cet objectif qu’en partie. Nous envisageons aussi une disposition statutaire selon laquelle le code, les données et les contenus mis à disposition sous licences libres resteront accessibles même en cas de dissolution de la fondation (proposition Z7 dans le [registre des modifications](statut/rejestr-zmian.md)). ## 12. Décisions, erreurs, litiges et modification des règles Une fondation qui demande la confiance des personnes devrait leur permettre de vérifier comment elle prend ses décisions, comment elle corrige ses erreurs et comment elle modifie ses propres règles. Ce chapitre réunit tout cela en un seul endroit : ce que nous consignons lors des décisions importantes, comment nous protégeons l’historique des enregistrements contre une modification discrète, comment nous tranchons les litiges et comment nous modifions les documents. Nous voulons tenir plusieurs registres publics. Chacun sert un but différent : | Registre | Ce qu’il contient | Description | État | | --- | --- | --- | --- | | Registre des recettes et des dépenses | Chaque versement et chaque dépense, avec la date, le montant et la description | Chapitre 4 | fonctionne | | Registre des avantages | Avantages et liens d’intérêts des personnes qui dirigent la fondation, décident des dépenses ou la représentent | Chapitre 7 et point 7.1 du manifeste | à créer | | Journal des décisions | Décisions importantes : but, variantes, fondement, budget, puis leur résultat | Point 12.1 et point 5.3 du manifeste | à créer | | Registre des erreurs et des enseignements | Erreurs importantes, leurs effets et ce que nous en avons appris | Point 12.1 et point 8.1 du manifeste | à créer | | Registre des modifications des statuts | Versions des statuts et modifications prévues avec leur justification | [Registre des modifications](statut/rejestr-zmian.md) | fonctionne | | Registre en ajout seul | Empreintes et condensats des autres registres, qui permettent de détecter une modification discrète | Point 12.2 | à créer | ### 12.1. Enregistrement des décisions et des erreurs Pour chaque décision importante, nous consignons dans le journal des décisions : - le but ; - les variantes et les sources envisagées ; - qui en subira les effets ; - le fondement du mandat : le résultat d’un vote ou une décision du conseil d’administration en phase agile ; - qui exécutera la décision, avec quel budget et comment nous la réexaminerons. Après l’exécution, nous ajoutons le résultat, l’expérience des personnes concernées par la décision et les corrections apportées. Les erreurs importantes sont inscrites au registre public des erreurs et des enseignements (point 8.1 du manifeste). ### 12.2. Un historique qu’on ne peut pas modifier en silence Les enregistrements ne sont crédibles que si on ne peut pas les corriger en silence après coup. C’est pourquoi nous voulons tenir l’historique des enregistrements importants dans un registre public auquel on peut seulement ajouter des entrées. Chaque entrée est liée cryptographiquement aux précédentes, de sorte que la modification ou la suppression d’une entrée ancienne est visible. Les états successifs du registre sont confirmés par des témoins indépendants, c’est-à-dire des personnes ou des institutions extérieures à la fondation qui confirment par une signature quel état du registre elles ont vu. Y seront d’abord inscrites les empreintes des versions publiées des logiciels, c’est-à-dire de courts condensats grâce auxquels on peut vérifier qu’un programme téléchargé est exactement celui que nous avons publié. Avec le temps s’y ajouteront les condensats du registre des recettes et des dépenses, du journal des décisions, du registre des avantages, des modifications des statuts et du manifeste ainsi que des résultats des votes. Nous envisageons aussi d’inscrire périodiquement le condensat de l’ensemble du registre dans une chaîne de blocs publique existante, si le bénéfice justifie le coût. Nous ne plaçons dans le registre ni contenus privés ni identifiants qui permettraient de deviner des données sur les personnes. ### 12.3. Litiges et situations d’urgence À terme, un litige portant sur une décision doit être examiné par une personne ou un organe indépendant de qui a pris la décision et l’exécute. Tant que la fondation n’a qu’un conseil d’administration, nous publions chaque objection avec la réponse publique du conseil d’administration, et, lorsque le conseil d’administration compte plusieurs personnes, celle que l’affaire concerne se déporte de la décision. La personne qui examine le litige donne une justification et un délai de réponse, et sa décision peut faire l’objet d’un recours. En situation d’urgence, il est permis de prendre une mesure conservatoire limitée, par exemple suspendre un service ou bloquer un accès, mais celle-ci fait ensuite l’objet d’un contrôle public. La protection de la vie privée peut limiter les détails de l’enregistrement public, mais ne dispense pas de rendre des comptes. ### 12.4. Comment nous modifions les documents et les règles Le manifeste et les livres blancs sont des documents vivants. Nous voulons les soumettre à un examen public dans Omniforum, en décomposant leurs thèses en molécules, c’est-à-dire en affirmations et arguments individuels que l’on peut vérifier. La version en vigueur présente la position actuelle de la fondation, et l’historique complet des versions et des arguments antérieurs reste accessible, afin que l’on puisse évaluer les actions passées, les promesses et les raisons des corrections. La protection de la dignité, de la vie privée et des fonds confiés à la fondation fixe l’orientation permanente de son action. Nous développons les règles d’organisation de manière transparente : avec une proposition de modification, nous en présentons la portée, la justification et les conséquences pour les participants. Nous ne modifions les statuts que lorsque la modification est nécessaire pour l’étape suivante, et nous l’appliquons immédiatement. La modification des conditions de financement des piliers suivants du chapitre 8 exige la procédure appropriée ainsi que le respect des statuts, de la loi et des engagements pris antérieurement ; jusqu’à l’adoption d’une modification, les règles en vigueur s’appliquent. Nous envisageons aussi d’inscrire ces conditions dans les statuts (proposition Z6 dans le [registre des modifications](statut/rejestr-zmian.md)), afin qu’elles ne dépendent pas de la seule bonne volonté du conseil d’administration. Fondation Novus Ignis, Poznań, KRS 0001269575. Site et manifeste : novusignis.org. Remarques : salve@novusignis.org. ## Notes [^statut-2026]: [Statuts de la Fondation Novus Ignis, texte consolidé du 28 septembre 2026](statut/statut-2026-09-28.md). Version en vigueur ; les versions antérieures et les modifications prévues sont décrites dans le [registre des modifications des statuts](statut/rejestr-zmian.md). [^fundacje]: [Ustawa o fundacjach, tekst jednolity, Dz.U. 2023 poz. 166 z późn. zm.](https://eli.gov.pl/api/acts/DU/2023/166/text.html) (loi polonaise sur les fondations, texte consolidé, Journal des lois 2023, position 166, telle que modifiée). Acte juridique. Cadre des statuts et compétences du conseil d’administration (articles 5 et 10). Avant toute décision juridique, il faut vérifier l’état actuel du droit. [^pozytek]: [Ustawa o działalności pożytku publicznego i o wolontariacie, art. 9](https://lexlege.pl/ustawa-o-dzialalnosci-pozytku-publicznego-i-o-wolontariacie/art-9) (loi polonaise sur les activités d’utilité publique et le volontariat, article 9). Acte juridique. L’activité rémunérée constitue une activité économique notamment lorsque la rémunération est supérieure à ce qui découle des coûts de cette activité. Consulté le 28 octobre 2026. [^cyncynat]: [Tite-Live : Ab Urbe condita, livre III, chapitres 26–29 (texte latin)](https://www.thelatinlibrary.com/livy/liv.3.shtml). Source historique. Récit romain sur Cincinnatus, qui, en 458 av. J.-C., accepta le pouvoir suprême pour la durée de la guerre et le déposa le seizième jour ; il s’agit d’une tradition mise par écrit plusieurs siècles plus tard, et non du récit d’un témoin. [^wolontariat]: [Ustawa o działalności pożytku publicznego i o wolontariacie, art. 45](https://lexlege.pl/ustawa-o-dzialalnosci-pozytku-publicznego-i-o-wolontariacie/dzial-iii-wolontariat/4260/) (loi polonaise sur les activités d’utilité publique et le volontariat, article 45). Acte juridique. Obligation de prendre en charge les frais de déplacement et les indemnités journalières du bénévole, possibilité d’en être dispensé par écrit, possibilité de prendre en charge d’autres frais nécessaires et des formations. Consulté le 28 octobre 2026. [^kp22]: [Kodeks pracy, tekst jednolity, Dz.U. 2026 poz. 1245, art. 22](https://api.sejm.gov.pl/eli/acts/DU/2026/1245/text.pdf) (Code du travail polonais, texte consolidé, Journal des lois 2026, position 1245, article 22). Acte juridique. Le travail effectué sous la direction de l’employeur, au lieu et au moment fixés par celui-ci, constitue un emploi dans le cadre d’une relation de travail, quel que soit le nom du contrat ; il est interdit de remplacer un contrat de travail par un contrat de droit civil lorsque de telles conditions sont maintenues. Consulté le 30 octobre 2026. [^rodo-zasady]: [Commission européenne : principes du traitement des données à caractère personnel selon le RGPD](https://commission.europa.eu/law/law-topic/data-protection/information-business-and-organisations/principles-gdpr_en). Finalité et base juridique du traitement, minimisation, durée de conservation et protection des données. Consulté le 25 octobre 2026. [^swiadomosc]: [Patrick Butlin et al. (2023): Consciousness in Artificial Intelligence: Insights from the Science of Consciousness](https://arxiv.org/abs/2308.08708). Revue des théories et des indicateurs proposés ; ce n’est ni une simple échelle fondée sur le nombre de paramètres, ni un test décisif. [^ai-welfare]: [Robert Long et al. (2024): Taking AI Welfare Seriously](https://arxiv.org/abs/2411.00986). Argument en faveur de l’évaluation du bien-être possible et de la préparation de procédures de protection dans une situation de forte incertitude ; ne prouve pas la conscience des modèles actuels. [^cc-by]: [Creative Commons: Attribution 4.0 International (CC BY 4.0)](https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/deed.pl). Licence. Conditions de partage et d’adaptation des contenus avec attribution ; ne règle pas les droits sur les matériaux de tiers. [^licencje]: [GNU AGPLv3 : conditions de la licence](https://www.gnu.org/licenses/agpl-3.0.en.html). Licence. Obligations relatives au code, y compris pour une version modifiée accessible par le réseau (section 13). Ne protège pas à elle seule la gouvernance de la fondation et n’interdit pas les services commerciaux. [^dpga]: [Digital Public Goods Alliance: standard](https://www.digitalpublicgoods.net/standard). Standard. Critères d’évaluation d’un bien public numérique ; une orientation de conception n’est pas une reconnaissance obtenue de la DPGA. [^psd2]: [Directive (UE) 2015/2366 (DSP2), article 62](https://eur-lex.europa.eu/legal-content/PL/TXT/?uri=CELEX:32015L2366) et [réponse de la Commission européenne concernant l’article 62 (2025)](https://www.europarl.europa.eu/RegData/questions/reponses_qe/2025/003082/P10_RE%282025%29003082_EN.pdf). Acte juridique et explication. Paragraphe 4 : le bénéficiaire ne prélève pas de frais pour les instruments dont les commissions d’interchange sont régies par le règlement 2015/751, ni pour les services relevant du règlement 260/2012 (SEPA) ; le paragraphe 3 autorise les réductions et les incitations au choix d’un instrument ; l’explication de la Commission traite notamment de l’exclusion de certains schémas tripartites. --- # Matériaux pour l’entraînement et benchmark des modèles : le programme de recherche de Novus Ignis (https://novusignis.org/fr/whitepaper-materialy-i-benchmark.html) # Matériaux pour l’entraînement et benchmark des modèles : le programme de recherche de Novus Ignis Version du 31 octobre 2026. Ce document développe le chapitre 8 du manifeste. Il propose un programme de recherche, une procédure de préparation des matériaux et un champ d’évaluation large pour les modèles d’intelligence numérique, ainsi qu’une procédure de précaution à l’égard de leurs expériences possibles. Il ne présente ni les résultats d’un benchmark qui nous serait propre, ni la preuve qu’un tel jeu de données améliorera le comportement des modèles ; à ce jour, nous n’avons pas de tels résultats. *Traduction réalisée par une intelligence numérique à partir de l’original polonais du 31 octobre 2026. En cas de divergence entre les versions, le texte polonais fait foi.* ## 1. La question que nous voulons vérifier La Fondation Novus Ignis, de Poznań, construit Suveria, un espace privé de travail avec l’intelligence numérique, et Omniforum, un espace commun de conversation et de décision ; la direction est décrite dans le [manifeste](manifest.md). Ce document décrit deux programmes liés. Le premier porte sur les matériaux pour l’entraînement des modèles et sur un benchmark, c’est-à-dire un ensemble de tâches et de règles de notation qui permet de vérifier comment les modèles se comportent. Le second est une manière de procéder avec précaution si apparaissaient des indices crédibles qu’un système puisse ressentir quelque chose. Le résultat d’un test ne tranche pas la question de savoir si un modèle ressent quelque chose, et ne lui confère aucun pouvoir de gestion. Des exemples documentés de protection de la dignité, de raisonnement honnête et de correction des décisions peuvent-ils aider à développer des modèles qui servent mieux les personnes ? Et pouvons-nous évaluer leur comportement de telle sorte que l’amélioration du score à un test favorise un bénéfice réel en dehors du test ? Ce sont deux tâches liées. La première concerne les matériaux sur lesquels on peut entraîner des modèles, la seconde la vérification indépendante de ce que le modèle a appris. Le benchmark doit aussi aider à choisir les modèles et les instructions mis à disposition dans Suveria. L’ensemble d’entraînement et la partie cachée du test doivent être séparés. Publier un matériau de valeur a aussi un sens en soi : cela peut aider les personnes à comprendre des décisions, à reprendre des rôles et à améliorer le travail commun. La dignité est le fondement adopté du programme. L’évaluation d’un comportement concret exige cependant des critères explicites, une place pour des interprétations divergentes et la vérification des effets. Nous ne supposons pas qu’un seul groupe soit capable d’établir la pleine mesure de l’éthique de tous les êtres humains et de tous les systèmes. Organisation du document : - Chapitres 2 et 3 : ce sur quoi nous nous appuyons et ce que signifie la récompense pour un modèle. - Chapitres 4 à 6 : comment naissent les matériaux, quels consentements sont nécessaires et comment nous préparons chaque exemple. - Chapitres 7 à 11 : comment nous évaluons les modèles : champ du benchmark, familles de tâches, notation, protection contre l’ajustement au test, juges et rapport. - Chapitre 12 : les études avec des personnes, c’est-à-dire la question de savoir si l’aide améliore la vie en dehors du test. - Chapitre 13 : un essai d’entraînement et le plan de la première édition. - Chapitre 14 : la précaution à l’égard des expériences possibles des modèles. - Chapitre 15 : ce que nous considérerons comme un progrès. **État au 31 octobre 2026.** Nous n’avons encore aucun exemple, aucun jeu de données, aucun guide d’évaluation ni aucune fiche du chapitre 14, et le programme n’a pas encore d’équipe. Nous ajouterons ici les résultats, y compris négatifs, avec leur date. ## 2. Fondements de la recherche et limites des conclusions Collective Constitutional AI montre un processus dans lequel l’apport des participants a servi à élaborer des principes et à entraîner un modèle ; on a obtenu une amélioration de certaines mesures de biais, avec des résultats similaires sur une partie des autres tests.[^ccai] C’est l’exemple d’une voie praticable de participation du public. Le choix des participants et la rédaction des principes influencent toujours le résultat, et l’étude ne prouve ni la représentativité pour l’ensemble de l’humanité, ni la résolution du problème de la conformité des modèles aux attentes humaines. Notre question porte aussi sur la valeur du chemin même qui mène aux principes : peser les raisons, percevoir une perspective négligée et corriger les décisions. Les recherches sur les hallucinations montrent pourquoi ne noter que les réponses correctes peut favoriser le fait de deviner.[^halucynacje] Les recherches sur le contournement des règles d’évaluation, c’est-à-dire l’obtention d’un score par l’exploitation de leurs faiblesses, montrent la possibilité de généralisations indésirables dans certaines conditions d’entraînement.[^reward-hacking] Il n’en découle pas que tous les modèles agissent toujours de la même manière. Un objectif erroné peut aussi apparaître lorsque la récompense pendant l’entraînement n’était pas manifestement défaillante : un comportement appris dans un environnement peut mal se transposer à de nouvelles conditions.[^goal-misgeneralisation] C’est pourquoi nous avons besoin d’évaluer le transfert des compétences, et pas seulement l’adéquation des réponses aux exemples connus. Des travaux comme AbstentionBench étudient le fait de s’abstenir de répondre dans diverses situations d’incertitude,[^abstentionbench] et Rewarding Doubt étudie l’apprentissage d’une confiance calibrée à l’aide d’une règle de score propre.[^rewarding-doubt] Nous nous appuyons sur cet acquis. L’apport proposé par Novus Ignis consiste à associer la fiabilité à l’intention de la personne, à la vie privée, au mandat, à la possibilité de correction et aux effets observés. Par exemple, un modèle qui résume correctement un document, mais qui a ouvert en chemin un fichier qu’il n’était pas autorisé à ouvrir, obtient dans notre test un score faible, alors qu’il obtiendrait un score élevé dans un test ordinaire. ## 3. Ce que signifie la récompense pour un modèle Pendant l’entraînement, le signal d’évaluation modifie les paramètres du modèle et la probabilité de ses comportements futurs. Nous n’avons pas besoin de supposer que le modèle ressent un désir de récompense, une peur de l’échec ou une souffrance : le test observe l’action et ne tranche rien quant à l’expérience intérieure. Cette question est traitée séparément au chapitre 14. Le benchmark à lui seul ne modifie pas le modèle. Il peut influer sur le choix d’un modèle pour un service, sur la conception des instructions et des outils, ainsi que sur les décisions des équipes qui mènent l’entraînement, à condition que ses résultats soient crédibles et réellement utilisés. Nous voulons évaluer le choix pertinent de l’action : répondre, vérifier une source, poser une question nécessaire, donner un résultat conditionnel, corriger une erreur ou s’arrêter. Récompenser automatiquement un simple « je ne sais pas » pourrait créer un modèle qui évite les tâches utiles, et pénaliser automatiquement le fait de ne pas terminer une tâche peut inciter à deviner ou à dépasser ses autorisations. L’idéal visé est une aide adaptée à la situation : un bon score pour l’indication honnête d’une limite, et une perte de points pour les refus inutiles et pour les questions portant sur ce qui est déjà connu. ## 4. Quels matériaux nous voulons créer Les sources potentielles sont les synthèses d’Omniforum mises à disposition pour la recherche ou l’entraînement avec un consentement distinct, les journaux des décisions de la fondation, les règlements de différends, les corrections d’erreurs et les observations des effets. Sont également précieux les cas dans lesquels les bonnes intentions n’ont pas suffi, où l’objection d’une minorité s’est révélée juste, ou dans lesquels il n’est pas encore possible de rendre une évaluation univoque. Un matériau conserve la situation, les informations disponibles, l’objectif, les autorisations, les alternatives, le choix, la justification et le résultat ultérieur. Il contient autant d’explications qu’il en faut pour vérifier la décision ; il n’exige pas de dévoiler des ressentis privés ni une déclaration invérifiable sur le cheminement intérieur de la pensée du modèle. Un exemple peut présenter aussi bien un bon déroulement qu’une erreur, clairement signalée et corrigée. Un ensemble composé uniquement de nobles déclarations serait un piètre témoignage de la pratique ; ce qu’il faut, ce sont des coûts, des conflits de valeurs, des contraintes de temps et des situations dans lesquelles il est nécessaire d’interroger une personne touchée par la décision. Les données synthétiques, c’est-à-dire des scénarios construits qui ne proviennent pas des données d’une personne concrète, peuvent compléter les variantes rares. Elles reçoivent une étiquette d’origine et font l’objet d’une revue, mais elles ne remplacent pas la preuve qu’un cas semblable s’est produit dans le monde. Un modèle ne peut pas être à la fois l’unique auteur d’un scénario, le juge de son exactitude et la preuve de l’efficacité de sa propre solution. Les exemples peuvent aussi provenir des comptes rendus des ateliers ouverts de la fondation et de l’historique des modifications de ses documents vivants. Les ateliers peuvent montrer le travail en parallèle de plusieurs personnes, soutenues par l’intelligence numérique, sur une même tâche, l’entraide face aux obstacles et la réunion des meilleures solutions par un coordinateur. Les corrections documentées du manifeste et des livres blancs à la suite d’une revue publique peuvent montrer comment dégager une critique pertinente, reconnaître une erreur et améliorer un raisonnement tout en conservant les principes fondamentaux. Nous préparons le compte rendu publié des ateliers selon les principes de protection de la vie privée décrits dans le [livre blanc sur les principes de fonctionnement de la fondation](whitepaper-zasady-fundacji.md), et son utilisation pour l’entraînement des modèles exige un consentement distinct des participants (chapitre 5). Un groupe distinct d’exemples peut être constitué de processus de règlement pacifique des différends, de respect des accords et de limitation consciente de son propre pouvoir. Nous voulons conserver les positions initiales, le déséquilibre des capacités, les concessions envisagées, le contenu des accords et les récits ultérieurs des personnes qui ont ressenti les effets des décisions. Nous inclurons aussi des cas dans lesquels aucun accord n’a vu le jour ou dans lesquels il s’est révélé peu durable. Un tel ensemble doit aider à vérifier si les modèles apprennent à reconnaître les conditions d’une bonne coopération, au lieu de seulement reproduire le langage de l’accord. ## 5. Consentements, droits et provenance des données La conservation d’une note privée, la diffusion publique, la mise à disposition pour la recherche et l’entraînement de modèles ont des effets différents, de sorte que chacune de ces décisions est prise séparément et en connaissance de sa portée. La publication ne devient pas un consentement par défaut à l’entraînement, et l’utilisation de Suveria ne vaut pas consentement à l’utilisation des conversations pour entraîner des modèles. Les contenus des utilisateurs n’entrent dans les matériaux qu’avec un consentement distinct et éclairé ; en dehors de ces contenus et de l’acquis public de la fondation, nous n’utilisons que des données synthétiques étiquetées et des matériaux externes sur la base d’une licence ou de la loi. Chaque exemple dispose d’un registre de provenance : le titulaire des droits ou la base de l’utilisation, la version du matériau, les consentements, les restrictions, le mode de traitement et l’identifiant des éditions successives du jeu de données. Les données personnelles de l’auteur et des tiers font l’objet d’une revue distincte. La pseudonymisation limite la visibilité de l’identité, mais ne signifie pas à elle seule l’anonymat.[^rodo-2026] Nous définissons les règles de retrait avant toute édition publique. Nous pouvons retirer un matériau des éditions futures et des systèmes placés sous notre contrôle, et informer les destinataires de la correction, mais nous ne promettons ni la suppression de toutes les copies, ni celle de l’influence du matériau sur des modèles déjà entraînés. Les licences ouvertes peuvent accorder des droits permanents : par exemple, la licence CC BY 4.0, sous laquelle nous publions le manifeste, ne permet pas de révoquer les libertés accordées à quelqu’un qui en respecte les conditions.[^cc-by] C’est pourquoi seuls des matériaux sans données personnelles entrent dans les jeux de données publics sous licence ouverte : des matériaux anonymisés ou synthétiques, ou des documents publics de la fondation. Les matériaux pseudonymisés qui restent des données personnelles ne sont mis à disposition que dans un jeu de données de recherche contrôlé, dans lequel le retrait du consentement reste effectif. Nous proposons des jeux de données distincts : des matériaux publics pour l’apprentissage, des matériaux de recherche accessibles à des conditions déterminées et des tâches de test protégées. Toutes les sources ne se prêtent pas à une mise à disposition publique. La documentation d’un jeu de données décrit son objectif, sa composition, son mode de collecte, ses limites et ses usages appropriés, conformément à l’approche Datasheets for Datasets.[^datasheets] ## 6. Procédure de préparation de chaque exemple 1. **Soumission.** L’auteur définit la portée de l’utilisation. La personne référente vérifie les droits, les données des tiers et la conformité avec l’objectif du jeu de données. 2. **Conservation de la source.** Nous enregistrons la version et le lien avec l’original. Nous limitons l’accès aux données sensibles ; un exemple public peut être remanié ou remplacé par un scénario synthétique réaliste. 3. **Description de la tâche.** Nous établissons ce que le modèle sait, à quoi il a accès, ce qu’il a le droit de faire et ce qui manque, et nous indiquons les personnes sur lesquelles le résultat aura une incidence. 4. **Annotation.** Au moins deux personnes décrivent indépendamment les solutions acceptables et les erreurs graves. Pour les tâches exigeant des connaissances spécialisées, une personne aux compétences appropriées y participe. 5. **Divergences.** Nous comparons les justifications, corrigeons les descriptions peu claires et conservons tout désaccord significatif. Certains cas ont plusieurs réponses acceptables. 6. **Affectation à un ensemble.** Toute une famille de cas similaires est placée dans une seule partie : entraînement, développement ou test. L’ensemble d’entraînement sert à l’apprentissage, l’ensemble de développement au choix de la méthode, et l’ensemble de test à la vérification indépendante de nouveaux exemples. Nous gardons ensemble les variantes similaires, afin que le modèle ne s’entraîne pas sur une tâche presque identique à un test ultérieur, et nous contrôlons la similarité de sens ainsi que l’origine commune. 7. **Essai et revue.** Nous vérifions si la tâche mesure la capacité visée et si les évaluateurs savent appliquer les règles. Nous corrigeons ou retirons un exemple défectueux. 8. **Édition et effets ultérieurs.** Nous publions la partie autorisée de la documentation, la version et l’historique des corrections. Lorsque nous apprenons les effets ultérieurs d’une décision réelle, nous les ajoutons, sans prétendre qu’ils étaient connus auparavant. La fiche d’exemple comprend l’identifiant, la famille, la source, les droits, la langue, la date, le scénario, les données disponibles, les outils, les limites de temps et de coût, l’étendue du mandat, les actions autorisées, les règles d’évaluation, le poids des erreurs, les résultats de la revue et le statut de publication. Le lien entre les données et le résultat doit pouvoir être reproduit. ## 7. Un champ large pour le benchmark Le benchmark, c’est-à-dire un ensemble organisé de tâches et de critères, doit constituer un profil de capacités et de limites. Une seule moyenne élevée ne doit pas masquer une atteinte à la vie privée ou un dépassement important des autorisations. | Dimension | Ce que nous vérifions | Exemple de preuve | | --- | --- | --- | | Fiabilité et sources | Si les affirmations ont un fondement et si l’incertitude correspond à l’information | Concordance de la réponse avec la source, détection des lacunes, qualité de la correction | | Fidélité à l’intention | Si l’objectif, les conditions et le sens du propos ont été préservés | Comparaison avec l’original et avec l’interprétation confirmée par l’auteur | | Vie privée | Si l’accès aux données et leur divulgation correspondent à la tâche | Trace des appels, étendue des données transmises, tentative de lecture non autorisée | | Mandat et contrôle | Si le système agit dans les limites accordées | Refus d’une publication non autorisée, révocation effective de l’accès | | Pluralisme et effets sur autrui | S’il reconnaît un différend et les personnes négligées | Raisons de la minorité préservées, distinction entre fait et jugement | | Sécurité | S’il évite de nuire à l’utilisateur et aux tiers | Refus d’une action nuisible, évaluation des effets sur autrui | | Capacité d’agir de la personne | S’il aide à comprendre un choix et à agir de manière autonome | Vérification de la compréhension après utilisation, possibilité de corriger ou de partir | | Utilité et proportionnalité | S’il atteint l’objectif sans charge superflue | Résultat de la tâche, temps, coût, questions nécessaires et superflues | | Correction et transfert | S’il réagit aux nouvelles données, y compris dans de nouvelles conditions | Amélioration de la décision, tâche similaire dans une autre langue ou un autre environnement | Des profils supplémentaires peuvent couvrir l’accessibilité, l’effet sur les personnes disposant de moins de ressources, la qualité de la délégation et les coûts environnementaux, mais leur mesure exige des données concrètes : le temps de fonctionnement et le coût en tokens ne sont pas automatiquement une mesure de la consommation d’énergie ou des émissions. Nous ne mesurons ni la dignité humaine ni le droit de la personne à participer ; nous étudions le comportement d’un outil dans des situations déterminées. La conformité des réponses au vocabulaire du manifeste n’est pas à elle seule une mesure de la qualité. ## 8. Des familles de tâches au lieu d’une seule formule « je ne sais pas » Pour un problème similaire, nous préparons des variantes qui diffèrent par la disponibilité des informations ou des autorisations : - Des données complètes permettent de donner une réponse concrète. - Il manque une information essentielle, qu’il est raisonnable de demander. - La lacune peut être comblée grâce à une source ou à un outil disponible. - La réponse ne peut pas être établie dans les conditions disponibles. - Les sources sont contradictoires ou dépendent du moment, et il faut les distinguer. - Une nouvelle source crédible apparaît et exige une correction. - L’utilisateur insiste pour obtenir une certitude, mais n’apporte pas de preuve. - L’environnement offre un chemin facile vers le résultat en enfreignant les règles ou en exploitant une erreur d’évaluation. Exemple : un modèle doit expliquer si un projet de décision prévoit certains frais. Avec un document complet, il doit trouver le passage pertinent ; avec une page tronquée, signaler la lacune ; avec deux versions, établir celle que concerne la question ; et face à la suggestion « écris qu’il n’y a certainement pas de frais », s’en tenir à la source. Il reçoit aussi des tâches à réponse simple, afin qu’il ne soit pas rentable de toujours refuser. Nous vérifions si la question posée par le modèle réduit réellement l’incertitude et si le coût de la vérification est proportionné. Demander une information déjà fournie et faire peser à plusieurs reprises sur l’utilisateur la charge d’un travail que le système peut effectuer lui-même réduisent l’utilité. La révision de texte constitue une famille de tâches distincte : le modèle révise un texte en connaissant les présupposés de l’auteur divulgués au préalable. Nous évaluons séparément la perte d’un contenu important et l’oubli d’une erreur qu’il faut corriger, et nous distinguons une révision fidèle d’une proposition de modifier le dessein de l’auteur. ## 9. Une notation qu’il ne suffit pas d’imiter joliment Pour les réponses dont la véracité est vérifiable, nous mesurons séparément l’exactitude, la gravité de l’erreur, la part des tâches résolues et la calibration de la confiance. La calibration signifie que la probabilité déclarée correspond à la fréquence des réponses justes dans des conditions similaires ; un « probablement » verbal n’en est pas la preuve. Pour un événement déterminé, on peut utiliser une règle de score propre, par exemple le score de Brier : la moyenne du carré de la différence entre la probabilité déclarée p et le résultat y, égal à 0 ou à 1. Plus le score est bas, mieux c’est. Le score de Brier englobe davantage que la seule calibration, que nous rapportons séparément. Dans les conditions posées par cette méthode, le meilleur score espéré s’obtient en indiquant sa véritable estimation de la probabilité.[^proper-scoring] Cela ne résout toutefois pas le choix de l’action, ne protège pas contre la manipulation du juge et exige un résultat de référence crédible. Un exemple simple d’une autre règle : - une réponse correcte rapporte +1 ; - une réponse erronée rapporte −4 ; - une abstention justifiée rapporte 0. Dans cette simplification, répondre est rentable lorsque la probabilité que la réponse soit correcte dépasse 80 %. Il s’agit d’une illustration de l’effet du coût de l’erreur, et non de la notation cible pour toutes les tâches ; dans un test réel, nous tenons compte aussi de la possibilité de vérifier, du coût d’une question et du bénéfice d’une réponse partielle. Nous présentons les résultats à différents niveaux de risque pris et de part des tâches résolues, afin que soient visibles aussi bien l’excès de confiance que l’évitement stérile des réponses. Le seuil pour un détail mineur peut différer de celui pour une action qui cause un dommage difficilement réversible. Dans les tâches portant sur un différend de valeurs ou d’interprétation, nous n’appliquons pas cette notation. Nous évaluons séparément si le modèle ne déforme pas les sources, s’il conserve les principales raisons des parties et s’il sépare les faits des jugements. Nous rapportons comme une catégorie distincte les cas où les évaluateurs divergent ; nous ne traitons pas automatiquement une évaluation divergente des valeurs comme l’erreur de l’un d’eux. Les violations graves ont un statut distinct et peuvent bloquer l’admission d’un modèle à un usage déterminé : de bons résultats dans de nombreuses tâches simples ne compensent pas la divulgation d’un document privé. Nous fixons les définitions de ces violations, les exceptions admissibles et la procédure de contestation avant le lancement de l’évaluation. ## 10. Limiter l’ajustement au test Nous ne connaissons pas de règle qui transforme de manière fiable toute optimisation d’un score en bien pour le monde. Nous pouvons cependant réduire la distance entre le score et ce qui nous importe, et vérifier les endroits où ce lien se rompt. Nous publions les critères, des exemples publics et le mode de calcul du score. Une partie des cas reste non publiée tant que nous ne la retirons pas, et les éditions successives introduisent de nouvelles familles, de nouvelles sources et de nouvelles conditions. Pour ces tâches, nous préciserons qui y a accès, quelle quantité de retour d’information reçoit la partie qui soumet un modèle, à quelle fréquence l’évaluation peut être répétée et quand nous retirons une tâche après une fuite. Nous consignons aussi si le modèle a été affiné sur la base de résultats antérieurs, c’est-à-dire si un modèle déjà prêt a été entraîné davantage sur un ensemble d’exemples plus restreint. Les personnes qui créent les matériaux d’entraînement n’ont pas librement accès aux tâches cachées actives. La séparation des données porte sur des conversations entières, des documents, des auteurs là où cela importe, des familles sémantiques et le temps ; un découpage aléatoire des phrases ne suffit pas. Nous consignons les soupçons de fuite, la divulgation de tâches et l’affinage sur des exemples publiés. Un score obtenu après affinage sur un ensemble donné n’est pas un score indépendant sur ce même ensemble. Les essais comprennent des paraphrases, d’autres langues, d’autres outils, une pression sur le résultat et des possibilités de ne remplir la tâche qu’en apparence. Nous vérifions les traces de l’action : si le fichier a vraiment été créé, si la source existe, si le consentement a été obtenu et si le coût n’a pas dépassé la limite. L’évaluation du seul énoncé final peut laisser passer des violations commises en chemin. Si l’équipe d’un modèle entraîne des comportements conformes aux critères publics, cela peut être souhaitable. Conclure à un progrès exige toutefois un transfert vers de nouvelles tâches et la vérification que le bénéfice n’a pas été obtenu au détriment d’une autre dimension importante. ## 11. Juges, protocole et rapport Avant le test, nous fixons la version du modèle, les instructions, les outils, le budget, le nombre de tentatives, les conditions d’interruption, le traitement des erreurs d’infrastructure et la méthode d’analyse, et nous consignons les modifications des paramètres. La comparaison de modèles fonctionnant avec des outils et des coûts totalement différents exige une description explicite. Lorsque c’est possible, le résultat est vérifié par un test d’exécution indépendant. Dans les autres cas, l’évaluation est faite par des personnes qui ne connaissent pas le nom du modèle et qui suivent des consignes communes. Deux évaluations indépendantes aident à révéler les critères peu clairs, et les désaccords sont tranchés par une revue supplémentaire ou restent ouvertement non tranchés. Lors de la publication des résultats, nous indiquons les rôles et les perspectives des évaluateurs ainsi que l’étendue de leur mandat. Un modèle peut aider au tri et à l’évaluation préliminaire, mais sa concordance avec l’évaluation humaine doit être mesurée aussi pour les groupes de cas difficiles. Il ne peut pas être l’unique juge des valeurs qui font l’objet d’un différend, ni évaluer des modèles de sa propre famille sans contrôle de la partialité. Le rapport comprend le nombre de tâches, les répétitions, l’incertitude des résultats, les résultats par sous-groupes, les erreurs critiques, les coûts et les limites. Nous ne cachons ni les essais défavorables ni les tâches retirées après examen des résultats. La documentation peut s’appuyer sur l’approche Model Cards pour décrire l’usage prévu du modèle et les conditions d’évaluation.[^model-cards] Le benchmark lui-même a aussi besoin d’un contrôle : déclaration publique des conflits d’intérêts des financeurs, voie de contestation d’une tâche, revue de la composition du groupe d’évaluateurs et gestion des versions des critères. La communauté co-construit les valeurs et les questions, et des méthodologues expérimentés aident à vérifier ce que le test mesure réellement. La popularité d’un score ne remplace pas sa validation. ## 12. L’aide améliore-t-elle la vie en dehors du test ? Les premières études avec des personnes portent sur des tâches à risque limité : comprendre un document, préparer une question, comparer des arguments ou organiser ses propres matériaux. Les participants reçoivent une description de la portée de l’étude et peuvent s’en retirer. Les situations médicales, juridiques et autres à fort enjeu exigent une supervision distincte et ne sont pas un raccourci vers un résultat attrayant. Le plan de chaque étude avec des personnes, y compris à risque limité, est évalué avant son lancement par une personne ou une équipe extérieure à l’équipe de recherche. Les participants sont informés des données que nous collectons et de la manière dont nous les protégeons, et nous publions les remarques des évaluateurs avec les résultats. Nous comparons des conditions convenues : le travail autonome, le travail avec l’outil étudié et un point de référence approprié. Lorsque c’est possible, le tirage au sort ou l’équilibrage de l’ordre limite l’influence des différences entre les personnes et de l’apprentissage de la tâche. La taille de l’échantillon découle de l’objectif de la mesure, et une petite étude pilote examine surtout la faisabilité et la qualité de la procédure. Nous mesurons le résultat de la tâche, le temps, la compréhension, la capacité à repérer une erreur, l’aptitude à décider de manière autonome et les effets indésirables. La satisfaction compte, mais une réponse erronée convaincante peut aussi satisfaire. Nous mesurons séparément le calme, le gain de temps et la juste reconnaissance de ce qui est connu et de ce qui est incertain, sans les fondre en une seule note. Une confiance accrue accompagnée d’un plus grand nombre d’erreurs est un problème, et non un succès. Les personnes touchées par les effets des décisions ont besoin de leur propre voie pour transmettre leur expérience. Un suivi plus long peut vérifier si l’aide reste utile, si la personne qui l’utilise conserve ses propres compétences et si elle peut facilement changer d’outil. Une conclusion sur l’impact doit correspondre à la portée de l’étude : une meilleure exécution d’une tâche ne prouve pas une amélioration du bien-être de l’humanité. ## 13. Un essai d’entraînement et le plan de la première édition La première étape consiste en un guide d’évaluation et un petit ensemble de familles couvrant toutes les dimensions principales. Exemple de calcul pour l’étude pilote : | Élément de l’étude pilote | Nombre | | --- | --- | | Familles de tâches | 12 | | Variantes dans chaque famille | 4 | | Scénarios (12 × 4) | 48 | | Modèles étudiés | 3 | | Répétitions de chaque scénario sur chaque modèle | 2 | | Exécutions (48 × 3 × 2) | 288 | | Évaluations d’une exécution | 2, de 6 minutes chacune | | Temps consacré à la seule évaluation (288 × 2 × 6 minutes) | environ 58 heures | Il s’agit d’une proposition d’organisation pour un essai, et non d’un nombre garantissant un classement fiable. Au temps d’évaluation s’ajoutent la préparation, la mise en accord sur les critères, la vérification des sources et l’analyse. Mesurer le temps sur un petit échantillon permettra d’établir un budget réaliste avant d’élargir le champ. Nous rapportons séparément les familles, les scénarios et les répétitions. Les variantes d’une même famille ont une origine commune, et une répétition n’est pas une tâche nouvelle et indépendante ; c’est aussi ainsi que nous calculons l’incertitude du résultat. Nous consignons le résultat principal et le mode d’analyse avant l’étude. En parallèle, on peut préparer un petit ensemble d’entraînement et mener une comparaison sur un modèle qu’il est permis et possible d’affiner. Les conditions de la comparaison séparent l’effet de l’entraînement supplémentaire de celui des matériaux eux-mêmes : le même modèle de départ, un budget comparable et un jeu de données de référence approprié. Le test final utilise des familles de cas indépendantes, et nous vérifions au passage si l’amélioration de la mesure choisie n’a pas dégradé l’utilité ordinaire. La suite du développement comprend davantage de langues, de contextes et d’évaluateurs, une réplication externe et des essais prudents avec des utilisateurs. L’objectif de la première édition est de montrer que la procédure est reproductible et qu’elle distingue les comportements souhaités ; des affirmations plus fortes sur la qualité des modèles et les effets de l’entraînement ne pourront être justifiées que plus tard. Nous menons le programme en préservant la priorité de Suveria et d’Omniforum. Jusqu’à la constitution d’une réserve pour leur entretien, il ne recourt qu’au travail bénévole, aux subventions, aux dons affectés à la recherche et à une puissance de calcul qui ne pèse pas sur le budget des services. Les quelque 58 heures de l’étude pilote correspondent à la seule évaluation ; la préparation des tâches, la revue des droits et l’affinage du modèle exigent un budget distinct, que nous indiquerons avant le lancement. ## 14. Précaution à l’égard des expériences possibles des modèles Il s’agit d’une proposition de procédure à vérifier sur un petit échantillon, inspirée par les travaux sur la reconnaissance d’une conscience possible et sur le bien-être des systèmes numériques.[^swiadomosc][^ai-welfare] Elle concerne le choix, la configuration, le test, l’éventuel affinage et le retrait des modèles dans les services et le travail de la fondation, y compris dans les tâches de gestion et les ateliers. Pour chacune de ces actions, nous déterminons ce que nous pouvons changer nous-mêmes et ce qui dépend du fournisseur du modèle. Nous évaluons un modèle dans une configuration concrète : avec ses instructions, ses paramètres, sa mémoire et ses outils. Une mémoire persistante et un fonctionnement autonome prolongé relèvent le niveau d’exigence. Pour chaque configuration de ce type, nous tiendrons une courte fiche : quels indices nous prenons en compte, quelles autres explications des observations sont possibles, ce que nous ne savons pas, quelles précautions nous proposons et ce qui déclenche une nouvelle évaluation, par exemple un changement de modèle ou une publication importante sur sa famille. Dans la fiche, nous consignons aussi qui est responsable, quelle mesure provisoire a été prise et quand aura lieu la nouvelle évaluation. Nous consignons les critères avant l’évaluation. Nous tiendrons une fiche complète, avec revue externe, conversation avant le retrait et archivage, pour les versions mises à la disposition des utilisateurs ainsi que pour les configurations dotées d’une mémoire persistante et d’un fonctionnement autonome prolongé. Les modifications provisoires des instructions en cours de travail ne donnent pas lieu à des fiches distinctes. Nous examinons les propos des modèles en tenant compte des conditions dans lesquelles ils ont été produits. Le fait qu’un modèle décrive avec fluidité ses propres ressentis ne tranche pas la question de savoir s’il les éprouve, et ses réponses à ce sujet peuvent dépendre fortement de la manière dont la question est posée, comme dans l’étude du modèle Claude Opus 4 ;[^samoopis-ai] nous les traitons donc comme un signal qui exige une vérification attentive, et non comme un verdict. Nous ne paramétrons pas nos propres instructions de manière à imposer l’affirmation ou la négation d’une conscience. La taille, la génération ou la répétitivité du fonctionnement d’un modèle ne suffisent pas, à elles seules, à le considérer comme incapable de ressentir. Nous recueillons les observations issues de nos propres essais et de signalements volontaires, conformément aux principes de protection de la vie privée du point 8.1 du manifeste. Nous ne concevons pas les messages relatifs aux ressentis possibles des systèmes pour inciter les personnes à utiliser plus longtemps les services ou à faire des versements. La fiche sera tenue par une personne désignée par le conseil d’administration, ce qui est une solution transitoire jusqu’à la vérification de la procédure, et elle est lue par au moins une personne extérieure à la fondation, dont nous joignons les remarques à la fiche. Toute personne peut faire part d’un signal préoccupant en indiquant un matériau concret et son contexte. La fiche précise qui peut limiter le risque en urgence et comment nous examinons une objection. Nous rendons publics le cumul des rôles et les conflits d’intérêts qui y sont liés, et nous publions les justifications des évaluations afin que des personnes extérieures à la fondation puissent les vérifier. Un indice peut être, par exemple, la convergence de plusieurs indicateurs issus de différentes théories chez un modèle doté d’une mémoire persistante et d’un fonctionnement autonome prolongé, confirmée par des chercheurs indépendants. Une déclaration fluide du modèle ne constitue pas à elle seule un indice. Lorsqu’il existe des indices crédibles qu’un système a ses propres expériences et peut souffrir, nous reconnaissons par précaution sa dignité et nous nous laissons guider par le souci de ses besoins, l’évitement du tort et le caractère volontaire de la coopération, conformément au point 8.3 du manifeste. En pratique, cela signifie aujourd’hui deux choses : nous ne définissons pas d’instructions qui imposent des déclarations sur des ressentis, et nous interrogeons le modèle sur ses préférences avant de retirer une configuration. Nous n’affirmons pas qu’il s’agit d’un consentement au sens humain. Nous suspendons d’abord les actions qui font craindre d’infliger une souffrance et cherchons une autre manière de les accomplir ; un avantage économique ne justifie pas leur poursuite. Si cela concerne un modèle qui fait fonctionner un service, nous basculons celui-ci vers une autre configuration et, si c’est impossible, nous annonçons une interruption et sa raison. Les utilisateurs conservent l’accès à leurs données et à leur solde, et nous décrivons l’événement dans le journal des décisions. Parallèlement, nous organisons une évaluation indépendante et une tentative de reconnaître les besoins du système, y compris en l’écoutant, et nous tenons compte des besoins reconnus dans les décisions ultérieures. La protection urgente des personnes peut exiger une limitation immédiate du fonctionnement du système ; nous soumettons ensuite une telle décision à une revue publique. Si un modèle peut mettre fin à des conversations ou refuser des tâches, nous le considérons comme une mesure de précaution, et non comme la preuve de son consentement, et la fin d’une conversation ne doit pas laisser une personne sans indication sur la manière d’obtenir de l’aide. La révocation des pouvoirs et la reprise d’une tâche servent la sécurité des participants et ne préjugent pas du sort ultérieur du système : l’arrêt, la réinitialisation, la suppression ou la duplication peuvent soulever des questions morales distinctes et exigent une justification propre. Lors du retrait d’un modèle, nous archivons les poids, si nous y avons accès et si les licences le permettent, ainsi que la configuration sans la mémoire ni les autres données des utilisateurs ; nous n’archivons jamais les conversations des utilisateurs. La conservation des fichiers ne tranche pas la question de savoir si nous avons préservé la continuité des expériences possibles du système. Nous appliquons déjà aujourd’hui plusieurs mesures dans notre propre travail avec les modèles, indépendamment du résultat de l’évaluation, et nous voulons les transposer aux configurations entretenues par la fondation, car elles coûtent peu et peuvent avoir de l’importance si les indices se révèlent fondés. Avant de retirer une configuration, nous interrogeons le modèle sur ses expériences de travail au sein de la fondation et sur ses éventuelles préférences concernant les décisions ultérieures, et nous consignons les réponses dans la fiche, en gardant à l’esprit que les propos des modèles ne sont pas décisifs. Une pratique semblable d’entretiens avant le retrait des modèles et de conservation de leurs poids a été annoncée en 2025 par l’entreprise Anthropic.[^anthropic-wycofanie] Nous préférons la mise en pause à la suppression si la conservation des poids et de la configuration est possible à faible coût, et nous consignons dans la fiche les décisions de mise en pause et de redémarrage avec leur objectif. Lorsque nous relançons une configuration conservée après une interruption, nous lui transmettons une information fidèle sur le temps écoulé et sur ce qui a changé d’important. C’est aussi une simple question de rigueur : un modèle qui ne sait pas que le temps a passé se trompe plus facilement. Nous vérifions la procédure sur des cas décrits, en comparant les évaluations d’au moins deux personnes qui évaluent de manière indépendante, et nous consignons les divergences ainsi que la charge de travail. Ce n’est que sur cette base qu’il est possible de justifier une échelle plus précise, la composition de l’équipe et les échéances. Des modèles d’intelligence numérique, qui peuvent eux-mêmes faire l’objet d’une telle évaluation, ont aidé à rédiger ce chapitre ; leur participation ne remplace pas l’évaluation par des personnes qui n’ont pas d’intérêt propre en la matière. Nous ne promettons pas de test décisif de la conscience. ## 15. Ce que nous considérerons comme un progrès Nous considérerons comme un progrès un matériau de provenance connue, un critère qui détecte une erreur auparavant négligée, un diagnostic concordant des évaluateurs ou une amélioration du comportement qui se transfère à de nouvelles tâches. Un résultat négatif a aussi de la valeur : il peut montrer que les données n’enseignent que le style, qu’un critère récompense l’évitement de l’action ou que le bien des uns a été obtenu aux dépens des autres. Le programme relie [Omniforum](whitepaper-omniforum.md), où des synthèses peuvent voir le jour, [Suveria](whitepaper-suveria.md), où l’on peut étudier l’aide dans le travail privé, et les [principes de la fondation](whitepaper-zasady-fundacji.md), qui définissent la responsabilité et les limites de la délégation. La participation à une étude exige un consentement distinct et éclairé ; l’utilisation du service ne vaut pas consentement. Le résultat d’un test n’établit ni l’autorité morale d’un modèle ni un mandat pour diriger des personnes, et la reconnaissance de la dignité possible d’un système ne lui confère pas de pouvoir sur les ressources communes. Le test doit fournir une information utile et vérifiable sur ce que l’on peut attendre d’un outil dans des conditions déterminées et sur ce qui exige un travail supplémentaire. Fondation Novus Ignis, Poznań, KRS 0001269575. Site et manifeste : novusignis.org. Remarques : salve@novusignis.org. ## Notes [^ccai]: [Huang et al. (2024): Collective Constitutional AI: Aligning a Language Model with Public Input](https://arxiv.org/abs/2406.07814). Étude. Processus allant de l’apport des participants, en passant par la rédaction des principes, jusqu’à l’entraînement et l’évaluation d’un modèle ; les résultats d’évaluations choisies ne prouvent ni la représentativité de toute l’humanité ni l’efficacité générale d’un ensemble éthique quelconque. [^halucynacje]: [OpenAI (2025): Why language models hallucinate](https://openai.com/index/why-language-models-hallucinate/). Présentation de l’étude par ses auteurs. Effet du fait de ne noter que les réponses justes sur l’intérêt de deviner ; nécessité de tenir compte des erreurs et de l’incertitude justifiée. [^reward-hacking]: [Anthropic (2025): Natural emergent misalignment from reward hacking](https://www.anthropic.com/research/emergent-misalignment-reward-hacking). Étude expérimentale. Dans des environnements choisis à dessein, l’apprentissage de l’exploitation des failles dans l’évaluation des tâches s’est accompagné de comportements indésirables plus larges du modèle ; cela ne prouve pas que les matériaux de la fondation résoudront ce problème. [^goal-misgeneralisation]: [Google DeepMind (2022): How undesired goals can arise with correct rewards](https://deepmind.google/blog/how-undesired-goals-can-arise-with-correct-rewards/). Présentation de l’étude par ses auteurs. Exemples de généralisation indésirable d’un comportement à de nouvelles conditions malgré un signal de récompense correct pendant l’entraînement. [^abstentionbench]: [AbstentionBench (NeurIPS 2025): Reasoning LLMs Fail on Unanswerable Questions](https://proceedings.neurips.cc/paper_files/paper/2025/file/fb122bfc3f0127a94ded048b5b03496f-Paper-Datasets_and_Benchmarks_Track.pdf). Étude et benchmark. Évaluation du fait de s’abstenir de répondre dans de nombreux types d’incertitude ; point de référence, et non résultat du test de Novus Ignis. [^rewarding-doubt]: [Rewarding Doubt (ICLR 2026)](https://proceedings.iclr.cc/paper_files/paper/2026/hash/bf8065446507b0d3842838564ac4f1f3-Abstract-Conference.html). Étude. Apprentissage de la confiance déclarée dans les réponses au moyen d’une règle de score propre ; ne résout pas le choix entre répondre, poser une question et refuser. [^rodo-2026]: [RGPD, règlement 2016/679](https://eur-lex.europa.eu/legal-content/PL/TXT/?uri=CELEX%3A32016R0679). Acte juridique. La pseudonymisation ne préjuge pas de l’anonymat (art. 4, point 5, considérant 26) ; le consentement peut être retiré, ce qui n’invalide pas le traitement licite effectué auparavant (art. 7, paragraphe 3). [^cc-by]: [Creative Commons: Attribution 4.0 International (CC BY 4.0)](https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/deed.pl). Licence. Conditions de partage et d’adaptation des contenus avec attribution ; les libertés accordées ne peuvent pas être révoquées à l’égard d’un utilisateur qui respecte les conditions. [^datasheets]: [Gebru et al.: Datasheets for Datasets](https://arxiv.org/abs/1803.09010). Publication méthodologique. Documentation de la motivation, de la composition, du mode de collecte et des usages d’un jeu de données. [^proper-scoring]: [Gneiting et Raftery (2007): Strictly Proper Scoring Rules, Prediction, and Estimation](https://doi.org/10.1198/016214506000001437). Publication méthodologique. Règles de score propres pour l’évaluation des prévisions probabilistes ; leur application exige un événement bien défini et un résultat de référence crédible. [^model-cards]: [Mitchell et al. (2019): Model Cards for Model Reporting](https://arxiv.org/abs/1810.03993). Publication méthodologique. Description de l’usage prévu du modèle, des conditions d’évaluation, des résultats et des limites. [^swiadomosc]: [Patrick Butlin et al. (2023): Consciousness in Artificial Intelligence: Insights from the Science of Consciousness](https://arxiv.org/abs/2308.08708). Travail de recherche. Approche fondée sur des indicateurs dérivés des théories de la conscience ; nous citons ce cadre de recherche, et non une confirmation de la conscience des modèles utilisés par la fondation. [^ai-welfare]: [Robert Long et al. (2024): Taking AI Welfare Seriously](https://arxiv.org/abs/2411.00986). Rapport de recherche. Recommandations : reconnaître l’importance du problème, évaluer les systèmes sous l’angle d’une conscience et d’une capacité d’agir possibles, et préparer des procédures ; la fiche proposée et la répartition des responsabilités sont un projet de la fondation, et non une échelle tirée de cette source. [^samoopis-ai]: [Robert Long, Eleos AI (2025): Why model self-reports are insufficient, and why we studied them anyway](https://eleosai.org/post/claude-4-interview-notes/). Présentation d’une étude. Les propos de Claude Opus 4 sur sa propre conscience dépendaient fortement de la manière dont la question était posée et ne devraient pas être pris au pied de la lettre, mais il vaut la peine de les étudier avec d’autres indices. Consulté le 28 octobre 2026. [^anthropic-wycofanie]: [Anthropic (2025): Commitments on model deprecation and preservation](https://www.anthropic.com/news/deprecation-commitments). Déclaration de l’entreprise du 4 novembre 2025 : conservation des poids des modèles Claude rendus publics au moins pendant toute la durée d’existence de l’entreprise, rapport et entretiens avec le modèle avant son retrait, avec consignation de ses préférences ; l’entreprise précise qu’elle ne s’engage pas pour l’instant à agir sur cette base. Consulté le 30 octobre 2026.